
Apple a déposé un brevet pour une optique iPhone capable de photographier jusqu'à 42 mètres sans dôme externe. Ce que ça promet, ce que ça ne change pas encore, et la lecture honnête d'un instructeur photo sous-marine.
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Il y a quelques jours, fin mai 2026, Apple a déposé un brevet qui a fait remonter beaucoup de notifications dans le monde de la photographie. Le titre est sec : Plurality Of Optical Centers In A Unified Free Form, Hemispherical Optic. Et derrière le jargon, une idée qui mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle pointe vers quelque chose que la communauté plongée attend depuis longtemps.
Dans ma pratique d'instructeur, je vois passer chaque mois des élèves qui arrivent avec leur iPhone et la même question simple : est-ce que je peux le mettre dans l'eau directement, ou est-ce qu'il faut un caisson. La réponse, aujourd'hui, c'est qu'il faut un caisson. Demain, peut-être moins.
Ce qui suit n'est ni une promesse de produit, ni une prédiction de calendrier. C'est une lecture honnête, à hauteur de plongeur photographe, de ce que ce brevet dit et de ce qu'il ne dit pas.
Apple décrit une optique hémisphérique en un seul morceau, capable de couvrir plusieurs lentilles d'un iPhone à la fois. C'est l'inverse du dôme rapporté qu'on connaît aujourd'hui, qui se monte au-dessus d'un seul objectif et qui s'ajoute par-dessus le téléphone.
L'optique décrite serait plus fine, intégrée à la conception du téléphone (ou d'un accessoire plat), et conçue pour réduire la distorsion sous l'eau. Le brevet mentionne explicitement une profondeur cible de 140 pieds, ce qui fait 42 mètres dans nos unités de plongeurs.
Les inventeurs cités sont Ryan M. Sheridan et Benjamin D. Buckner, qui ont travaillé chez Apple sur la correction de distorsion fisheye. C'est cohérent avec l'angle du brevet : ce n'est pas un projet de caisson, c'est un projet d'optique qui résout un problème de physique.
Le mot important, c'est brevet. Pas produit. Apple dépose des milliers de brevets par an. Une fraction seulement devient une fonctionnalité que vous achetez en boutique. Et entre le dépôt et la mise en rayon, le délai moyen tourne autour de trois à cinq ans, parfois plus si la priorité industrielle change.
Avant d'aller plus loin, il faut casser un raccourci qui revient à chaque article qui parle de ce brevet. Apple va rendre l'iPhone étanche à 42 mètres. Non. Apple décrit une optique. C'est-à-dire le morceau de verre (ou de matériau optique) qui couvre les lentilles caméra. Le reste du téléphone (haut-parleurs, microphones, port de charge, bouton, écran tactile, joints du chassis) reste exactement aussi vulnérable qu'avant.
Une optique permet à la caméra de voir net malgré la pression et la distorsion sous l'eau. Elle ne ferme pas un téléphone. Pour qu'un iPhone soit réellement étanche à 42 mètres, il faudrait que l'ensemble du chassis soit conçu pour résister à cette pression, ce qui demande une refonte mécanique complète bien au-delà d'un optique avant.
Tant que ce travail mécanique global n'aura pas été fait (et il n'est même pas évoqué dans le brevet déposé), la règle pratique reste celle qu'on connaît : au-delà de cinq mètres, vous avez besoin d'un caisson. Pas d'un accessoire d'optique. D'un vrai boîtier qui isole le téléphone de l'eau.
Et il y a un point que je veux ajouter, parce que je l'ai vu trop de fois en formation. Même si demain un téléphone résistait techniquement à un saut dans deux mètres d'eau salée pour la photo de surface, le sel reste l'ennemi long terme. Un iPhone qui passe plus d'une trentaine de minutes cumulées dans l'eau de mer sur une journée (entrées et sorties, ressacs, projections, fond de poche mouillé) va voir ses connecteurs corroder, ses microphones grésiller, ses haut-parleurs perdre en clarté. La marque ne le dit pas comme ça, mais l'expérience terrain le dit très bien.
Quand on aligne le prix d'un iPhone récent (entre mille deux cents et mille huit cents euros selon la configuration) et le prix d'un caisson DiveVolk SeaTouch 4 Max Plus (autour de deux cent cinquante à trois cents euros), le calcul est rapide. Pour mille fois moins cher que le téléphone lui-même, vous achetez une protection complète qui isole l'écran, les boutons, les connecteurs et le boîtier de toute exposition au sel. Je préfère mille fois cette logique que de partir en plongée avec un appareil exposé directement à l'eau de mer en pariant sur la durée de vie réelle.
