38 nouvelles espèces confirmées dans les grands fonds japonais par Ocean Census et JAMSTEC. Entre la plongée du Shinkai 6500 en juin 2025 et l'annonce du 5 août 2026 : quatorze mois de travail invisible.
L'Encre est une série hebdomadaire sur les découvertes marines récentes. L'encre de l'écriture. L'ancre du fond. Un numéro, quelques nouvelles, et ce qu'elles changent quand on plonge avec un appareil photo.
« Chaque espèce est un chef-d'œuvre, exquisément adaptée à l'environnement particulier dans lequel elle a survécu. » Edward O. Wilson, The Diversity of Life, 1992
C'est le 5 août 2026, et l'Ocean Census publie les résultats d'une expédition qui avait eu lieu quatorze mois plus tôt.
En juin 2025, le sous-marin habité Shinkai 6500 de JAMSTEC avait effectué 10 plongées dans deux zones de la Zone Économique Exclusive japonaise : le Trough de Nankai, au large de la côte Pacifique, et la chaîne de monts sous-marins Shichiyo. En octobre 2025, des taxonomistes du monde entier s'étaient réunis à Yokosuka pour identifier ce qui avait été ramené et documenté. Le 5 août 2026, le résultat devient public.
38 nouvelles espèces confirmées. 28 espèces potentiellement nouvelles, encore en cours de validation.
Entre la plongée et l'annonce : quatorze mois de travail invisible.
Le Trough de Nankai est une fosse de subduction. La plaque Philippine s'y enfonce sous la plaque Eurasienne, créant une zone de pression, de chaleur et de dégazage particulière. Cette activité tectonique maintient des séeps à méthane - des zones où des composés chimiques s'échappent lentement du fond - qui génèrent des conditions très localisées.
Dans ces conditions, la lumière solaire n'arrive pas. La photosynthèse n'est pas possible. Les communautés biologiques qui y vivent dépendent entièrement de la chimiosynthèse : des bactéries qui tirent leur énergie des composés chimiques présents dans les fluides qui filtrent depuis le fond.
Ces biotopes sont rares, peu explorés, et biologiquement très singuliers.
C'est dans ce contexte que le Dr Chong Chen, Senior Scientist à JAMSTEC, et les équipes partenaires des universités de Nagoya et Hokkaido ainsi que de l'Australian National University ont travaillé à l'identification des spécimens collectés. 38 espèces confirmées comme nouvelles pour la science. 28 autres encore en cours d'évaluation formelle.
!Illustration conceptuelle d'un séep à méthane dans les grands fonds japonais, Trough de Nankai
Les études taxonomiques sont publiées individuellement, chacune dans une revue peer-reviewed différente selon la discipline (annélides, crustacés, mollusques, échinodermes). Il n'y a pas de papier unique qui centralise toutes les découvertes : c'est la nature du travail taxonomique. Chaque nom est un texte, signé, soumis, relu, revu, avant de devenir une réalité scientifique.
Les 38 espèces confirmées ont chacune attendu ce processus. Certaines pendant des millions d'années dans les fonds.
Voilà le moment qui n'est jamais photographié.
La plongée, on peut l'imaginer : le Shinkai 6500 qui descend pendant des heures dans l'obscurité croissante, la pression qui monte, les lumières du submersible qui révèlent un fond que personne n'avait encore éclairé de cette façon, dans cette zone, avec ces instruments. Les bras mécaniques collectent des spécimens. Les caméras enregistrent. L'équipe prend des notes. Après plusieurs heures au fond, la remontée, le bord, le laboratoire du navire.
Et ensuite, des mois de travail à terre.
L'Encre #13 avait raconté le workshop de Buenos Aires, où des taxonomistes s'étaient réunis pour identifier les spécimens de l'expédition Schmidt Ocean dans le Canyon de Mar del Plata : un mécanisme similaire, dans un autre océan. Le même principe s'applique partout : la découverte ne se passe pas dans l'eau. Elle se passe dans un laboratoire, des mois plus tard, quand quelqu'un ouvre une boîte et dit "ça, je ne l'ai jamais vu."
Pour le Japon, le workshop a eu lieu en octobre 2025 à Yokosuka, quatre mois après les plongées. Les spécialistes de chaque groupe taxonomique ont examiné les spécimens, comparé avec les collections de référence mondiales, échangé avec des collègues dans d'autres institutions.
Ce que ça signifie concrètement : parmi les 38 espèces confirmées, certaines occupent ces fonds depuis des millions d'années. Elles avaient simplement attendu que quelqu'un vienne les voir, les collecter, les décrire, et les nommer.
La découverte commence après la plongée.
Il y a deux façons de réagir à des informations comme celles-là.
La première, c'est de penser que les grands fonds japonais et leurs séeps à méthane n'ont rien à voir avec ce qu'on fait, nous, avec nos caissons dans les 30 premiers mètres. La seconde, c'est de comprendre que la logique est exactement la même, à des profondeurs différentes.
Quand une équipe identifie 38 nouvelles espèces dans les profondeurs du Pacifique nord, elle le fait en comparant avec ce qui est déjà décrit dans les collections de référence mondiales. Ces collections ont été construites par des générations de naturalistes qui ont observé, collecté, photographié et décrit des animaux dans tous les environnements possibles, y compris les récifs côtiers accessibles à nos caissons.
La photographie sous-marine de terrain s'inscrit dans cette chaîne, même à 15 mètres sur un récif méditerranéen.
L'Encre #14 sur les sources hydrothermales des Doldrums posait la question différemment : les zones accessibles à nos caissons sont documentées de façon incomparablement plus dense que les grands fonds. Mais la densité de documentation n'est pas la même chose que la complétude. Un récif bien connu reste partiellement documenté, parce que la documentation dépend de qui l'a regardé, avec quels outils, dans quelles conditions.
