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Microplastiques dans l'océan : documenter par la photo pour sensibiliser sans désespoir
Sommaire
  • 01Ce que nos images ne montrent pas encore
  • 02Comprendre les microplastiques pour les photographier
  • 03Ce qu'on appelle microplastique
  • 04Où les trouver en plongée
  • 05Les espèces qui les ingèrent
  • 06Technique photo pour des sujets quasi-invisibles
  • 07Macro et super-macro pour les fragments visibles
  • 08Contre-lumière pour les particules en suspension
  • 09Le fond bleu comme révélateur
  • 010Initiatives citoyennes actives sur les microplastiques
  • 011Dive Against Debris (Project AWARE)
  • 0125 Gyres et la recherche sur les macro-fragments
  • 013Les programmes de recherche locaux
  • 014Publier sans désespoir : la communication responsable sur les microplastiques
  • 015Le cadre narratif qui mobilise
  • 016La cohérence avec la beauté menacée
  • 017Intégrer la documentation des microplastiques dans votre pratique
ETHIQUE 9 minBenjamin Coste

Microplastiques dans l'océan : documenter par la photo pour sensibiliser sans désespoir

Comment photographier les microplastiques sous l'eau : macro, contre-lumière, fond bleu. Techniques AquaExposure, initiatives citoyennes, publication responsable. Guide pour plongeurs-photographes.

Pour aller plus loin dans votre pratique et progresser sereinement, rejoignez la formation AquaExposure.

Il y a une pollution que nos photos ne montrent presque jamais. Pas parce qu'elle n'est pas là, mais parce qu'elle est trop petite pour être cadrée sans technique adaptée, trop diffuse pour être dramatisée. Les microplastiques sont partout dans l'océan. On commence à peine à apprendre à les voir.

Ce que nos images ne montrent pas encore

J'ai pris des milliers de photos sous-marines. La grande majorité montre ce que je peux voir clairement à l'oeil nu : des poissons, des coraux, des herbiers, des déchets de grande taille. Ce que je ne montrais pas, pendant des années, c'était le contexte chimique invisible dans lequel toutes ces espèces vivent.

La première fois que j'ai vu des microplastiques en plongée de manière délibérée, j'avais une lampe torche allumée en contre-lumière dans une anfractuosité à 8 mètres, sur la côte catalane. Les particules flottantes, que j'aurais ignorées comme du "bruit" dans une image habituelle, formaient soudain un nuage identifiable. Pas dramatique. Pas photogénique dans le sens conventionnel du terme. Mais réel, documentable, transmissible.

Cette reconnaissance, ce passage de "je ne vois rien" à "je sais maintenant où et comment regarder", c'est ce que j'essaie de transmettre ici.

Comprendre les microplastiques pour les photographier

On ne photographie efficacement que ce qu'on comprend. Voici l'essentiel de ce que vous devez savoir sur les microplastiques avant de partir avec votre appareil.

Ce qu'on appelle microplastique

La définition standard : des fragments de plastique inférieurs à 5 mm. En dessous de 1 mm, on parle parfois de nanoplastiques, invisibles à l'oeil nu et impossibles à photographier sans microscope.

Pour nous, photographes plongeurs, la fenêtre utile se situe entre 1 et 5 mm. Ces fragments sont visibles à l'oeil nu dans les bonnes conditions, et photographiables avec une lentille macro. Les films plastiques fragmentés, les fibres synthétiques (issues des vêtements lavés en machine) et les pellets industriels (granulés de plastique vierge) constituent les types les plus courants à ces tailles.

Où les trouver en plongée

Les microplastiques ne se répartissent pas uniformément. Ils s'accumulent selon les dynamiques hydrodynamiques locales.

Dans les anfractuosités rocheuses exposées au courant : les particules légères s'y piègent comme les feuilles mortes dans un coin de rue. Sur les rhizomes des herbiers de posidonie : les feuilles mortes retombées au fond accumulent les plastiques qui sédimentent avec elles. Dans les zones à faible courant entre des formations rocheuses, sur fond sableux : les particules se déposent avec les sédiments fins. En subsurface après des épisodes de pluie qui rabattent les plastiques de surface : les premières heures après une forte pluie côtière concentrent les plastiques de ruissellement.