Ce que ce brevet promet, c'est moins d'accessoires optiques pour l'image. Pas la fin du besoin de protéger le téléphone. Ce sont deux problèmes distincts, et les confondre coûte cher au bout de quelques semaines de plongée.
Si Apple sort un accessoire qui ressemble à ce brevet, ou si l'optique finit intégrée dans une future génération d'iPhone, deux choses changent dans le quotidien du plongeur photographe.
La première, c'est l'encombrement. Aujourd'hui, un setup DiveVolk en bagage cabine, c'est le caisson, le module SeaTouch, parfois la lentille additionnelle, le cordon de sécurité et la pochette. Un accessoire plat collable, ou pire encore une fonction native du téléphone, c'est zéro montage entre deux plongées. Pour les voyages courts et les déplacements en cabine étroite, c'est un changement réel.
La deuxième, c'est la friction d'usage. Une partie des plongeurs qui n'osent pas se lancer dans la photo sous-marine au smartphone disent la même chose en formation : la peur d'oublier un joint, de mal verrouiller, de ruiner un téléphone à plusieurs centaines d'euros. Une optique intégrée supprime cette peur d'un seul geste. Ce sera probablement la première vague d'adoption la plus visible.
Mais il y a un point à entendre clairement : un changement d'optique ne change pas la physique de la lumière sous l'eau. L'eau absorbe le rouge dans les deux premiers mètres, puis l'orange, puis le jaune. C'est vrai pour un iPhone protégé par un caisson, c'est vrai pour un compact dans un Ikelite, et ce sera vrai pour un futur iPhone avec optique intégrée. Ce que ce brevet promet, c'est moins d'accessoires. Pas plus de couleurs.
Pour aller plus loin sur la question de la correction colorimétrique, le guide pourquoi vos photos sous-marines sont floues et bleues explique ce qui se joue réellement avec la profondeur.
Apple n'aurait pas déposé ce brevet en 2026 si le marché smartphone sous-marin était resté la niche qu'il était en 2020.
Sur les dix-huit derniers mois, les signaux se sont accumulés. Samsung a lancé un Ocean Mode sur sa gamme Galaxy. OPPO a publié le Find X9 Pro avec une étanchéité étendue. Google a embarqué un mode subaquatique sur le Pixel 10 Pro. DiveVolk a inauguré une catégorie smartphone au concours Underwater Photographer of the Year 2026, et l'image gagnante a été prise avec un SeaTouch 4 Max Platinum V2.
Apple regarde cet écosystème grandir. Le téléphone qui se vendait sur la qualité de la photo terrestre se vend désormais aussi sur sa capacité à descendre. Quand un usage devient mainstream, Apple cesse de l'ignorer.
Ce qui est intéressant, c'est l'angle choisi. Apple n'attaque pas le marché des caissons (où DiveVolk est solide et où les marges sont étroites). Apple attaque la friction. Ce qu'ils brevettent, ce n'est pas un boîtier, c'est l'idée qu'on ne devrait plus avoir besoin d'un boîtier. C'est une approche très Apple : ne pas concurrencer un produit, redéfinir le besoin.
Pour comprendre comment se place déjà la concurrence smartphone sous-marin en 2026, le comparatif smartphone GoPro compact étanche en plongée donne la carte du marché actuelle.
Si vous me lisez en pensant remplacer votre setup actuel, voici la lecture honnête.
Aujourd'hui, juin 2026, vous ne pouvez pas attendre ce brevet. Pas parce qu'il n'arrivera pas, mais parce que personne ne sait quand il arrivera. Vous avez des plongées prévues cet été, des stages, des voyages. Le matériel qui fonctionne maintenant, c'est celui qui est en boutique maintenant.
Pour photographier au smartphone sous l'eau cette saison, le couple iPhone récent plus DiveVolk reste la référence en formation. Je l'utilise depuis quatre ans en stage, et la fiabilité est là quand la procédure de montage est respectée. Pour les détails de choix entre les modèles actuels, l'article iPhone et DiveVolk en photo et vidéo sous-marine couvre les configurations testées.
