AREX ONE promet un ordinateur de plongée complet en réalité augmentée dans le masque. Analyse et avis d'instructeur sur ce que cette technologie change vraiment.
La qualité de votre champ visuel détermine votre capacité à lire la lumière naturelle et à anticiper le comportement des animaux. Développer ce regard attentif sous l'eau est au cœur de la formation photo sous-marine AquaExposure.
Il y a une question que je pose régulièrement en formation, et qui revient à chaque nouvelle génération de matériel électronique. Est-ce que cet objet me fait mieux plonger, ou est-ce qu'il me fait juste plonger avec plus de choses à surveiller ? La sortie d'AREX ONE, un masque qui loge un ordinateur de plongée complet en affichage tête haute, pose cette question de façon presque caricaturale.
Le produit a été dévoilé à IFA Berlin le 3 septembre, un salon d'électronique grand public, avant d'ouvrir une campagne de financement participatif sur Kickstarter le 13 septembre, à un tarif de lancement annoncé autour de 1400 euros. Sur le papier, la promesse est sérieuse : un algorithme Bühlmann ZHL-16C avec facteurs de gradient réglables, une compatibilité annoncée avec le circuit ouvert, le recycleur, l'apnée et le mode gauge, une profondeur d'usage revendiquée jusqu'à 120 mètres. Des modules optionnels viennent s'y ajouter, dont un capteur de pression de bloc sans fil et une lampe qui suit le regard. Rien de tout cela n'a encore été éprouvé par un instructeur indépendant, et c'est précisément le point sur lequel je veux m'arrêter.
Il existe une différence, souvent floue dans les argumentaires commerciaux, entre une technologie qui sert la plongée et une technologie qui accompagne le plongeur. Un ordinateur de décompression fiable, lisible, qui prévient d'une remontée trop rapide, sert la plongée : il réduit un risque réel, sans rien demander en échange de mon attention pendant que je regarde un poisson-clown ou une paroi de corail. C'est un outil qui reste en périphérie de la conscience jusqu'au moment où il doit intervenir.
Un affichage tête haute qui projette en continu la profondeur, le temps, la no-deco limit et potentiellement un flux d'identification d'espèces directement dans mon champ de vision, c'est autre chose. Cela ne se contente plus de servir la plongée en arrière-plan. Cela s'installe au premier plan, dans l'endroit précis où je suis censé regarder l'océan.
Est-ce qu'on a réellement besoin d'un ordinateur en ultra haute définition qui nous dit exactement tout ce que l'on est en train de voir ? Ou est-ce que plonger, c'est d'abord profiter de ce que l'on voit, et s'y intéresser après, une fois remonté, au calme, avec un guide d'identification ou une recherche ? Je pense sincèrement que la seconde option est celle qui construit un plongeur curieux, pas juste un plongeur équipé.
Ce n'est pas une opposition de principe à la technologie. Un scanner d'identification d'espèces embarqué, s'il fonctionne vraiment, peut avoir sa place dans une formation en biologie marine. Mais le glisser en superposition constante sur le champ visuel, au moment précis où l'attention devrait être disponible pour l'environnement, c'est déplacer le curseur du bon côté de l'écran plutôt que du bon côté de l'eau.
La limite que je pose, en tant qu'instructeur, est simple. Un instrument de plongée doit rester consultable, pas permanent. Il doit répondre à une question que je lui pose (quelle profondeur, combien de temps), pas m'imposer en continu des informations que je n'ai pas demandées. Le jour où AREX ONE proposera un mode d'affichage minimal, consultable sur demande plutôt qu'incrusté en permanence, la conversation changera. Pour l'instant, la promesse commerciale va dans l'autre sens : plus d'écran, plus souvent, plus près des yeux.
Trois choses, concrètement. D'abord, la lisibilité réelle sous l'eau, en particulier en eau trouble ou face à un contre-jour, où un affichage projeté peut devenir illisible ou, pire, éblouissant. Ensuite, l'autonomie et la redondance : un ordinateur de plongée classique qui tombe en panne se remplace facilement par un second appareil au poignet, un masque à ordinateur intégré pose une question différente en cas de panne ou de buée. Enfin, le prix final une fois sorti de la phase de financement participatif, souvent très éloigné du tarif de lancement annoncé aux premiers soutiens.
Je ne recommande pas d'acheter ce produit aujourd'hui, simplement parce qu'il n'existe pas encore en dehors d'un prototype de salon et d'une page Kickstarter. Je le garde à l'œil, avec la même vigilance que je réserve à toute annonce de matériel qui promet de résoudre un problème que je ne suis pas certain d'avoir.
Pour approfondir le choix d'un masque de plongée adapté à votre pratique, sans céder à la surenchère technologique, retrouvez nos guides sur AquaExposure.
Un masque de plongée intégrant un ordinateur complet en affichage tête haute (heads-up display). Il annonce la compatibilité circuit ouvert, recycleur, apnée et mode gauge, un algorithme Bühlmann ZHL-16C avec facteurs de gradient réglables, et une profondeur d'usage annoncée jusqu'à 120 mètres.
Non, pas encore. Le produit a été dévoilé à IFA Berlin le 3 septembre 2026 puis a ouvert une campagne de financement participatif sur Kickstarter le 13 septembre, à un tarif de lancement annoncé autour de 1400 euros. C'est un stade de prototype et de précommande, pas une disponibilité commerciale confirmée.
Sur le papier, oui, pour la fonction de calcul de décompression. Mais un ordinateur au poignet reste, à ce stade, un outil éprouvé, réparable et redondant facilement (un second ordinateur, une table). Tant que l'AREX ONE n'a pas été testé en conditions réelles par des instructeurs indépendants, je ne recommande pas d'en faire son seul instrument.
Un salon comme IFA Berlin s'adresse d'abord au grand public et aux investisseurs, pas aux plongeurs. Le langage marketing y est optimisé pour l'effet de surprise, pas pour la rigueur technique. Cela ne veut pas dire que le produit est mauvais, mais que l'enthousiasme du lancement doit être pondéré par l'absence, à ce stade, de retours terrain.