

Photo sous-marine à Madère : dauphins résidents, réserve de Garajau, phoques moines des Desertas et faune pélagique. Guide complet des sites et réglages sans flash.
Le bateau quitte le port de Funchal à l'aube, alors que les falaises volcaniques noires de Madère s'embrasent sous les premiers rayons du soleil. Soudain, à trente mètres devant l'étrave, une dorsale grise fend la surface dans une gerbe d'écume. Une seconde suit immédiatement. Un groupe de dauphins tachetés de l'Atlantique vient escorter l'embarcation, surfant sur la vague d'étrave avec une synchronisation parfaite.
La photo sous-marine à Madère se nourrit de ces instants de grâce spontanés. Posée au coeur de l'Atlantique oriental, à mi-chemin entre le Portugal continental et les Canaries, l'île aux fleurs offre un relief sous-marin spectaculaire où les falaises volcaniques plongent à pic vers les abysses, attirant une faune pélagique généreuse à quelques minutes à peine du rivage.
Ce guide explore les sites majeurs de l'archipel, ses réserves marines protégées, et les techniques indispensables pour capturer la vie pélagique en lumière naturelle.
Madère est une île sans véritable plateau continental pour amortir le passage entre la terre ferme et les grands fonds. Dès que l'on quitte le littoral, les fonds descendent rapidement vers des profondeurs de 1 000 à 3 000 mètres.
Cette particularité géologique a un impact direct sur la vie marine : les eaux profondes et les courants nourriciers passent tout près de la côte. Les cétacés et les grands poissons de haute mer peuvent ainsi être approchés sans avoir à entreprendre de longues navigations épuisantes.
L'archipel comprend l'île principale de Madère, l'île de Porto Santo au nord-est, ainsi que les îles Desertas et les îles Selvagens, deux réserves naturelles intégrales sanctuarisées.
Les eaux chaudes et claires de l'archipel accueillent plus d'une vingtaine d'espèces de mammifères marins au fil des saisons.
Le dauphin tacheté de l'Atlantique (Stenella frontalis) et le grand dauphin (Tursiops truncatus) sont les deux espèces les plus fréquemment rencontrées. Très joueurs et curieux, les dauphins tachetés viennent souvent inspecter les nageurs restés calmes en surface.
En snorkeling, la règle d'or consiste à s'immerger sans éclaboussures et à se laisser dériver. Le grand-angle permet d'intégrer plusieurs individus dans une même composition, capturant les jeux de lumière qui traversent la surface agitée.
Les globicéphales tropicaux (Globicephala macrorhynchus) forment des groupes familiaux stables au large de Madère. Leurs têtes bombées caractéristiques et leur comportement paisible en surface permettent de réaliser des images d'ambiance posées et graphiques.
Créée en 1986 sur la côte sud de l'île, à l'est de Funchal, la réserve naturelle partielle de Garajau est l'un des sites sous-marins les plus renommés d'Europe.
Protégée de toute pêche depuis quatre décennies, la réserve abrite une population sédentaire impressionnante de mérous bruns géants (Epinephelus marginatus). Certains spécimens, atteignant 1,50 mètre pour plus de 50 kg, ont développé une confiance totale envers les plongeurs. Ils s'approchent calmement, offrant des opportunités de portraits rapprochés d'une netteté remarquable en lumière naturelle.
Le long des tombants de Garajau défilent également des bancs compacts de barracudas, des carangues voraces, de grandes raies pastenagues et, pendant les mois d'été, de magnifiques raies mobulas (Mobula mobular) qui longent les parois rocheuses pour se nourrir.
À une vingtaine de milles au sud-est de Madère se dressent les trois îles Desertas (Ilhéu Chão, Deserta Grande et Bugio). Cet archipel désertique et sauvage abrite l'une des dernières colonies de phoques moines de Méditerranée (Monachus monachus), l'un des mammifères marins les plus menacés de la planète.
Grâce à une protection sans faille mise en place par le parc naturel de Madère, la colonie est passée de quelques individus dans les années 1980 à près de quarante spécimens aujourd'hui.
L'accès à la réserve intégrale est strictement réglementé. Les rencontres sous l'eau avec un phoque moine relèvent d'un privilège rare et imprévisible. Si un animal s'approche par curiosité, il convient de rester parfaitement statique et de laisser le mammifère marin diriger l'interaction, sans jamais tenter de le suivre ou de couper sa trajectoire.
À deux heures de ferry au nord-est de Funchal, l'île de Porto Santo complète parfaitement un séjour photo. Ses fonds de sable doré abritent plusieurs épaves volontairement immergées pour créer des récifs artificiels florissants :
Au large de Madère, les rencontres en pleine mer réservent de belles surprises. De juin à octobre, des groupes de raies mobulas croisent en surface. Le poisson-lune (Mola mola), gigantesque et énigmatique, remonte parfois des abysses pour se réchauffer sous les rayons du soleil et se faire débarrasser de ses parasites par les poissons côtiers.
Pour anticiper les meilleures fenêtres d'observation des cétacés et pélagiques tout au long de l'année, vous pouvez consulter notre calendrier de saisonnalité des espèces marines.
La clarté de l'eau (visibilité de 25 à 35 mètres) et la luminosité atlantique facilitent le travail en lumière naturelle :
Pour approfondir les techniques de prise de vue sans flash sur les reliefs volcaniques, la formation AquaExposure propose un accompagnement étape par étape pour maîtriser la colorimétrie et le cadrage en milieu marin.
Madère est sans doute l'archipel le plus accessible et le plus simple à organiser de la région :
Madère forme le pont d'or entre les deux autres perles de la Macaronésie. Plus au nord, les Açores offrent le frisson hauturier des monts sous-marins et des cachalots. Plus au sud, les Canaries déploient leurs spectaculaires orgues basaltiques de La Rapadura et leurs requins anges camouflés.
Grâce à ses mérous familiers de Garajau, ses dauphins résidents et ses eaux d'un bleu cobalt profond, l'île de Madère s'impose comme une destination incontournable pour tout photographe sous-marin épris de grand large.
Benjamin Coste est instructeur de plongée et formateur en photographie sous-marine. Il enseigne la photo sans flash depuis 2014 sur aquaexposure.com.
Les dauphins tachetés de l'Atlantique et les grands dauphins sont présents toute l'année. La période s'étalant de mai à octobre offre les conditions de mer les plus calmes, avec une eau chauffée entre 22°C et 24°C, idéale pour les sorties en haute mer et les plongées sur tombants.
La réserve naturelle marine de Garajau est célèbre pour ses mérous bruns géants très familiers et ses bancs pélagiques. L'île voisine de Porto Santo offre de magnifiques épaves récifs comme le Madeirense et la Corveta General Pereira d'Eça.
Les îles Desertas abritent une colonie protégée de phoques moines (Monachus monachus). L'accès à la réserve intégrale est très strictement réglementé pour préserver cette espèce en danger critique. Les rencontres sous l'eau restent rares, imprévisibles et ne doivent jamais être forcées.
En dehors des dauphins et des globicéphales, on observe régulièrement des raies mobulas (Mobula mobular), des bancs de barracudas et de carangues, des thons pélagiques, et plus occasionnellement le poisson-lune (Mola mola).
Non. La limpidité de l'eau et la lumière atlantique permettent d'obtenir d'excellents résultats en lumière naturelle avec un caisson compact ou hybride équipé d'une optique grand-angle.