Un requin lutin filmé vivant pour la première fois, un grand blanc fantôme retrouvé en Méditerranée, Trinidad explore son abîme. L'Encre #9, juillet 2026.
L'Encre est une série hebdomadaire sur les découvertes marines récentes. L'encre de l'écriture. L'ancre du fond. Un numéro, quelques nouvelles, et ce que ça change quand on plonge avec un appareil photo.
« Aucune créature sur terre n'a une réputation aussi mauvaise, et sans doute aussi peu méritée, que le requin. » Eugenie Clark
On entre dans juillet 2026, et trois histoires de requins et d'abysses se recoupent, sans jamais se toucher.
La première vient du Pacifique central, où une caméra a fini par filmer un animal qu'on croyait condamné à n'exister que mort.
La seconde vient d'Espagne, où des pêcheurs ont remonté un fantôme vieux de 160 ans.
La troisième vient de Trinidad, où un pays a décidé de descendre voir ce qui vit sous ses propres eaux.
Trois échelles, une même leçon. Ce qu'on croit disparu, ou impossible à observer, attend parfois juste qu'on cherche autrement.
Le requin lutin porte mal son nom, et pire encore sa réputation.
Museau plat comme une truelle, mâchoire qui jaillit vers l'avant en une fraction de seconde, peau presque rose et translucide. Depuis sa description en 1898, l'espèce Mitsukurina owstoni a nourri toutes les images d'horreur du grand fond.
Le problème, c'est qu'on ne l'avait jamais vue vivante dans son élément. Chaque spécimen connu avait été remonté par accident au bout d'une ligne de pêche, et mourait en quelques minutes une fois hors de l'eau glacée des profondeurs.
Une équipe de l'université d'Hawaï à Manoa vient de changer ça. Publiée le 19 mai 2026 dans le Journal of Fish Biology, leur étude documente deux rencontres avec l'animal filmé vivant, dans son milieu, sans jamais être touché.
La première a eu lieu en 2019, près d'un mont sous-marin au large de l'île Jarvis. La seconde en 2024, sur le versant de la fosse des Tonga, dans le Pacifique central.
Sur les images, l'animal évolue avec une lenteur presque paisible, très loin de la caricature qu'on lui prête depuis plus d'un siècle.
Il aura fallu 128 ans entre la description de l'espèce et la première photo d'un individu vivant, ni capturé, ni mourant.
C'est ça, la vraie nouvelle. Pas le requin. Le temps qu'on a mis à le regarder correctement.
En Méditerranée, le grand requin blanc a un statut particulier. On sait qu'il existe. On ne le voit presque jamais.
En avril 2023, des pêcheurs au large de la côte est de l'Espagne ont accidentellement capturé un jeune individu. Environ 2,10 mètres, entre 80 et 90 kilos. Une taille qui trahit un animal encore loin de l'âge adulte.
Une équipe de chercheurs a profité de cette capture pour reprendre 160 ans d'archives et de signalements. Résultat publié en 2026, 62 observations documentées sur un siècle et demi, éparses mais continues.
Le détail qui compte, c'est l'âge du requin. Un juvénile a un territoire limité. Sa présence suggère une zone de mise bas ou une nurserie quelque part dans le bassin méditerranéen, pas seulement un animal de passage venu de l'Atlantique.
La population fantôme n'a peut-être jamais disparu. Elle s'est juste faite discrète, au point qu'on avait fini par douter de sa présence continue.
Ce que cette histoire raconte dépasse le requin blanc. Un signalement isolé, gardé et daté sur des décennies, peut un jour redevenir une preuve. Rien n'est perdu tant que quelqu'un continue de noter ce qu'il voit.
Si vous plongez du côté de la faune méditerranéenne, ce genre de rencontre reste rarissime. Elle n'est plus à exclure.
Troisième histoire, et elle se déroule en ce moment même, au large de Trinidad et Tobago.
93% du territoire marin du pays se trouve sous la profondeur accessible en plongée loisir. L'essentiel de cet écosystème national reste, pour l'instant, à peu près inconnu de ses propres habitants.
Depuis le 29 juin et jusqu'au 28 juillet 2026, une expédition baptisée Deep Wonders of Trinidad and Tobago and the High Seas explore cette zone à bord du navire de recherche Falkor (too), affrété par le Schmidt Ocean Institute.
Elle est dirigée par la biologiste marine Diva Amon, de l'organisation SpeSeas, et composée en majorité de scientifiques trinidadiens.
L'équipe embarque le robot sous-marin SuBastian, un système de caméras et de capteurs baptisé DORIS, et un nouvel engin autonome nommé Childlike Empress, utilisé ici pour la première fois en mission scientifique.
Objectif affiché, cartographier les fonds, repérer d'éventuelles sources hydrothermales, documenter les habitats mésophotiques, et mesurer la pollution par les microplastiques et les débris.
Ce qui change ici, ce n'est pas seulement la technologie. C'est qui tient la caméra. Une nation caribéenne explore son propre territoire sous-marin avec ses propres chercheurs, plutôt que d'attendre qu'une équipe étrangère vienne le faire à sa place.
Trois histoires, trois échelles de temps. Cent vingt-huit ans pour une photo. Cent soixante ans d'archives pour confirmer une population. Un mois d'expédition pour cartographier tout un territoire.
Pour un photographe sous-marin, le fil commun est simple. La patience et la tenue de registre valent autant que le matériel.
Le requin lutin nous rappelle qu'une espèce peut exister sans jamais avoir été correctement vue. Ce qu'on documente en premier façonne pour longtemps l'image qu'on se fait d'un animal.
