

En août 2026, NOAA augmente le quota de thon rouge Atlantique ouest de 17 %. 30 ans de baguage confirment la récupération. L'espèce qui a rendu la conservation marine visible en mer.
L'Encre est une série hebdomadaire sur les découvertes marines récentes. L'encre de l'écriture. L'ancre du fond. Un numéro, quelques nouvelles, et ce qu'elles changent quand on plonge avec un appareil photo.
« La conservation n'est pas une fin en soi. C'est le maintien des options pour le futur. » Sylvia Earle, The World Is Blue, 2009
Il y a des décisions qui ne font pas la une au moment où elles sont prises.
En 2007, l'ICCAT a imposé une réduction des captures de thon rouge dans l'Atlantique est et en Méditerranée. Les quotas ont chuté de 60 000 tonnes à 10 000 tonnes par an. L'industrie de la pêche s'y est opposée. Des flottes entières ont dû adapter leurs pratiques. Dans les ports méditerranéens, des pêcheurs ont perdu des saisons entières de revenus.
Ces décisions n'ont pas eu de couverture proportionnelle à leur importance.
Le 19 août 2026, NOAA Fisheries a publié une décision dans le Federal Register américain. La règle finale (Final Rule) met en oeuvre la recommandation ICCAT 25-05 : le quota de base des États-Unis pour le thon rouge de l'Atlantique ouest passe de 1 316 tonnes métriques à 1 510 tonnes métriques, soit une hausse de 17 %. Une hausse qui n'aurait pas été possible sans les décisions impopulaires des années 2000.
Une augmentation de quota dans le cadre de l'ICCAT n'est pas une décision commerciale. C'est une décision de gestion, fondée sur des évaluations de stock menées par des scientifiques et discutées lors des sessions de la Commission.
La recommandation 25-05 de 2025 acte que le stock de l'Atlantique ouest a atteint un niveau qui permet une augmentation raisonnée des prélèvements, sans compromettre la trajectoire de reconstitution. Ce type de signal dans la littérature des pêches est rare. Il ne signifie pas que la crise est terminée, ni que le stock a retrouvé ses niveaux historiques. Il signifie que la courbe va dans le bon sens depuis suffisamment longtemps pour que les gestionnaires aient confiance dans les données.
Pour comprendre d'où vient cette confiance, il faut regarder les données de terrain sur 30 ans.
Le Dr Barbara Block, professeure à Stanford University, a dirigé l'une des études de baguage les plus longues jamais menées sur une espèce de grand pélagique. Sur trois décennies, son équipe a balisé des milliers d'individus dans l'Atlantique ouest, suivant leurs déplacements par télémétrie satellitaire. Les données montrent que l'Atlantique ouest fonctionne comme un refuge de reconstitution (Western Atlantic refuge) pour le thon rouge, avec une biomasse en progression depuis les points bas des années 1980-1990. Cette étude, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences en 2026, est l'une des bases scientifiques qui a informé la recommandation ICCAT 25-05.
Trente ans de données, une décision de 17 % d'augmentation.
La réponse rapide, celle que l'industrie et les ONG reprennent chacune pour leur compte, c'est que le thon rouge prouve que la conservation marine peut fonctionner. C'est vrai, mais c'est une simplification.
Ce que l'histoire du thon rouge prouve avec précision, c'est qu'une gestion internationale coordonnée, maintenue sur deux décennies, peut produire des résultats mesurables sur un stock de poissons pélagiques à grande mobilité. Ce n'est pas un résultat acquis d'avance. Le thon rouge traverse l'Atlantique en quelques semaines. Il se reproduit dans des zones qui chevauchent plusieurs juridictions nationales. Sa gestion nécessite un accord entre 52 États membres de l'ICCAT, sur des quotas qui affectent des flottes de pêche industrielle et artisanale.
Que cet accord ait tenu suffisamment longtemps pour qu'un stock se reconstitue, c'est une information qui mérite d'être lue dans son contexte, sans romantisation excessive.
