Le Sony RX10 V relance le bridge à capteur 1" après 9 ans. Caissons pas encore disponibles, zoom 600mm limité sous l''eau, mais le capteur stacked change la donne. Ce que ça signifie pour la photo sous-marine.
Neuf ans. C'est le temps qui s'est écoulé entre le Sony RX10 IV et le RX10 V. Dans un marché photo qui renouvelle ses gammes tous les deux ou trois ans, cette parenthèse mérite une explication que Sony n'a pas vraiment donnée. Ce qui est sûr, c'est que le bridge professionnel à longue focale et capteur 1" a quasiment disparu des vitrines pendant cette période, et que le RX10 V marque un retour sur un segment que beaucoup pensaient abandonné.
Pour la photo sous-marine, ce retour est intéressant, sans être immédiatement utilisable. Voici pourquoi.
La première chose à noter, c'est le capteur. Le RX10 V embarque un capteur 1" de type stacked - c'est-à-dire à architecture empilée - une technologie que Sony a progressivement déployée sur ses appareils depuis quelques années, et qui change concrètement les performances en vitesse de lecture.
Un capteur stacked lit les données plus vite que les capteurs conventionnels, ce qui réduit le rolling shutter en vidéo et améliore les performances autofocus en rafale. Pour un bridge à vocation animalière, c'est un avantage direct. Pour un bridge sous-marin, c'est potentiellement un atout sur les sujets rapides : pelagiques, bancs de poissons en mouvement, requins qui passent à courte distance.
C'est aussi le point commun avec un autre capteur 1" qui avait fait parler de lui : notre article sur le capteur 1" et la révolution 8K en photo sous-marine revenait sur les raisons pour lesquelles ce format de capteur offre un équilibre intéressant entre compacité et performance pour la plongée.
Le zoom 24-600mm f/2.8-4.0 est la seconde caractéristique marquante du RX10 V. Sur terre, c'est une plage remarquable pour la faune sauvage et la photographie sportive. Sous l'eau, c'est une autre histoire.
L'eau n'est pas l'air. Au-delà de quelques mètres de distance dans l'eau, la netteté baisse, le contraste diminue, et les couleurs se dégradent au point que l'image devient inexploitable même avec un excellent capteur. La règle d'or en photo sous-marine - la même que je répète depuis des années dans la formation photo et vidéo sous-marine - c'est de s'approcher le plus possible du sujet.
Le zoom 600mm du RX10 V est conçu pour capturer un aigle à 300 mètres dans une lumière rasante. Sous l'eau, cette même focale ne vous permettra pas de photographier quoi que ce soit à distance sans perdre l'essentiel de la qualité d'image.
L'avantage réel du zoom sous l'eau, c'est sa plage basse. Un 24mm sous l'eau correspond à un angle de vue réel réduit par la réfraction, et c'est là que le RX10 V peut exprimer quelque chose d'intéressant : la versatilité d'une courte focale de qualité dans un boîtier compact, sans changer d'optique entre deux plongées.
Ce positionnement le différencie des caméras d'action comme la GoPro Mission 1 ou l'Insta360 X5, qui n'offrent pas de contrôle de focale mais dominent sur l'angle de vue extrême et la résistance immédiate à l'eau sans caisson supplémentaire.
C'est le frein principal à l'enthousiasme pour la photo sous-marine.
Au moment de l'annonce du RX10 V, aucun fabricant de caissons spécialisés (Nauticam, Ikelite, Sea&Sea, Isotta ou Aquatica) n'avait annoncé de solution dédiée. Le RX10 IV avait ses propres caissons, mais la conception du boîtier a suffisamment changé pour rendre ces solutions incompatibles.
En pratique, cela signifie une fenêtre d'attente de 6 à 12 mois minimum avant que le marché propose des options sérieuses - le temps de concevoir, tester et certifier un caisson pour un nouveau boîtier. C'est la réalité du marché de la plongée photo : les caissons arrivent toujours après les boîtiers, et les premiers modèles disponibles ne sont pas toujours les plus aboutis.
Pour les plongeurs qui envisagent le RX10 V comme futur appareil sous-marin, l'achat immédiat n'a pas beaucoup de sens. L'achat en anticipation, pour construire une familiarité avec l'appareil sur la partie terrestre avant de plonger, peut avoir sa logique pour les photographes animaliers qui font autant de terrain que d'eau.
Le DJI Osmo Action 6 et l'Insta360 X5 restent les choix les plus directs pour plonger rapidement avec une caméra capable. Pour la photo hybride mer/terre avec un seul boîtier, le RX10 V mérite une attention réelle une fois les caissons disponibles.
Ce qui le rend potentiellement intéressant pour la photo sous-marine n'est pas son zoom, c'est son capteur. Un 1" stacked dans un bridge compact, avec un autofocus nettement amélioré par rapport au RX10 IV, ouvre des perspectives pour les situations dynamiques où les bridges précédents avaient du mal à suivre.
Les premières images sous-marines viendront probablement dans 12 à 18 mois, quand les testeurs auront reçu leurs caissons et effectué leurs premières plongées. C'est à ce moment qu'il sera possible de trancher : le capteur stacked change-t-il vraiment la donne sous l'eau, ou les limites physiques du milieu aquatique plafonnent-elles ses performances comme elles plafonnent celles de tous ses prédécesseurs ?
En attendant, le RX10 IV d'occasion, avec ses caissons existants et ses années de retours terrain, reste souvent plus pertinent pour quelqu'un qui veut plonger maintenant.
Un retour annoncé vaut moins que des images faites.
Pas encore. Au moment de l'annonce du RX10 V, aucun fabricant de caissons spécialisés (Nauticam, Ikelite, Sea&Sea) n'avait annoncé de compatibilité. La conception physique du boîtier a évolué par rapport au RX10 IV, ce qui rend les anciens caissons inutilisables. Il faudra attendre 6 à 12 mois après commercialisation pour voir les premières solutions dédiées.
Très peu. L'eau absorbe la lumière et réduit le contraste à mesure que la distance augmente. Au-delà de quelques mètres, le milieu aquatique impose de travailler en courte focale pour maximiser la netteté et la couleur. Le zoom 600mm du RX10 V est un atout sur terre pour la faune sauvage, pas sous l'eau où la proximité du sujet reste la règle d'or.
Un capteur stacked (empilé) intègre les circuits de traitement directement sous les photodiodes, ce qui accélère considérablement la vitesse de lecture. Résultat : meilleur suivi autofocus en rafale, réduction du rolling shutter en vidéo, et performances en haute vitesse nettement améliorées. Pour la photo sous-marine en mouvement (pelagiques, bancs de poissons), c'est un avantage concret.
Non. Un bridge, même excellent, ne remplace pas les performances d'un mirrorless APS-C ou full frame en conditions difficiles (faible lumière, profondeur). Le RX10 V a l'avantage de la compacité et du zoom intégré, mais ses limites en basse lumière restent celles d'un capteur 1", plus petit que les formats mirrorless. Il répond à un besoin différent.