
Rouge disparu à 5m, orange à 10m, jaune à 20m. La correction Lightroom palier par palier récupère les couleurs sans flash ni filtre rouge. Workflow complet.
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Quand on sort sa première photo prise à 20 mètres, la réaction est souvent la même : "ma balance des blancs était fausse" ou "mon matériel est mauvais". Ni l'un ni l'autre. Ce qui se passe est de la physique.
La perte de couleurs en profondeur est une propriété de l'eau, pas une erreur de réglage. L'eau absorbe les longueurs d'onde lumineuses de façon sélective selon la profondeur : le rouge est la première victime, l'orange suit, puis le jaune. La correction post-production (Lightroom, Capture One, DaVinci Resolve) permet de récupérer une grande partie de cette information si les conditions sont réunies. Cette information est dans le fichier RAW. Il faut juste savoir aller la chercher.
L'eau de mer est un filtre optique naturel. Les molécules d'eau et les particules en suspension absorbent sélectivement certaines fréquences de lumière. Voici les paliers approximatifs en eau de mer tropicale claire (les paliers sont plus courts en eau verte ou trouble) :
| Profondeur | Ce qui disparaît | Ce qui reste |
|---|---|---|
| 0-3m | Rien de significatif | Spectre complet |
| 5m | Rouge fortement réduit | Orange, jaune, bleu, vert |
| 10m | Rouge absent, orange réduit | Jaune, bleu, vert |
| 15m | Rouge et orange absents | Vert, bleu, cyan |
| 20m | Rouge, orange, jaune réduits | Vert, bleu, cyan |
| 30m | Tout sauf bleu/vert | Camaïeu bleu-vert |
En eau verte (Méditerranée, nord de l'Europe), ces paliers sont raccourcis de 30 à 50%. Le rouge peut commencer à disparaître dès 3 mètres dans certaines eaux turbides.
La distance horizontale compte autant que la profondeur. Un sujet à 3 mètres de l'objectif à 15 mètres de profondeur a perdu autant de rouge qu'un sujet à 1 mètre de l'objectif à 25 mètres. C'est le chemin total parcouru par la lumière dans l'eau qui détermine l'absorption.
C'est pourquoi l'approche proche (règle du "get close, then closer") est la meilleure protection contre la perte de couleurs, avant même d'ouvrir Lightroom.
Aucune correction post-prod sérieuse n'est possible sans fichier RAW. Un JPEG en profondeur a déjà appliqué un traitement irréversible qui compresse l'information de couleur. Ce qui n'y est pas ne peut pas être récupéré.
Le profil de picture style à utiliser : Flat (Canon), Natural (Nikon/Sony) ou le profil le plus bas en contraste et saturation de votre appareil. Ce profil "dégonflé" conserve un maximum de détails dans les hautes lumières et récupère les canaux presque éteints (comme le rouge à 20 mètres).
Un fichier RAW en profil Flat ressemble à une image délavée et sans contraste. C'est normal. C'est de l'information brute, pas un résultat final. La correction lui redonnera vie.
Sur smartphone, le mode RAW est disponible dans l'application Caméra native (iPhone : activer les formats RAW en réglages) ou dans des apps dédiées (Halide, Lightroom Mobile). En caisson compact, le mode RAW est généralement dans les réglages de qualité d'image.
L'article filtres rouges et correction logicielle compare les filtres physiques (inefficaces) et la correction numérique (efficace) en détail.
Voici les corrections de départ pour chaque profondeur. Ce sont des bases, pas des absolus : la qualité de l'eau, l'heure de la plongée et la météo en surface modifient les équilibres.
Le rouge est présent mais affaibli. La correction est légère.
Balance des blancs : +500 à +700K par rapport à l'automatique (vers 6000-6500K). Canal rouge dans le HSL : saturation +10 à +20, luminance +5. Teinte vers l'orange si la peau des plongeurs tire vers le vert.
Le rouge a pratiquement disparu. La correction devient substantielle.
Balance des blancs : 7000-8000K. Canal rouge HSL : saturation +30 à +50, luminance +10. Canal orange : saturation +15 à +25. Dehaze (suppression du voile) : +15 à +20.
C'est la zone où la différence entre un fichier RAW Flat bien géré et un JPEG standard devient énorme.
Balance des blancs : 9000-10000K. Canal rouge HSL : saturation +50 à +70, luminance +15. Canal orange : saturation +30 à +50. Canal jaune : saturation +10. Dehaze : +20 à +30. Vérification : l'histogramme du canal rouge doit se déplacer vers la droite après correction.
Limite à connaître : si le canal rouge est littéralement vide dans le RAW (histogramme rouge collé à gauche, tout à zéro), aucune correction ne peut inventer de l'information qui n'existe pas. La correction récupère ce qui est sous-exposé ou compressé, elle ne crée pas de rouge ex nihilo.
