10 photos sous-marines brutes transformées étape par étape. Contexte de prise de vue, réglages Lightroom appliqués et résultat final. Révéler, pas inventer.
Quand je montre le avant/après d'une retouche en formation, il y a toujours un moment de silence. Puis la même question : "mais tu as changé quoi, exactement ?". La réponse est rarement spectaculaire. Trois curseurs, parfois quatre. La balance des blancs, une courbe, un peu de Dehaze. C'est tout.
La retouche sous-marine n'est pas de la magie. C'est de la compensation. L'eau a volé des couleurs, on les lui reprend. Le fichier RAW contient l'information, Lightroom la révèle. Voici 10 photos réelles, prises en conditions réelles, avec les réglages exacts qui les ont transformées.
La scène est classique : une tortue verte remontant vers la surface dans une eau limpide, soleil au-dessus. Le RAW est bleu, globalement exposé correctement, avec la carapace qui tire vers le vert-brun au lieu du brun chaud qu'on voyait sous l'eau.
!Avant/après retouche d'une tortue verte en eau claire à Chypre
Les réglages appliqués : Balance des blancs de 4500K à 6200K (+15 teinte magenta). Exposition +0.3 (légèrement sous-exposée à cause du contre-jour partiel). Dehaze +18 (eau claire, peu de diffusion). Courbe rouge remontée dans les ombres pour récupérer les bruns de la carapace. HSL : saturation de l'orange +12, luminance du bleu -8 pour assombrir légèrement l'eau de fond.
Résultat : la carapace retrouve ses tons chauds, le vert de la peau de la tortue est distinct du vert de l'eau, le fond bleu gagne en profondeur. Temps total : 3 minutes.
Un récif coloré en eau tropicale claire, pris en lumière naturelle descendante. Le RAW est le cas le plus simple : légèrement bleu, mais les couleurs sont presque là. La profondeur faible a préservé la plupart des longueurs d'onde.
Les réglages : Balance des blancs de 4800K à 5800K (+8 teinte magenta). Exposition inchangée. Dehaze +12. Pas de courbe modifiée (l'information est déjà dans le fichier). HSL : saturation du rouge +8 et de l'orange +10 pour redonner de l'éclat aux coraux mous. Clarté +15 pour la texture du récif.
Ce cas illustre un point important : à faible profondeur en eau claire, la retouche est minimale. C'est la preuve que la lumière naturelle suffit quand on est proche du sujet et près de la surface. Pas besoin de flash pour un récif à 5 mètres sous le soleil des Maldives.
Le cas le plus fréquent en Méditerranée : un sujet intéressant (un gros mérou curieux, presque immobile) dans une lumière faible à 22 mètres. Le RAW est bleu-vert foncé, le mérou se confond presque avec le fond rocheux.
!Avant/après retouche d'un mérou en Méditerranée profonde
Les réglages : Balance des blancs de 4200K à 7000K (+22 teinte magenta). Exposition +1.2 (la photo était significativement sous-exposée). Ombres +45 (pour révéler les détails dans les zones sombres du corps du mérou). Dehaze +32 (beaucoup de particules entre l'objectif et le sujet). Courbe rouge remontée de façon marquée dans les ombres et les tons moyens. Courbe bleue baissée dans les ombres. Réduction de bruit luminance 25 (l'exposition poussée a révélé du grain).
Ce type de retouche est celui qui impressionne le plus les débutants, mais c'est aussi celui qui teste les limites du RAW. Au-delà de 25 mètres sans lumière artificielle, même un bon fichier RAW n'a plus assez de signal dans le canal rouge pour une correction propre.
Le contre-exemple parfait. Photo prise en snorkeling à 1 mètre de profondeur, soleil de face, banc de saupes argentées dans l'eau claire. Le RAW est presque parfait directement sorti du capteur.
Les réglages : Balance des blancs inchangée (4600K, correct pour la profondeur). Exposition -0.2 (légère surexposition due aux reflets de surface). Hautes lumières -40 (pour récupérer les détails dans les écailles réfléchissantes). Clarté +20 pour la définition des poissons. Rien d'autre.
