

Photo sous-marine aux Açores : cachalots, requins bleus et mobulas sur le banc Princess Alice et le Condor. Guide complet saisons, sites et réglages sans flash.
Il y a un moment, sur le bateau qui quitte le port d'Horta avant le lever du jour, où plus personne ne parle. Le cône volcanique de Pico perce la brume matinale, Faial s'efface dans notre sillage, et l'Atlantique s'ouvre devant l'étrave sans qu'on sache ce que le grand large va nous offrir. Aux Açores, on ne réserve pas une plongée balisée. On s'offre une tentative en haute mer. L'océan décide du reste.
C'est cette part d'imprévu qui rend la photo sous-marine aux Açores unique. Pas de récif corallien abrité, pas d'itinéraire balisé où chaque rocher est cartographié. Ici, on s'immerge sur des monts sous-marins isolés à des dizaines de milles de la côte, en pleine eau bleue, avec pour repère un mouillage suspendu dans le vide et l'espoir qu'un requin bleu, un cachalot ou un carrousel de raies mobulas croise notre regard.
Ce guide rassemble les conseils pratiques pour aborder les deux grands univers de la photo sous-marine açoréenne : les cétacés résidents et migrateurs, ainsi que les grands rassemblements pélagiques du large.
Les Açores regroupent neuf îles volcaniques portugaises dispersées au beau milieu de l'Atlantique Nord. Posé directement sur la dorsale médio-atlantique, là où les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne se séparent, l'archipel bénéficie d'une topographie sous-marine vertigineuse. Des plaines abyssales profondes de plusieurs milliers de mètres sont brusquement interrompues par des cônes et des monts sous-marins qui remontent vers la surface.
Ces reliefs immergés agissent comme de gigantesques aimants biologiques. Les courants océaniques profonds viennent y buter, créant des remontées d'eaux riches en nutriments (upwellings) qui attirent toute la chaîne alimentaire pélagique. Plus de 24 espèces de cétacés y croisent régulièrement, des cachalots résidents aux baleines bleues en migration, aux côtés de bancs denses de thons, de requins de haute mer et de raies mobulas.
Le cachalot (Physeter macrocephalus) est l'emblème vivant des Açores. Contrairement aux grandes baleines à fanons qui ne font que traverser l'archipel lors de leurs migrations saisonnières, les cachalots ont établi une présence permanente autour de Pico, Faial et São Jorge. Les groupes de femelles accompagnées de leurs jeunes trouvent dans les fosses sous-marines locales une abondance de calmars géants.
L'observation et la prise de vue des cachalots s'appuient sur un savoir-faire historique. Les vigias, ces anciens postes de guet côtiers utilisés à l'époque de la chasse baleinière, scannent aujourd'hui l'océan aux jumelles pour guider les embarcations de recherche par radio.
Dès que le souffle d'un cachalot est repéré, la mise à l'eau se prépare dans le calme absolu. La réglementation régionale interdit la plongée en bouteille avec les cétacés pour éviter le bruit parasite des bulles et les dérangements. La rencontre se fait donc exclusivement en snorkeling (palmes, masque et tuba).
Pour photographier un cachalot, la patience prime sur la vitesse. On s'immerge sans claquer les palmes, on reste immobile en surface, et on laisse l'animal décider du contact. Un cachalot qui entame sa descente vers les abysses, dressant sa caudale massive dans l'axe des rayons solaires zénithaux, offre l'une des compositions les plus puissantes de la photographie sous-marine.
Entre avril et juin, d'autres géants croisent au large de l'archipel lors de leur migration vers le cercle polaire arctique. Baleines bleues (Balaenoptera musculus), rorquals communs et rorquals boréaux fendent la surface. Leurs passages sont rapides et nécessitent une réactivité exemplaire pour cadrer ces silhouettes gigantesques dans le bleu avant qu'elles ne disparaissent.
Pour le photographe sous-marin, les Açores révèlent leur vraie dimension pélagique sur deux monts sous-marins mythiques : le banc Princess Alice et le mont Condor.
Situé à environ 45 milles nautiques au sud-ouest de Faial et Pico (environ 3 heures de navigation hauturière), le banc Princess Alice (Banco Princesa Alice) est sans conteste l'un des sites sous-marins les plus spectaculaires de toute la planète.
Ce haut-fond sous-marin voit son plateau rocheux culminer à environ 35 mètres de la surface, au milieu d'un océan profond de 1 500 mètres. De juillet à octobre, le site devient le théâtre d'un spectacle saisissant. Des dizaines de raies mobulas (principalement Mobula tarapacana, la mobula de Guinée, et Mobula mobular) se regroupent autour du mont.
Ces raies géantes, dotées d'une envergure pouvant dépasser trois mètres, effectuent des ballets verticaux le long du mouillage du bateau, s'élevant de 35 mètres jusqu'à quelques centimètres sous la surface. Elles tournoient en colonnes serrées (souvent 20 à 40 individus) dans une eau d'une clarté absolue, où la visibilité dépasse couramment 40 mètres. Autour d'elles patrouillent des bancs compacts de carangues royales (Pseudocaranx dentex), de thons rouges, de barracudas méditerranéens et parfois des requins des Galápagos (Carcharhinus galapagensis).