L'Encre #19 avait documenté le paradoxe des baleines grises du Pacifique : une espèce dont le recensement signalait à la fois une stabilisation et des signaux préoccupants. La complexité des données de gestion appliquée aux espèces marines n'est jamais binaire. Ce qui est vrai pour les baleines grises l'est aussi pour le thon rouge : la hausse de quota de 2026 ne clôt pas la question. Elle marque une étape dans un processus continu.
Le thon rouge est une espèce pélagique. Il vit dans la colonne d'eau ouverte, pas sur les fonds. Les rencontres en plongée autonome sont documentées, principalement dans l'Atlantique nord-est, pendant les migrations saisonnières. Les Açores, certaines zones de Méditerranée côté atlantique, et quelques secteurs du golfe de Gascogne sont des zones où des photographes sous-marins ont enregistré des bancs en colonne d'eau, parfois très proches de la surface.
Ces rencontres sont aujourd'hui plus fréquentes qu'elles ne l'étaient dans les années 1990. Pas de façon dramatique, et pas uniformément sur toute l'aire de répartition. Mais la tendance est là.
Pour un photographe qui travaille en Atlantique, ces données posent une question concrète : est-ce que ce que je documente aujourd'hui, en termes de composition et de densité des espèces pélagiques, est différent de ce que quelqu'un aurait documenté il y a vingt ans dans la même zone ? La réponse probable, sur la base des données disponibles, est oui.
L'Encre #16 sur le blanchissement des récifs Cheeca Rocks documentait l'autre côté de l'équation : les conséquences visibles des vagues de chaleur marines sur les coraux de Floride. Le thon rouge et les récifs coralliens n'ont pas grand-chose en commun biologiquement. Mais ils partagent le même contexte : la même ocean qui se réchauffe, qui change de chimie, qui réagit différemment selon que les espèces ont bénéficié d'une protection ou non.
L'Encre #18 sur la zone morte du Golfe de l'Amérique posait la question de l'hypoxie et de ce qu'elle fait aux espèces de la colonne d'eau. Le thon rouge, espèce à haute demande en oxygène, est sensible à ces phénomènes. La reconstitution du stock ne se lit pas indépendamment de la qualité de l'eau dans laquelle il vit.
La conservation a produit un résultat visible. L'environnement dans lequel ce résultat existe continue d'évoluer.
Pour un photographe sous-marin, ces deux informations sont aussi importantes l'une que l'autre. La première dit ce qu'on peut trouver. La seconde dit pour combien de temps.
C'est une des raisons pour lesquelles dans la formation AquaExposure, la lecture du contexte écologique d'une plongée fait partie du programme, pas seulement les réglages d'exposition. Ce qu'on documente sous l'eau a une histoire, et cette histoire est scientifique autant qu'esthétique.
NOAA Fisheries a mis en oeuvre la recommandation ICCAT 25-05, adoptée lors de la session de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique. Le quota de base américain passe de 1 316 à 1 510 tonnes métriques (+17 %), en réponse aux données de reconstitution du stock de l'Atlantique ouest, notamment l'étude de baguage de 30 ans du Dr Barbara Block (Stanford University, PNAS 2026).
L'ICCAT (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique) regroupe 52 États membres. Elle coordonne les quotas de pêche et adopte des recommandations contraignantes. En 2007, face à l'effondrement des stocks, l'ICCAT a imposé une réduction des captures de 60 000 à 10 000 tonnes par an. La recommandation 25-05 de 2025 acte la première hausse significative du quota américain depuis cette période.
Trente ans de données de télémétrie satellitaire sur des milliers d'individus dans l'Atlantique ouest, publiées dans les Proceedings of the National Academy of Sciences en 2026. L'étude documente que l'Atlantique ouest fonctionne comme un refuge de reconstitution pour le thon rouge, avec une biomasse en progression depuis les années 1980-1990. C'est l'une des bases scientifiques de la recommandation ICCAT 25-05.