Cet exemple est dans la liste pour une raison pédagogique : parfois, la meilleure retouche est celle qu'on ne fait pas. En snorkeling, en eau claire, sous le soleil, l'appareil photo capture presque exactement ce que l'oeil voit. La tentation de "retoucher quand même" est le piège.
L'eau verte belge, le cas le plus difficile de cette série. Une éponge d'eau douce sur une paroi rocheuse en carrière. Le RAW est vert foncé uniforme, l'éponge se devine à peine.
!Avant/après retouche d'une éponge en eau verte belge
Les réglages : Balance des blancs de 4500K à 7800K (+35 teinte magenta). Exposition +0.8. Dehaze +42 (eau très chargée). Courbe rouge fortement remontée dans les ombres et tons moyens. Courbe verte baissée de 12 points dans les tons moyens. HSL : vert désaturé -20, teinte du vert décalée +15 vers le cyan, saturation de l'orange +25 pour l'éponge. Réduction de bruit luminance 30.
L'éponge passe de "tache sombre indistincte" à sujet principal orange vif sur fond vert-gris. La correction est agressive mais justifiée : l'information était dans le RAW, elle était juste enterrée sous 12 mètres de phytoplancton. L'eau reste verte, l'éponge retrouve sa couleur. C'est de la révélation, pas de l'invention.
Le contre-jour sous-marin est un cas de retouche à part. Un plongeur vu en contre-jour dans la réserve de Cerbère-Banyuls, soleil filtrant depuis la surface, les herbiers de posidonie en premier plan.
Les réglages : Balance des blancs légèrement corrigée à 5500K (+10 magenta). Exposition -0.3 (protéger les hautes lumières du soleil). Hautes lumières -60 (récupérer du détail dans la zone du soleil). Ombres +55 (révéler la silhouette du plongeur et les herbiers). Courbe rouge légèrement remontée uniquement dans les ombres profondes. Dehaze +15.
Le contre-jour sous-marin ne se corrige pas comme une photo "normale". L'objectif n'est pas de récupérer toutes les couleurs mais de préserver le contraste dramatique entre la silhouette sombre et le fond lumineux. Trop de correction détruit exactement ce qui rend l'image forte.
La macro en lumière naturelle à 16 mètres. Un petit nudibranche (Flabellina affinis, violet et orange) posé sur un hydraire. Le RAW est bleu-violet, les détails du nudibranche sont là mais les couleurs sont éteintes.
Les réglages : Balance des blancs de 4300K à 6800K (+18 magenta). Exposition +0.5. Dehaze +25. Courbe rouge remontée modérément. HSL : saturation du violet +15, saturation de l'orange +12. Netteté 85 avec masquage à 65 (pour ne sharpener que le nudibranche, pas le fond flou). Recadrage serré pour éliminer l'eau bleue vide autour du sujet.
Le recadrage a transformé cette photo plus que n'importe quel curseur. L'image originale cadrait trop large (flottabilité imparfaite, hésitation à se rapprocher). Couper 40% de l'image pour ne garder que le nudibranche et son support a changé une photo documentaire en photo macro.
Le Zenobia vu de l'intérieur, une structure métallique rouillée à 18 mètres. Le RAW est monochrome bleu-vert, la texture du métal est invisible.
Les réglages : Balance des blancs de 4400K à 7200K (+20 magenta). Exposition +0.7. Ombres +50 (beaucoup de zones très sombres dans l'épave). Dehaze +35. Courbe rouge fortement remontée pour récupérer les rouilles et les oxydes. Courbe bleue baissée dans les ombres. Clarté +25 pour la texture du métal. Réduction de bruit 20.
La rouille d'une épave est un excellent test de retouche. Si le canal rouge du RAW contient de l'information (prise de vue assez proche, pas trop profond), Lightroom peut récupérer des oranges et des bruns magnifiques. Si le fichier ne contient que du bruit dans le canal rouge (trop profond, trop loin), la correction produit du grain coloré sans détail. Savoir faire la différence, c'est savoir quand insister et quand accepter le bleu.
Un herbier de posidonie en fin d'après-midi, lumière rasante dorée qui traverse l'eau peu profonde. Le RAW est lumineux mais plat, sans contraste.
