10 % des océans sont protégés, le Traité Haute Mer est en vigueur. Ce que ça change concrètement pour les plongeurs photographes en 2026.
Il y a un chiffre qui circule depuis le 8 juin dernier, Journée mondiale de l'Océan. Dix pour cent. Un océan sur dix, si l'on veut, est désormais couvert par une aire marine protégée. Et depuis le 17 janvier 2026, un traité international encadre pour la première fois les 65 % de l'océan qui n'appartiennent à personne.
Pour ceux d'entre nous qui descendent sous la surface avec un appareil photo, ces deux nouvelles ne sont pas abstraites. Elles changent les destinations, les règles du jeu, et peut-être aussi le sens de ce que nous faisons avec nos images.
Le seuil des 10 % a été annoncé lors de la Journée mondiale de l'Océan 2026, porté par l'ONU et relayé par toutes les organisations de conservation marine. C'est un tiers de l'objectif 30x30 (protéger 30 % des océans d'ici 2030), et il aura fallu des décennies pour y arriver.
Mais le chiffre raconte une histoire incomplète. Parmi ces 10 %, seuls 3,5 % sont pleinement ou hautement protégés. Le reste couvre des zones où les restrictions sont partielles, parfois très partielles. Certaines AMP européennes autorisent encore le chalutage de fond, ce qui revient à protéger une forêt tout en laissant les bulldozers y travailler.
Pour le plongeur photographe, la nuance est importante. Une AMP n'est pas une garantie de biodiversité préservée. C'est un cadre juridique dont l'efficacité dépend de sa mise en oeuvre locale.
Le Traité BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction), adopté en 2023 après vingt ans de négociations, est entré en vigueur le 17 janvier 2026. C'est le premier cadre juridique contraignant pour la conservation de la biodiversité en haute mer, ces deux tiers de l'océan qui se trouvent au-delà des zones économiques exclusives des États.
En pratique, le traité permet de créer des aires marines protégées en haute mer (ce qui n'était juridiquement pas possible avant), impose des études d'impact environnemental pour les activités en eaux internationales, et établit un mécanisme de partage des bénéfices liés aux ressources génétiques marines.
Pour la plongée responsable, l'impact est indirect mais réel. Des populations marines mieux protégées au large finissent par renforcer la biodiversité sur les récifs côtiers que nous fréquentons. Les requins, les raies manta, les grands pélagiques que nous photographions aux Maldives ne respectent pas les frontières juridiques. Leur protection en haute mer, c'est aussi leur protection sur nos sites de plongée.
Les règles varient considérablement selon le type de protection et le pays. Quelques principes traversent la plupart des réglementations.
La photo sous-marine personnelle est généralement autorisée dans les AMP ouvertes à la plongée. La photo commerciale (documentaires, publications rémunérées) nécessite souvent un permis spécifique auprès du gestionnaire de l'aire protégée. Aux États-Unis, NOAA délivre des permis spécifiques pour la photo commerciale ou éducative impliquant des espèces protégées.
Ce qui est universellement interdit ou fortement déconseillé : toucher le substrat, poursuivre un animal pour la photo, modifier l'environnement (déplacer un corail, creuser le sable), ancrer sur le récif, prélever quoi que ce soit. Ces règles ne sont pas nouvelles pour qui pratique la photo sous-marine avec éthique, mais dans une AMP, elles ont force de loi avec des amendes à la clé.
Un détail que beaucoup ignorent : certaines AMP limitent le nombre de plongeurs par jour sur un site donné. En haute saison, cela signifie réserver longtemps à l'avance, particulièrement sur les spots emblématiques des parcs marins indonésiens, thaïlandais ou australiens.
L'année 2026 a vu plusieurs ajouts significatifs à la carte mondiale des aires protégées.
L'Indonésie et la Thaïlande ont créé 284 nouvelles aires côtières et marines, renforçant la protection de certains des récifs les plus riches de la planète. Pour le photographe sous-marin, ces deux pays restaient déjà des destinations incontournables. La protection accrue devrait améliorer l'état des sites à moyen terme.
Le Ghana a déclaré sa première AMP avec le Greater Cape Three Points, après plus de quinze ans d'efforts. C'est un signal fort pour l'Afrique de l'Ouest, encore sous-représentée sur la carte des AMP mondiales.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Western Manus Marine Protected Area devient la plus grande du pays. La Papouasie-Nouvelle-Guinée est l'un des territoires les plus riches en biodiversité marine, et photographiquement l'un des plus spectaculaires pour qui cherche les espèces endémiques et les récifs préservés.