Les espèces qui les ingèrent

Une image d'holothurie (concombre de mer) en train de filtrer des sédiments dans une zone documentée à forte concentration de microplastiques est une donnée scientifique et une image narrativement forte. Les holothuries ne discriminent pas entre les sédiments organiques et les microplastiques. De même pour les bivalves (moules sauvages, huîtres), qui filtrent activement les particules en suspension.

Photographier l'espèce dans son comportement alimentaire habituel, dans un contexte où vous avez documenté la présence de microplastiques, crée un lien visuel que le public comprend intuitivement.

Technique photo pour des sujets quasi-invisibles

C'est là que la pratique diverge de la photo sous-marine classique. Les microplastiques demandent une approche technique délibérée, souvent moins instinctive.

Macro et super-macro pour les fragments visibles

Pour les fragments de 1 à 5 mm posés sur un substrat (rhizomes de posidonie, roches, sable), une lentille macro de +10 ou +15 dioptries adaptée à votre boîtier ou votre caisson de smartphone donne les meilleurs résultats. La distance de mise au point est courte, la profondeur de champ est faible : il faut une mise au point précise et idéalement un trépied ou un support pour stabiliser l'appareil.

Le défi supplémentaire est que les fragments translucides ou blancs sur un fond clair disparaissent dans l'image. Cherchez des fonds contrastants : une feuille de posidonie verte, un rocher sombre, des sédiments à grain fin plus sombres que les fragments. Si le fond est trop clair, un fond artificiel (un carré de tissu foncé glissé sous le fragment) peut être utilisé dans un contexte de documentation contrôlée.

Contre-lumière pour les particules en suspension

Pour rendre visible ce qui flotte dans la colonne d'eau, la contre-lumière est la technique de base. Positionnez-vous entre le sujet et votre source lumineuse (le soleil de surface en plongée peu profonde, votre propre lampe torche placée derrière les particules). Les fragments et fibres, rendus opaques par la lumière qui les traverse, deviennent visibles contre l'arrière-plan sombre.

Cette technique fonctionne bien entre 3 et 10 mètres, où la lumière solaire est encore directionnelle. En Méditerranée en été, entre 8h et 11h, la lumière rasante offre les meilleures conditions pour ce type de travail.

Le fond bleu comme révélateur

Une autre approche : photographier depuis le bas vers la surface, avec les microplastiques en suspension entre vous et la surface lumineuse. Cette position vous donne un fond naturellement lumineux contre lequel les particules se découpent. C'est la même logique que photographier une méduse ou un banc de petits poissons depuis le bas : le fond bleu/blanc de la surface devient un fond studio naturel.

Le principal inconvénient : la profondeur de champ est difficile à contrôler avec ce type d'éclairage. Refermez un peu votre ouverture (f/8 à f/11) pour augmenter la zone de netteté, quitte à compenser avec une sensibilité ISO plus élevée.

Initiatives citoyennes actives sur les microplastiques

La documentation ne prend de valeur que si elle rejoint une base de données ou un programme de suivi. Pour les microplastiques, plusieurs structures accueillent les contributions de plongeurs.

Dive Against Debris (Project AWARE)

La plateforme Dive Against Debris accepte les signalements de microplastiques photographiés et géolocalisés, même quand il n'est pas possible de les collecter physiquement. Une photo avec les métadonnées GPS et une description du contexte (type de substrat, profondeur, conditions) est une contribution valide.

Pour les fragments récupérables (supérieurs à 5 mm), la collecte physique et la soumission d'un rapport complet sont les étapes idéales. Pour les particules plus petites, la documentation photographique seule est déjà utile.