L'identification des espèces a été transformée par les outils numériques, mais le principe de base reste le même : voir ne suffit pas. Il faut pouvoir nommer ce qu'on voit. Et nommer demande un ancrage dans la taxonomie.
Les nouvelles espèces de 2026 ne se limitent pas aux grands fonds : des microbes coralliens, des organismes de la colonne d'eau, des espèces des herbiers. La taxonomie avance sur tous les fronts en même temps. Mais ce que l'expédition JAMSTEC illustre de façon très précise, c'est que la photo qui n'existe pas encore est aussi réelle que la photo qu'on a déjà prise.
Elle attend simplement que quelqu'un descende.
C'est une des raisons pour lesquelles, dans la formation photo sous-marine AquaExposure, la lecture du vivant fait partie du programme, pas uniquement les réglages d'exposition. Pour développer la capacité de reconnaître ce qui mérite d'être documenté sous l'eau, les ressources complètes sont disponibles sur la formation AquaExposure.
L'Ocean Census est un programme scientifique international qui coordonne des expéditions dans les zones marines les moins connues du globe. JAMSTEC (Japan Agency for Marine-Earth Science and Technology) est l'une des institutions partenaires. En juin 2025, leur collaboration a produit 10 plongées avec le Shinkai 6500 dans le Trough de Nankai et la chaîne de monts Shichiyo. Les résultats formels ont été publiés le 5 août 2026 : 38 nouvelles espèces confirmées.
Le Trough de Nankai est une fosse de subduction au large des côtes japonaises, formée par l'enfoncement de la plaque Philippine sous la plaque Eurasienne. Cette activité tectonique génère des séeps à méthane qui créent des biotopes chimiosynthétiques particuliers, indépendants de la lumière solaire, avec des communautés biologiques très singulières.
Pour l'expédition JAMSTEC : 14 mois entre les plongées (juin 2025) et la publication (août 2026), avec un workshop taxonomique intermédiaire à Yokosuka en octobre 2025. La validation formelle de chaque nouvelle espèce dans une revue peer-reviewed prend souvent plusieurs années supplémentaires selon le groupe taxonomique.
Le Shinkai 6500 est le sous-marin habité de grande profondeur de JAMSTEC, capable de plonger jusqu'à 6 500 mètres. Il a effectué 10 plongées dans le Trough de Nankai et la chaîne Shichiyo en juin 2025, permettant la collecte et la documentation directes d'espèces dans des zones hors de portée de tout plongeur autonome.
Les espèces documentées sur les récifs côtiers s'inscrivent dans des familles biologiques dont les racines traversent tous les étages de l'océan. Comprendre comment la taxonomie fonctionne change ce qu'on regarde au moment de photographier. Un animal documenté à 15 mètres peut contribuer à des identifications dans des zones que personne n'a encore explorées.
Retrouvez les numéros précédents de L'Encre sur le blog AquaExposure. Et pour apprendre à lire le vivant sous-marin avec un appareil photo, les ressources complètes sont sur la formation AquaExposure.
En juin 2025, le Shinkai 6500 est descendu dans le Trough de Nankai. En octobre 2025, des taxonomistes se sont réunis à Yokosuka. Le 5 août 2026, l'Ocean Census a annoncé 38 espèces nouvelles. Et dans les profondeurs du Pacifique nord, les 28 espèces potentiellement nouvelles attendent encore leur nom.
La découverte avait commencé bien avant que personne le sache.
L'Ocean Census est un programme scientifique international qui coordonne des expéditions dans les zones marines les moins connues du globe. JAMSTEC (Japan Agency for Marine-Earth Science and Technology) est l'une des institutions partenaires. En juin 2025, leur collaboration a produit 10 plongées avec le sous-marin habité Shinkai 6500 dans le Trough de Nankai et la chaîne de monts sous-marins Shichiyo. Les résultats formels ont été publiés le 5 août 2026 : 38 nouvelles espèces confirmées, 28 potentiellement nouvelles.
Le Trough de Nankai est une fosse de subduction au large des côtes japonaises du Pacifique, formée par l'enfoncement de la plaque Philippine sous la plaque Eurasienne. Cette activité tectonique génère des séeps à méthane - des zones de dégazage du fond - qui créent des biotopes chimiosynthétiques particuliers, indépendants de la lumière solaire, abritant des communautés biologiques singulières.
Pour l'expédition JAMSTEC : 14 mois entre les plongées (juin 2025) et la publication (août 2026), avec un workshop taxonomique intermédiaire à Yokosuka en octobre 2025. La validation formelle de chaque nouvelle espèce dans une revue peer-reviewed avec DOI prend ensuite souvent plusieurs années supplémentaires, selon la complexité du groupe taxonomique concerné.
Le Shinkai 6500 est le sous-marin habité de grande profondeur de JAMSTEC, capable de plonger jusqu'à 6 500 mètres. Il a effectué 10 plongées dans le Trough de Nankai et la chaîne de monts Shichiyo en juin 2025, permettant la collecte directe et la documentation d'espèces dans des zones hors d'atteinte de tout plongeur autonome.
Les espèces documentées sur les récifs accessibles à nos caissons s'inscrivent dans des familles biologiques dont les racines traversent tous les étages de l'océan. Comprendre comment la taxonomie fonctionne, comment les espèces sont nommées et décrites, change ce qu'on regarde au moment de photographier. Un animal documenté à 15 mètres peut contribuer à des identifications dans des zones que personne n'a encore explorées.