À ces profondeurs, même un bon RAW est difficile à sauver si la distance horizontale est supérieure à 1-1,5 mètre.
La stratégie change : plutôt que de viser la couleur réaliste (impossible), visez la cohérence artistique. Un traitement en bleu-vert froid assumé, avec le noir poussé pour le contraste, donne des images qui ont leur propre esthétique.
Alternativement, une image en noir et blanc à ces profondeurs évite le problème chromatique et met en valeur les formes et la lumière.
La vidéo en profondeur suit les mêmes lois que la photo, avec une contrainte supplémentaire : la cohérence temporelle (la couleur doit être stable d'une image à l'autre).
Lightroom ne gère pas la vidéo. DaVinci Resolve (gratuit) est l'outil de référence pour la correction couleur de vidéo sous-marine. L'article DaVinci Resolve pour la vidéo sous-marine et les LUT sous-marines couvrent ce workflow en détail.
Deux situations sont hors de portée de la correction post-production, même avec un excellent RAW.
La distance horizontale excessive. Au-delà de 2 mètres entre l'objectif et le sujet, même en eau claire tropicale à 10 mètres de profondeur, la perte d'information rouge est trop grande pour une correction crédible. C'est une limite physique, pas un problème de logiciel.
Le bruit numérique élevé. Quand l'ISO monte (800+) et que la correction du rouge amplifie les canaux sombres, le bruit de couleur explose. Les canaux rouge et orange bruités après correction donnent une image granuleuse et peu agréable. La solution passe par le débruitage (DxO PureRAW, Topaz DeNoise) avant la correction couleur.
L'article photo sous-marine en conditions difficiles couvre la gestion globale de l'ISO selon la profondeur et le type d'eau.
La formation AquaExposure inclut des modules post-production spécifiques à chaque type d'eau et de profondeur, avec des fichiers RAW d'entraînement fournis : Découvrir la formation.
Vaut-il mieux utiliser un filtre rouge ou corriger en post-prod ? La correction post-prod est supérieure dans pratiquement tous les cas. Un filtre rouge est un "one size fits all" qui sous-corrige à faible profondeur et sur-corrige à grande profondeur. La correction post-prod s'adapte à chaque image individuellement. Le filtre rouge n'a de sens que pour la vidéo en temps réel (moniteur, streaming) où on ne peut pas corriger après.
Peut-on corriger les couleurs d'un JPEG pris en profondeur ? Partiellement. Un JPEG a moins d'information que le RAW, mais Lightroom peut quand même corriger la balance des blancs et pousser le rouge. Le résultat sera moins propre (plus de bruit de couleur, moins de latitude) mais souvent acceptable pour les réseaux sociaux.
Est-ce que le flash à 20 mètres résout vraiment le problème de couleur ? Pour les sujets dans la portée du flash (1-1,5 mètre maximum), oui, le flash restitue les couleurs. Au-delà, non. Et le flash crée du backscatter sur tout ce qui se trouve entre la tête de flash et le sujet, ce qui en eau profonde empire la lisibilité de l'image. La post-prod est plus efficace pour les sujets au-delà de 1 mètre.
La correction couleur est-elle du "trucage" ? Non. Corriger la balance des blancs pour compenser l'absorption chromatique de l'eau, c'est restituer les couleurs réelles de la scène, celles que l'oeil verrait si on éclairait avec une lumière blanche. C'est le même principe que de corriger la dominante orange d'une lampe à incandescence. La manipulation éthiquement problématique est l'ajout ou la suppression de sujets (via IA générative), pas la correction de la lumière.
Quelle application de débruitage recommandez-vous avant la correction couleur ? DxO PureRAW ou Topaz DeNoise AI donnent de bons résultats sur les RAW sous-marins. Ces outils traitent le bruit avant la conversion, ce qui donne une base plus propre pour la correction chromatique. AquaExposure ne touche aucune commission d'affiliation sur ces logiciels.
Ce n'est pas un problème de balance des blancs ou de matériel. L'eau absorbe les longueurs d'onde progressivement : le rouge disparaît vers 5m, l'orange vers 10m, le jaune vers 20m. C'est de la physique.
Travaillez palier par palier : balance des blancs sur une zone neutre, puis boost du canal rouge dans les courbes, réduction du bleu dans les ombres, et ajustement de la saturation. Le RAW offre bien plus de latitude que le JPEG.
Non. Le filtre rouge compense partiellement à la prise de vue mais son efficacité varie avec la profondeur et la turbidité. La correction en post-production offre plus de contrôle et de flexibilité, à condition de photographier en RAW.