L'Australie revoit ses parcs marins du Commonwealth, avec les opérateurs de plongée qui poussent pour étendre les zones sanctuaires autour des récifs Osprey et Bougainville en Mer de Corail, de Lord Howe Island, et de Geographe Bay en Australie occidentale. L'industrie du tourisme de plongée y pèse 4,2 milliards de dollars. Les opérateurs ont compris que leur business dépend d'océans en bonne santé.
Il y a quelque chose que j'observe depuis plusieurs années maintenant. Chaque fois qu'un programme de conservation cherche à montrer l'état d'un récif, il finit par chercher des images. Des images qui documentent l'avant et l'après. Des images qui rendent visible ce que les rapports scientifiques décrivent en chiffres.
L'Ocean Census a identifié 1 121 nouvelles espèces en un an, un rythme accéléré en grande partie par la qualité de l'imagerie embarquée. Les programmes de science participative comme FathomVerse (MBARI) utilisent les photos de plongeurs ordinaires pour entraîner l'IA à reconnaître les espèces marines. Et la certification Green Fins, désormais reconnue par SDI, intègre la documentation photographique dans ses critères de suivi environnemental.
Tout plongeur qui prend des photos sous l'eau participe, qu'il le sache ou non, à un effort documentaire plus large. Dans une AMP, cet effort prend une dimension supplémentaire : les images deviennent des preuves de l'état du milieu, des outils de suivi, parfois des arguments pour étendre ou renforcer la protection.
Ce n'est pas une raison de se prendre pour un scientifique. C'est une raison de plus de photographier proprement : bonne flottabilité, distance de respect, pas de stress imposé aux animaux, pas de palmage sur le substrat. Les règles de la photo sous-marine éthique ne sont pas des contraintes arbitraires. Ce sont les conditions pour que nos images aient de la valeur, y compris au-delà de notre propre plaisir.
L'objectif 30x30 (30 % des océans protégés d'ici 2030) reste ambitieux. Passer de 10 % à 30 % en quatre ans exigerait un rythme de création d'AMP sans précédent. Les négociations butent sur les questions de financement, de gouvernance, et sur la tension entre protection et exploitation des ressources.
Si l'objectif est atteint, même partiellement, cela signifie davantage de zones où la vie marine se reconstitue. Davantage de sites de plongée où la biodiversité s'améliore au lieu de se dégrader. Et davantage de règles à connaître avant de mettre la tête sous l'eau avec un appareil photo.
Pour le photographe sous-marin, l'équation est simple. Plus il y a de zones protégées, plus il y a de sujets à photographier. Et plus il y a de règles à respecter pour mériter d'y accéder.
C'est peut-être le contrat le plus honnête que l'océan nous propose.
Cela dépend du niveau de protection de la zone. Dans une réserve intégrale (zone de non-prélèvement), la plongée et la photo sont souvent autorisées mais encadrées (nombre de plongeurs par jour, ancrage interdit, distance minimale avec certaines espèces). Dans une zone de protection renforcée, les règles varient selon les arrêtés locaux. Vérifiez toujours le règlement spécifique de l'AMP avant de plonger.
Pas directement à court terme. Le Traité BBNJ (entré en vigueur le 17 janvier 2026) concerne les eaux internationales, au-delà des zones économiques exclusives, donc des profondeurs et distances inaccessibles en plongée loisir. Son impact sera indirect : davantage de zones protégées en haute mer signifie des populations marines mieux préservées qui migrent aussi vers les récifs côtiers où nous plongeons.
Plusieurs ajouts récents méritent l'attention. L'Indonésie et la Thaïlande ont créé 284 nouvelles aires côtières et marines. Le Ghana a déclaré sa première AMP (Greater Cape Three Points). En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Western Manus MPA devient la plus grande du pays. Et l'Australie revoit ses parcs marins du Commonwealth, avec des extensions possibles autour des récifs Osprey et Bougainville en Mer de Corail.
Pour la photo amateur et personnelle, non dans la grande majorité des cas. En revanche, la photo commerciale ou les tournages professionnels nécessitent souvent une autorisation préalable auprès du gestionnaire de l'AMP. Les règles varient selon les pays et les statuts de protection. En France, le code de l'environnement encadre les activités dans les différentes catégories d'aires marines protégées.
Plusieurs outils existent. Le site Protected Planet (protectedplanet.net) cartographie toutes les AMP mondiales. En France, le portail des aires marines protégées de l'OFB est la référence. Votre centre de plongée local connaît les réglementations en vigueur. Et les applications de planification de plongée intègrent de plus en plus ces données.
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