Photographier Princess Alice demande un objectif ultra grand-angle ou un fisheye. En se calant sous le carrousel de mobulas, on peut photographier les silhouettes des raies se détachant en contre-jour sous la surface argentée de l'océan.
À une vingtaine de milles au sud-ouest de Faial, le mont Condor est devenu la référence mondiale pour la photo du requin bleu (Prionace glauca). De juillet à octobre, les plongeurs confirmés s'y immergent en dérive totale en pleine eau, souvent tenus par une ligne de vie reliée au bateau.
Dans ce grand bleu infini, les requins bleus émergent des profondeurs avec une grâce hypnotique. Leurs corps effilés d'un bleu cobalt électrique contrastent avec la masse sombre de l'eau. Curieux, ils s'approchent parfois à quelques centimètres des dômes photo pour inspecter leurs reflets.
Plus rarement, le spectaculaire requin-taupe bleu (Isurus oxyrinchus), ou mako, fait une apparition fulgurante, apportant une intensité incomparable à la session.
À l'extrémité orientale de l'archipel, entre São Miguel et Santa Maria, la réserve naturelle des îlots Formigas et le haut-fond de Dollabarat constituent un autre haut lieu pélagique. Les courants violents y attirent des bancs massifs de prédateurs, et en fin d'été, des requins-baleines (Rhincodon typus) viennent parfois filtrer le plancton en surface à proximité de Santa Maria.
La photographie pélagique en pleine eau océanique impose des contraintes techniques spécifiques :
Pour aller plus loin sur la maîtrise de l'exposition et du cadrage sans flash, la formation AquaExposure propose un cursus complet pour apprendre à sculpter la lumière naturelle en mer ouverte.
| Période | Cétacés | Grands pélagiques | Conditions de mer |
|---|---|---|---|
| Avril à mai | Cachalots, baleines bleues, rorquals communs | Présence discrète | Houle printanière, eau fraîche (16-17°C) |
| Juin | Cachalots, dauphins tachetés | Début des arrivées pélagiques | Mer plus calme, eau à 18-19°C |
| Juillet à août | Cachalots, globicéphales, dauphins | Mobulas à Princess Alice, requins bleus au Condor | Meilleure météo, eau à 21-23°C, forte affluence |
| Septembre à octobre | Cachalots, dauphins, passages de baleines | Pic d'activité des mobulas et requins bleus | Conditions optimales, lumière dorée, affluence modérée |
Pour planifier précisément les périodes optimales de présence de chaque cétacé et grand pélagique dans le monde, vous pouvez utiliser notre calendrier de saisonnalité des espèces marines.
Septembre représente sans aucun doute le mois parfait pour un photographe : l'eau atteint son pic thermique, les mobulas tournoient en nombre sur Princess Alice, les requins bleus sont actifs au Condor, et la fréquentation touristique baisse sensiblement.
Partir sur les monts sous-marins des Açores demande une préparation soignée :
Les Açores constituent l'étape la plus sauvage et hauturière de l'Atlantique Nord. En descendant vers le sud, l'archipel de Madère propose une atmosphère différente avec ses dauphins côtiers, ses mérous géants de Garajau et son sanctuaire de phoques moines aux Desertas. Plus au sud encore, les Canaries séduisent par leurs orgues basaltiques grandioses, leurs requins anges camouflés et leurs tortues présentes toute l'année.
Pour quiconque cherche le grand frisson de la pleine eau et la magie des rassemblements pélagiques d'exception, les monts sous-marins des Açores demeurent une expérience incontournable.
Benjamin Coste est instructeur de plongée et formateur en photographie sous-marine. Il enseigne la photo sans flash depuis 2014 sur aquaexposure.com.
Les cachalots sont présents toute l'année autour de Pico et Faial, avec un pic d'activité de juin à septembre. Les grands pélagiques (requins bleus sur le Condor, bancs de mobulas sur Princess Alice) se concentrent de juillet à octobre. Pour combiner cétacés, mobulas et requins pélagiques sur un même séjour, septembre reste la fenêtre la plus favorable.
Oui, mais dans un cadre réglementé très strict. La mise à l'eau se fait en snorkeling (palmes, masque et tuba), jamais en plongée bouteille pour cette activité. Une distance minimale est imposée et le nombre de bateaux et de nageurs par groupe d'animaux est strictement limité.
Princess Alice est un mont sous-marin isolé situé à environ 45 milles nautiques au sud-ouest de Pico et Faial. Le sommet remonte à 35 mètres dans un abysse de 1 500 mètres. De juillet à octobre, des dizaines de raies mobulas (Mobula tarapacana) s'y rassemblent en colonnes et carrousels spectaculaires dans une eau cristalline.
Non. Le Condor se plonge en pleine eau sans repère de fond visible, avec du courant et parfois de la houle en surface. Un niveau confirmé (Advanced ou équivalent) et une excellente maîtrise de la flottabilité sont indispensables, surtout avec un caisson étanche.
Des requins-baleines (Rhincodon typus) sont occasionnellement observés en plein été autour de Santa Maria, attirés par les eaux plus chaudes et les rassemblements de thons. Ces observations restent toutefois opportunistes et imprévisibles.
Un caisson étanche équipé d'une optique grand-angle ou très grand-angle est indispensable pour capturer les grands animaux entiers à courte distance et intégrer l'immensité de la colonne d'eau.