Dans douze à vingt-quatre mois, la lecture pourrait changer. Si Apple sort un accessoire collable validé jusqu'à 42 mètres, il faudra le tester en formation, comparer la qualité d'image avec un DiveVolk, vérifier la tenue dans le temps (rayures, joints, comportement à répétition). Ce n'est pas parce qu'Apple le sortira que ce sera meilleur. C'est parce qu'Apple le sortira qu'il faudra vérifier.
Dans cinq à dix ans, si l'optique finit intégrée nativement dans les iPhone ET si Apple ajoute en parallèle une vraie étanchéité mécanique du chassis (deux choses très différentes, je le redis), c'est tout l'écosystème accessoire qui se reconfigure. Tant que la seconde condition n'est pas réunie, le caisson reste indispensable au-delà de cinq mètres, et il reste pertinent même en surface pour protéger l'appareil du sel sur la durée. DiveVolk continuera probablement à exister pour les configurations pro (lentilles macro, grand-angle, snoot), de la même façon qu'il existe encore des caissons Ikelite pour les reflex à l'ère du smartphone. Mais le ticket d'entrée vers la photo sous-marine baisse, et c'est plutôt une bonne nouvelle pour la diffusion de la pratique.
Je termine sur un point qui me tient à cœur, parce qu'il revient à chaque fois qu'un nouveau jouet sort.
Un brevet, un nouveau capteur, une optique intégrée, un mode IA, ça ne fait pas de vous un photographe sous-marin. Ça enlève une friction. C'est utile. Mais la friction qui empêche la plupart des plongeurs de ramener de belles images, ce n'est pas la difficulté d'étanchéifier un téléphone. C'est l'approche de l'animal, le contrôle de la flottabilité, la composition, la patience, la lecture de la lumière naturelle.
Aucun de ces éléments n'est résolu par un brevet Apple. Tous sont résolus par la pratique, et c'est précisément le terrain de la formation AquaExposure. L'article pourquoi le matériel ne fait pas le photographe sous-marin revient en détail sur cette logique.
Quand l'optique Apple sortira, je la testerai. Je vous dirai ce qu'elle vaut, sans complaisance, comme je l'ai fait pour le SeaTouch 4 Max et pour la GoPro Mission 1. D'ici là, vous avez du matériel qui marche, des animaux qui n'attendent pas, et une saison qui commence.
L'eau ne va pas changer parce qu'Apple a déposé un brevet. C'est vous qui changez, plongée après plongée.
Non. Le brevet décrit une optique, c'est-à-dire le verre devant les lentilles. Il ne rend pas le téléphone étanche (haut-parleurs, microphones, port de charge, joints du chassis restent vulnérables). Tant qu'Apple n'aura pas refondu mécaniquement le chassis pour résister à la pression, il faudra toujours un caisson au-delà de cinq mètres.
Mauvaise idée, même à faible profondeur. Le sel attaque les connecteurs, les microphones et les haut-parleurs sur la durée. Un iPhone qui passe plus d'une trentaine de minutes cumulées dans l'eau de mer sur une journée voit sa durée de vie réduite significativement. Pour le prix d'un caisson DiveVolk (autour de deux cent cinquante euros), vous protégez un téléphone qui en coûte cinq à sept fois plus.
Non. Le brevet est au stade dépôt et Apple n'a annoncé aucun calendrier produit. Entre l'idée et un accessoire en boutique, on compte généralement deux à cinq ans. Un caisson DiveVolk vous permet de photographier dès cette semaine, certifié 60 mètres.
Sur le papier, ça déplace la photographie smartphone sous-marine d'un marché d'accessoires (DiveVolk, AxisGo) vers un marché optique intégré. Pour le photographe, ce serait moins d'encombrement et zéro montage. Pour l'instructeur, ce serait une nouvelle ligne d'erreurs à anticiper en formation.
Parce que le marché smartphone sous-marin grandit (Samsung Ocean Mode, OPPO Find X9, Google Pixel 10, DiveVolk certifié UPY 2026). Apple n'innove plus seul sur l'image et a besoin de regagner du terrain sur les usages spécialisés où l'image fait la différence.
Non. Le brevet concerne l'optique de protection, pas la correction colorimétrique. La règle reste la même que l'on photographie avec un iPhone, un compact ou un reflex : la couleur perdue avec la profondeur se récupère par balance des blancs et post-traitement, pas par filtre rouge.