Le thon rouge est une espèce pélagique. Les rencontres en plongée autonome sont documentées, principalement aux Açores, en Méditerranée côté atlantique, et dans certaines zones du golfe de Gascogne, pendant les migrations saisonnières. Ces rencontres, en bancs en colonne d'eau, sont plus fréquentes qu'elles ne l'étaient dans les années 1990, en lien avec la reconstitution des stocks.
Le thon rouge est souvent cité comme un des exemples les plus documentés de reconstitution après gestion internationale coordonnée. La limite principale du modèle est le niveau de coopération requis : 52 États membres, sur deux décennies. Ce qui a fonctionné pour le thon rouge ne se transpose pas automatiquement à toutes les espèces et à tous les contextes de gouvernance.
Retrouvez les numéros précédents de L'Encre sur le blog AquaExposure. Et pour apprendre à lire le contexte écologique d'une plongée avec un appareil photo, les ressources complètes sont sur la formation AquaExposure.
En 2007, une décision impopulaire a coupé les quotas par six. En 2026, NOAA peut les augmenter de 17 % parce que les données de 30 ans le permettent. Ce n'est pas une fin. C'est une étape dans un processus qui dépend de décisions que personne ne voit jusqu'à ce qu'une espèce revienne.
NOAA Fisheries a mis en oeuvre la recommandation ICCAT 25-05, adoptée lors de la session de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique. Cette recommandation augmente le quota de base des États-Unis de 1 316,14 tonnes métriques à 1 509,98 tonnes métriques, soit une hausse de 17 %. L'augmentation est justifiée par les données de reconstitution du stock de l'Atlantique ouest, documentées notamment par l'étude de baguage de 30 ans dirigée par le Dr Barbara Block (Stanford University), publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences en 2026.
L'ICCAT (International Commission for the Conservation of Atlantic Tunas - Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique) est l'organisation internationale qui coordonne la gestion des populations de thon rouge dans l'Atlantique. Elle réunit des États membres, établit des quotas de pêche par pays, et adopte des recommandations contraignantes. En 2007, face à l'effondrement des stocks, l'ICCAT a imposé une réduction drastique des captures, tombées de 60 000 tonnes à environ 10 000 tonnes par an. La recommandation 25-05 de 2025 acte la première hausse significative du quota américain depuis cette période de crise.
L'étude dirigée par Barbara Block à Stanford University couvre 30 ans de données de baguage et de telemetrie satellitaire sur des milliers d'individus dans l'Atlantique ouest. Elle documente formellement que l'Atlantique ouest fonctionne comme un refuge de reconstitution (Western Atlantic refuge) pour le thon rouge, avec une biomasse en progression depuis les points bas des années 1980-1990. Cette continuité de données sur trois décennies est exceptionnelle dans la littérature sur les grands pélagiques et fonde scientifiquement les décisions de gestion comme la recommandation ICCAT 25-05.
Le thon rouge de l'Atlantique (Thunnus thynnus) est une espèce pélagique, vivant dans la colonne d'eau ouverte plutôt que sur les fonds. Les rencontres en plongée autonome sont rares mais documentées, notamment dans certaines zones de l'Atlantique nord-est (Açores, Méditerranée) pendant les migrations saisonnières. Ces rencontres sont devenues plus fréquentes avec la reconstitution des stocks, surtout depuis les années 2010. Un photographe sous-marin qui plonge dans ces zones peut croiser des bancs de thons rouges en colonne d'eau, dans des conditions de visibilité et de lumière très différentes d'une plongée de récif.
Le thon rouge de l'Atlantique est souvent cité comme un des exemples les plus documentés de reconstitution d'un stock après une gestion internationale coordonnée. Des scientifiques et des gestionnaires des pêches étudient ce cas pour des espèces en difficulté comme certains requins pélagiques, des thonidés d'autres océans, ou des espèces soumises à des pressions comparables. La limite principale du modèle est le niveau de coopération internationale requis : l'ICCAT regroupe 52 États membres et ses décisions nécessitent un consensus difficile à obtenir. Ce qui a fonctionné pour le thon rouge ne se transpose pas automatiquement à toutes les espèces et à tous les contextes de gouvernance.