Les réglages : Balance des blancs de 4700K à 5200K (+5 magenta, très peu de correction). Exposition -0.3 (protéger les hautes lumières). Contraste +15. Clarté +20 pour la texture des feuilles de posidonie. HSL : saturation du vert +10, du jaune +8. Dehaze +8 seulement. Recadrage pour un format 16:9 panoramique.
La leçon de cette photo : en eau très peu profonde en fin de journée, la lumière naturelle fait le travail toute seule. Le soleil rasant crée un contraste naturel entre les zones éclairées et les ombres. La retouche ne fait qu'accentuer ce qui est déjà là.
Le grand classique. Anémone magnifique, poisson-clown orange dans un environnement bleu tropical à 10 mètres. Le RAW est bien exposé mais l'orange du poisson-clown est terne et l'anémone tire vers le brun au lieu du violet.
Les réglages : Balance des blancs de 4600K à 6000K (+12 magenta). Exposition +0.3. Dehaze +15. Courbe rouge remontée dans les ombres. HSL : saturation de l'orange +15 (le poisson-clown), saturation du violet +10 (l'anémone), luminance du bleu -10 (assombrir le fond pour faire ressortir le sujet). Netteté 75 avec masquage 55.
Le danger ici serait de sursaturer l'orange du poisson-clown. En formation, c'est l'erreur que je corrige le plus souvent : le photographe pousse l'orange à +40 ou +50 parce que "les poissons-clowns sont orange vif". Ils le sont en surface. A 10 mètres, leur orange est naturellement moins saturé que dans nos souvenirs. Une saturation de +15 compense l'eau. Au-delà, on commence à inventer.
Chaque photo est différente, mais le workflow est le même. Balance des blancs d'abord. Exposition et tonalité ensuite. Courbes par canal pour les corrections ciblées. Dehaze pour le contraste global. HSL pour la précision. Netteté et bruit en dernier.
Les réglages changent parce que le type d'eau, la profondeur, la lumière et le sujet changent. Mais l'ordre ne change jamais. C'est cette constance dans la méthode qui permet de retoucher une photo en 3 minutes au lieu de 30, et de produire un résultat cohérent d'une image à l'autre.
La retouche sous-marine, telle que je la pratique et l'enseigne chez AquaExposure, est un acte de restitution. L'eau prend, on rend. Pas plus, pas moins.
AquaExposure ne touche aucune commission d'affiliation sur les logiciels mentionnés dans cet article. Les recommandations sont basées uniquement sur l'expérience terrain.
Entre 3 et 5 réglages suffisent pour la majorité des photos. Balance des blancs, exposition, Dehaze, une courbe rouge et parfois un ajustement HSL. La retouche sous-marine est plus une question de méthode que de quantité de curseurs déplacés.
Elle peut améliorer une photo techniquement correcte mais chromatiquement appauvrie par l'eau. Elle ne peut pas corriger un flou de mouvement, un cadrage raté ou une surexposition cramée. La retouche amplifie la qualité de la prise de vue, elle ne la remplace pas.
Pas si elle se limite à compenser l'absorption chromatique de l'eau. Le RAW enregistre plus d'information que ce que l'écran montre. Récupérer les rouges absorbés par 10 mètres d'eau, c'est se rapprocher de ce que l'oeil voyait, pas s'en éloigner. La limite est de ne jamais ajouter des couleurs qui n'existaient pas.
Non. Tri d'abord, retouche ensuite. Sur 200 photos d'une plongée, 15 à 20 méritent une retouche complète. Les autres sont des étapes d'apprentissage ou des doublons. Le temps investi dans le tri est toujours rentable.
Snapseed (Google, gratuit) offre les outils essentiels sur smartphone. Darktable et RawTherapee sont des alternatives gratuites à Lightroom sur desktop, avec courbes par canal et édition RAW. Ils demandent un temps d'apprentissage plus long mais sont très capables.
Le workflow est le même. La différence est dans la latitude du fichier RAW. Un compact ou un hybride en RAW offre plus de marge de correction qu'un smartphone en JPEG. Mais un smartphone en ProRAW (iPhone) ou mode Pro (Android) se rapproche sensiblement des performances d'un compact.