5 Gyres et la recherche sur les macro-fragments

5 Gyres se concentre sur les déchets plastiques de surface, y compris les macro-fragments qui se fragmentent en microplastiques. Leurs relevés de surface sont accessibles aux navigateurs et aux plongeurs côtiers en apnée. Leur application mobile permet de contribuer à la cartographie des zones d'accumulation.

Les programmes de recherche locaux

En Méditerranée, plusieurs programmes de monitoring des microplastiques cherchent des volontaires pour des relevés structurés. L'IUCN, Surfrider Foundation Europe et certaines universités côtières (notamment en France et en Espagne) ont des protocoles qui permettent aux plongeurs de contribuer avec des données standardisées.

Renseignez-vous auprès du centre de plongée local ou du gestionnaire de l'AMP la plus proche : ces partenariats se nouent souvent à l'échelle locale.

Combiner les données de microplastiques avec d'autres types d'observations (espèces observées, état des herbiers, état du corail) dans les protocoles Reef Check et BioObs enrichit la valeur de chaque plongée documentaire.

Publier sans désespoir : la communication responsable sur les microplastiques

Le risque avec les microplastiques, plus encore qu'avec la pollution visible, c'est de générer du désespoir plutôt que de l'action. "Le plastique est partout, même dans l'air qu'on respire" n'incite personne à agir. C'est une information qui paralyse.

Le cadre narratif qui mobilise

Pour les microplastiques, le cadre qui fonctionne n'est pas "voilà l'horreur" mais "voilà ce qui se passe, voilà comment le mesurer, voilà comment contribuer à le changer". Ce cadre nécessite trois éléments dans chaque publication : une image ou une observation concrete qui montre la réalité, un contexte scientifique minimal qui explique ce qu'on regarde, et une action possible pour le lecteur.

L'action peut être aussi simple que : rejoindre un programme de monitoring, éviter certains produits cosmétiques avec des microbilles, choisir des vêtements en fibres naturelles qui libèrent moins de fibres synthétiques. Des actions à échelle humaine, pas des appels à "sauver les océans" en général.

La cohérence avec la beauté menacée

L'approche que je défends depuis des années, et qui s'applique particulièrement bien aux microplastiques : alternez entre l'image de beauté et l'image de menace dans votre communication. Un hippocampe dans une posidonie saine. La même posidonie avec des fragments de plastique dans ses rhizomes. Le même hippocampe filmé dans un contexte où vous avez documenté la présence de microplastiques.

Cette séquence beauté/menace/action est infiniment plus efficace qu'une succession d'images de pollution qui anesthésient progressivement le regard. Elle est aussi plus proche de la réalité : la menace et la beauté coexistent. Les microplastiques et les hippocampes cohabitent dans le même herbier. Cette cohabitation est en elle-même un message.

Le blanchissement des coraux a bénéficié de cette approche dans la communication scientifique et militante : les images de coraux sains sont devenus le contre-point essentiel aux images de coraux blanchis. La même logique s'applique aux microplastiques.

Intégrer la documentation des microplastiques dans votre pratique

Si vous ne l'avez jamais fait consciemment, la prochaine plongée est une bonne occasion d'observer l'eau différemment. Allumez votre lampe torche dans une anfractuosité peu éclairée et regardez ce qui flotte entre vous et la source de lumière. Regardez les rhizomes de posidonie avec une lampe rapprochée. Regardez le fond sableux dans les zones à faible courant avec l'oeil exercé de quelqu'un qui cherche quelque chose de petit.

Cette attention modifie la plongée. Elle ne la rend pas moins belle. Elle la rend plus complète.

La connexion entre la photo de microplastiques et la protection de la vie marine est directe : documenter la présence et les effets des microplastiques sur les espèces et les habitats, c'est contribuer à l'argument scientifique pour des politiques de réduction des plastiques à la source.

Si vous souhaitez aller plus loin dans cette pratique de la photo documentaire et apprendre à structurer votre observation sous-marine pour maximiser la valeur de chaque plongée, la formation photo sous-marine AquaExposure intègre la documentation environnementale comme composante à part entière du regard de photographe.

