
Soudan et Djibouti en photo sous-marine : récifs vierges, requins marteaux et requin-baleine garanti l'hiver. Les alternatives sauvages à l'Égypte expliquées.
La première fois qu'on plonge en mer Rouge, l'Égypte suffit à émerveiller. Puis, à force de croiser les mêmes récifs et les mêmes palanquées, une question revient : que reste-t-il de sauvage dans cette mer mythique ? La réponse se trouve plus au sud, là où les récifs n'ont presque jamais vu de plongeurs.
Au-delà de l'Égypte, le Soudan et Djibouti offrent les expériences photographiques les plus sauvages de la mer Rouge : récifs vierges et requins marteaux au Soudan, requin-baleine quasi garanti à Djibouti de novembre à février. Ce sont les destinations des photographes qui veulent aller plus loin que Sharm el-Sheikh.
Ces destinations ne sont pas des versions améliorées de l'Égypte. Elles s'adressent à un autre moment du parcours photographique, celui où l'on a déjà la technique et où l'on cherche la rencontre brute, le récif intact, l'animal qui n'a pas appris à fuir ou à quémander. Cela suppose aussi plus d'exigence et plus de respect.
!Banc de requins marteaux en pleine eau sur un récif du large, mer Rouge soudanaise
Le Soudan, c'est la mer Rouge telle qu'elle était avant le tourisme de masse. Les récifs du large, comme Sha'ab Rumi et le célèbre Sanganeb, ont gardé une densité de vie et une santé de corail que beaucoup de sites du nord ont perdues. La fréquentation y est minime, parce que tout se fait en croisière, loin des côtes.
Pour le photographe, cette virginité change tout. Les bancs de requins marteaux qui tournent au large de Sanganeb, les murs de corail intacts, les gros mérous et les napoléons peu farouches offrent des sujets que l'on ne trouve plus aisément ailleurs. La pleine eau est ici le terrain de jeu principal, et c'est là que la technique compte le plus.
Photographier un banc de requins marteaux demande de la maîtrise. On descend dans le bleu, sans bulles excessives, on contrôle sa flottabilité au centimètre, et on laisse les animaux s'approcher plutôt que de foncer vers eux. Le requin marteau est méfiant. Toute approche brusque vide la scène en quelques secondes. Cette discipline d'approche est la même que celle que je décris pour photographier les requins en sécurité.
Le Soudan se plonge presque exclusivement en croisière depuis Port-Soudan, sur des bateaux autonomes qui rejoignent les récifs du large pour cinq à dix jours. Cette autonomie est une liberté, mais aussi une contrainte. Loin de toute boutique, le moindre joint défectueux ou la moindre batterie oubliée devient un problème.
La préparation du matériel photo est donc cruciale. On part avec des pièces de rechange, des joints toriques, de la graisse silicone, des batteries en surplus et de quoi sécher et protéger son caisson. Le logique de croisière rejoint celle que je détaille dans l'article comparant la croisière et le séjour resort en Égypte.
!Mur de corail intact baigné de lumière sur le récif de Sanganeb, Soudan
Djibouti offre une expérience d'un autre ordre. De novembre à février, le golfe de Tadjoura voit affluer de jeunes requins-baleines qui viennent se nourrir de plancton près de la côte. Les observations y sont parmi les plus fiables au monde sur cette fenêtre, ce qui en fait une destination de choix pour photographier le plus grand poisson de la planète.
La rencontre se fait en apnée ou en snorkeling, jamais en bouteille, car les animaux évoluent près de la surface. C'est une nage en lumière naturelle pure, où l'on cherche la silhouette massive contre le bleu et les rayons de soleil. La taille de l'animal et la proximité de la surface rendent le flash totalement inutile et perturbant.
L'éthique est ici non négociable. Le requin-baleine est une espèce vulnérable, et le tourisme mal encadré peut le stresser ou le blesser. On respecte les distances, on ne touche jamais, on ne se place pas sur sa trajectoire, on ne le poursuit pas. La bonne photo est celle où l'animal a mené la rencontre. Cette même éthique guide ma façon de photographier les raies manta et les requins-baleines aux Maldives.
!Jeune requin-baleine nageant près de la surface dans le golfe de Tadjoura, Djibouti
Soudan et Djibouti partagent une exigence : ce sont des destinations de mégafaune en pleine eau, et la pleine eau ne pardonne aucune approximation. Pas de récif pour stabiliser le cadre, pas de fond pour appuyer la composition, juste un animal, le bleu et la lumière.
La règle d'or est de se positionner par rapport au soleil. On place la lumière derrière soi pour révéler les couleurs et les motifs sur un flanc de requin-baleine, ou on joue franchement le contre-jour pour transformer un banc de marteaux en silhouettes graphiques. Le choix dépend de l'effet recherché, mais il doit être conscient, pas subi.
L'autre règle est la patience. La mégafaune ne se commande pas. On fait beaucoup de plongées pour quelques images fortes, et c'est précisément ce qui donne de la valeur à ces images. Le photographe pressé rentre frustré. Le photographe patient rentre avec une rencontre.
Soyons clairs : le Soudan et Djibouti ne sont pas des premières destinations. Ils demandent de l'aisance en plongée, du contrôle en pleine eau, et une vraie maturité d'approche face à des animaux sauvages. Pour une première mer Rouge, l'Égypte reste la porte d'entrée logique, et l'article sur les erreurs à éviter pour une première destination garde toute sa pertinence.
Mais pour le photographe qui a déjà la technique et qui cherche autre chose que les sites surfréquentés, ces deux destinations offrent ce qui devient rare : du sauvage authentique. Des récifs que personne ne photographie, un géant des mers qui vous accorde quelques minutes, une mer Rouge qui ressemble encore à elle-même.
Avant de partir vers ces eaux exigeantes, travailler son approche de la mégafaune et sa lecture de la lumière fait toute la différence. La formation photo sous-marine AquaExposure aborde ces fondamentaux pour que la rencontre, le jour où elle a lieu, ne soit pas gâchée par un réglage manqué ou une approche maladroite.
La mer Rouge sauvage se mérite, et c'est tant mieux. Le jour où un banc de marteaux passera lentement au-dessus de vous dans le bleu de Sanganeb, vous comprendrez que ce sont les eaux les moins faciles d'accès qui offrent les souvenirs les plus durables.
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