Le grand blanc fantôme montre la valeur d'un signalement daté, même isolé. Une photo prise en plongée, avec sa date et son lieu, peut dormir des années avant de devenir une pièce utile à un chercheur.
Et l'expédition de Trinidad rappelle qu'il n'y a pas besoin d'aller loin pour trouver de l'inconnu. Parfois, l'abîme le plus intéressant est celui qu'on n'a jamais regardé, juste sous chez soi.
C'est exactement la logique du PADI Shark & Ray Census, où chaque plongeur peut transformer une rencontre en donnée utile pour la science des requins. Encore faut-il savoir approcher un requin correctement avant de sortir l'appareil.
Si vous voulez apprendre à documenter la faune marine avec la rigueur que ces trois histoires appellent, [la formation AquaExposure est accessible en ligne](/lms). Et pour une session en présentiel, [le stage en Belgique](/formation-photo-sous-marine-belgique) reprend à l'automne.
Toute la pédagogie de la formation AquaExposure part de là. Une image sous-marine bien datée et bien cadrée n'est jamais perdue, même si elle attend des années avant de servir.
Pourquoi n'avait-on jamais vu de requin lutin vivant avant 2026 ?
Depuis la description de l'espèce Mitsukurina owstoni en 1898, tous les spécimens connus provenaient de captures accidentelles à la ligne. L'animal mourait en quelques minutes une fois remonté hors de l'eau froide des profondeurs. Une équipe de l'université d'Hawaï à Manoa a publié le 19 mai 2026 dans le Journal of Fish Biology les deux premières observations in situ de l'animal vivant, filmées en 2019 près de l'île Jarvis et en 2024 sur la fosse des Tonga.
Que révèle la capture d'un jeune grand requin blanc en Méditerranée ?
En avril 2023, des pêcheurs espagnols ont accidentellement capturé un juvénile de 2,10 mètres au large de la côte est de l'Espagne. Une équipe a croisé cette capture avec 160 ans d'archives, comptabilisant 62 observations documentées. La présence d'un juvénile suggère une zone de reproduction ou une nurserie au sein même du bassin méditerranéen, renforçant l'idée qu'une petite population fantôme s'y maintient.
Que cherche l'expédition scientifique de Trinidad et Tobago ?
Depuis le 29 juin jusqu'au 28 juillet 2026, l'expédition Deep Wonders of Trinidad and Tobago and the High Seas, dirigée par la biologiste Diva Amon à bord du navire Falkor (too), explore les eaux profondes du pays. Avec le robot SuBastian, le système de caméras DORIS et l'engin autonome Childlike Empress, l'équipe cartographie les fonds, cherche des sources hydrothermales et mesure la pollution par microplastiques dans une zone où 93% du territoire marin national reste sous la profondeur accessible en plongée loisir.
Comment un plongeur photographe peut-il contribuer à la science des requins ?
Des programmes comme le PADI Shark & Ray Census permettent à n'importe quel plongeur de transformer une rencontre en donnée scientifique utile, à condition de dater et localiser précisément chaque observation. L'histoire du requin blanc fantôme méditerranéen montre qu'un signalement isolé, conservé pendant des décennies, peut un jour devenir une preuve déterminante.
Les épisodes précédents de L'Encre couvrent notamment la pieuvre qui se regardait dans un miroir, les 31 espèces de la zone midwater et la pieuvre bleue des Galapagos.
Quelque part au-dessus d'un mont sous-marin du Pacifique, une caméra a fini par montrer ce que cent vingt-huit ans de rumeurs n'avaient jamais montré.
Un requin lutin qui nage, tranquille, dans une eau qui n'a jamais entendu parler de sa mauvaise réputation.
Elle n'a jamais été le monstre qu'on racontait. Elle attendait juste qu'on la regarde vivre.
Depuis la description de l'espèce Mitsukurina owstoni en 1898, tous les spécimens connus provenaient de captures accidentelles à la ligne. L'animal mourait en quelques minutes une fois remonté hors de l'eau froide des profondeurs. Une équipe de l'université d'Hawaï à Manoa a publié le 19 mai 2026 dans le Journal of Fish Biology les deux premières observations in situ de l'animal vivant, filmées en 2019 près de l'île Jarvis et en 2024 sur la fosse des Tonga.
En avril 2023, des pêcheurs espagnols ont accidentellement capturé un juvénile de 2,10 mètres au large de la côte est de l'Espagne. Une équipe a croisé cette capture avec 160 ans d'archives, comptabilisant 62 observations documentées. La présence d'un juvénile suggère une zone de reproduction ou une nurserie au sein même du bassin méditerranéen, renforçant l'idée qu'une petite population fantôme s'y maintient.
Depuis le 29 juin jusqu'au 28 juillet 2026, l'expédition Deep Wonders of Trinidad and Tobago and the High Seas, dirigée par la biologiste Diva Amon à bord du navire Falkor (too), explore les eaux profondes du pays. Avec le robot SuBastian, le système de caméras DORIS et l'engin autonome Childlike Empress, l'équipe cartographie les fonds, cherche des sources hydrothermales et mesure la pollution par microplastiques dans une zone où 93% du territoire marin national reste sous la profondeur accessible en plongée loisir.
Des programmes comme le PADI Shark & Ray Census permettent à n'importe quel plongeur de transformer une rencontre en donnée scientifique utile, à condition de dater et localiser précisément chaque observation. L'histoire du requin blanc fantôme méditerranéen montre qu'un signalement isolé, conservé pendant des décennies, peut un jour devenir une preuve déterminante.