L'invisible mérite d'être montré. C'est une des raisons pour lesquelles on plonge avec un appareil.

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Sommaire

  • 01Ce que nos images ne montrent pas encore
  • 02Comprendre les microplastiques pour les photographier
  • 03Ce qu'on appelle microplastique
  • 04Où les trouver en plongée
  • 05Les espèces qui les ingèrent
  • 06Technique photo pour des sujets quasi-invisibles
  • 07Macro et super-macro pour les fragments visibles
  • 08Contre-lumière pour les particules en suspension
  • 09Le fond bleu comme révélateur
  • 10Initiatives citoyennes actives sur les microplastiques
  • 11Dive Against Debris (Project AWARE)
  • 125 Gyres et la recherche sur les macro-fragments
  • 13Les programmes de recherche locaux
  • 14Publier sans désespoir : la communication responsable sur les microplastiques
  • 15Le cadre narratif qui mobilise
  • 16La cohérence avec la beauté menacée
  • 17Intégrer la documentation des microplastiques dans votre pratique

Questions sur le Journal

Peut-on vraiment voir les microplastiques en plongée ?

Oui, en sachant où et comment regarder. Les microplastiques sont invisibles dans la colonne d'eau en plongée normale, mais visibles en contre-lumière (comme les particules de poussière dans un rai de soleil), sur un fond sombre ou en macro serrée sur un substrat colonisé. Les filaments et fragments de 1 à 5 mm sont photographiables avec une lentille macro standard.

Quel équipement recommandez-vous pour photographier les microplastiques sous l'eau ?

Une lentille macro de +10 ou +15 dioptries adaptée à votre boîtier pour les fragments fins. Un smartphone avec mode portrait ou zoom numérique serré peut aussi donner des résultats corrects sur les accumulations visibles à faible profondeur. La clé est l'éclairage : contre-lumière naturelle ou fond sombre contrastant avec les particules claires.

Où trouver des microplastiques en plongée pour les photographier ?

Dans les zones à faible courant où les particules s'accumulent : anfractuosités rocheuses, herbiers de posidonie, fonds sableux entre des formations rocheuses. En surface et à très faible profondeur après des épisodes de vent ou de pluie qui rabattent les plastiques de surface. Les lignes de thermocline peuvent aussi concentrer les particules légères.

Comment participer aux programmes de monitoring des microplastiques en tant que plongeur ?

Dive Against Debris (Project AWARE) accepte les signalements de microplastiques avec photos géolocalisées. 5 Gyres a des protocoles de relevé de surface accessible aux plongeurs côtiers. En France, des initiatives comme la Mission Microplastiques de l'IUCN cherchent des volontaires pour des relevés structurés. Contactez les gestionnaires d'AMP dans votre zone pour les programmes locaux.

Peut-on ramasser des microplastiques pendant une plongée ?

Les fragments de plus de 1 mm peuvent être collectés avec précaution dans un filet ou un sac à maille fine. Les particules plus petites sont trop légères pour être récupérées efficacement sans équipement spécialisé et risquent d'être dispersées par votre passage. Dans ce cas, la documentation photographique et le géolocalisation sont plus utiles que la collecte.

Les microplastiques affectent-ils les espèces marines visibles en plongée ?

Oui, de manière documentée. Les holothuries (concombres de mer) ingèrent des microplastiques en filtrant les sédiments. Les bivalves (moules, huîtres sauvages) accumulent les particules par filtration. Certains poissons planctivores confondent les fragments brillants avec du zooplancton. Ces comportements peuvent être photographiés in situ et constituent des données de documentation importantes.

Quelle différence entre documenter les microplastiques et faire des images "choc" sur la pollution marine ?

L'image choc montre l'horreur pour provoquer une réaction émotionnelle immédiate. La documentation montre les faits pour susciter une réaction informée et durable. Pour les microplastiques, ça veut dire photographier le contexte écologique (l'espèce affectée, le milieu colonisé) plus que le plastique seul. Et accompagner chaque publication d'une information sur les initiatives citoyennes actives dans la zone.

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