L'IA identifie les espèces marines sur vos photos de plongée en secondes. Guide pratique iNaturalist, FishVerify et Seek pour la science citoyenne marine en plongée.
Les applications IA comme iNaturalist, FishVerify et Seek identifient automatiquement les espèces marines depuis vos photos de plongée, avec une précision qui rivalise souvent avec celle d'un biologiste confirmé. En soumettant vos clichés, vous alimentez des bases de données scientifiques mondiales utilisées par des universités et des programmes de conservation, sans aucune formation en biologie requise.
En juillet 2022, je plongeais à Banyuls-sur-Mer avec un groupe de six élèves. En fin d'après-midi, sur un surplomb rocheux à 14 mètres, j'ai photographié un nudibranche que je ne reconnaissais pas tout à fait. La morphologie me semblait familière mais pas exactement dans les cases habituelles. Je rentrais avec une cinquantaine d'images, la plupart médiocres à cause de la lumière de fin de journée.
Le soir même, j'ai soumis la meilleure photo sur iNaturalist. En 48 heures, deux membres de la communauté avaient confirmé l'espèce : Hypselodoris villafranca, présente sur cette portion de côte catalane mais peu documentée dans les bases de données locales. L'observation a atteint le statut "Recherche" et a rejoint GBIF automatiquement. Six mois plus tard, une chercheuse de l'Université de Barcelone m'a contacté par message : elle utilisait ces données pour cartographier la distribution de l'espèce dans le golfe du Lion.
Ce n'était pas une photo exceptionnelle. Nette sur le sujet, exposition correcte, rien de plus.
Vos photos ont une valeur que vous ne mesurez peut-être pas. La rareté ne vient pas de la qualité esthétique de l'image. Elle vient de l'information géolocalisée qu'elle transporte, liée à une espèce identifiée, à une date et à un lieu précis.
iNaturalist est la plateforme la plus utilisée par la communauté scientifique. Son moteur d'identification IA, formé sur des millions d'observations, reconnaît la plupart des grandes familles marines. La proposition automatique n'est qu'une suggestion : la validation définitive vient de la communauté d'utilisateurs bénévoles.
Pour être scientifiquement exploitable, une observation doit atteindre le statut "Recherche" (Research Grade) : deux identifications concordantes d'utilisateurs différents et expérimentés. La progression est rapide pour les espèces communes, plus lente pour les espèces cryptiques ou régionales.
Comment soumettre une observation sous-marine sur iNaturalist :
La localisation est le critère critique. Une photo parfaite sans coordonnées géographiques ne peut pas rejoindre GBIF.
FishVerify est entraîné spécifiquement sur les poissons. Sa précision sur les espèces de Méditerranée, de l'Atlantique tropical et de l'Indo-Pacifique surpasse souvent celle d'iNaturalist pour ce groupe. L'application est payante (abonnement annuel ou achat unique) mais produit des identifications en quelques secondes, utiles pour les guides ou les instructeurs pendant les débriefings.
Seek, développé par les mêmes équipes qu'iNaturalist, identifie les espèces en pointant la caméra vers le sujet, sans enregistrement automatique. Inutilisable sous l'eau dans sa forme actuelle, il reste utile à la surface pour pointer une photo prise pendant la plongée avant de la soumettre formellement sur iNaturalist.
L'identification IA repose sur la morphologie, les patterns de couleur relative et les formes caractéristiques. Elle n'a pas besoin d'une correction colorimétrique parfaite. Une photo prise en lumière naturelle à 12 mètres en Méditerranée, dominée par le bleu-vert, sera analysée sur sa structure, pas sur ses teintes absolues.
Ce qui améliore la précision :
Ce qui réduit la précision :
Pour les invertébrés et les petites espèces cryptiques, les techniques de photographie macro sous-marine produisent des images avec suffisamment de détail pour que l'IA fonctionne correctement.
Un photographe plongeur régulier peut constituer un corpus d'observations significatif en une saison. Quelques principes pour maximiser la valeur scientifique :
Géolocaliser avec précision. Le GPS de votre smartphone avant la descente suffit. Une précision de 50 à 100 mètres est largement acceptable pour les bases de données de biodiversité. Si vous plongez depuis un bateau, prenez un point avant de partir à l'eau.
Documenter plusieurs individus. Un seul individu peut être anecdotique. Trois ou quatre individus sur le même site en une saison constituent une donnée de présence fiable.
Photographier l'habitat environnant. Une photo du substrat (fond sableux, roche, herbier de posidonie, coraux) enrichit l'observation d'un contexte écologique que les modèles de distribution utilisent.
Signaler les comportements inhabituels. Un poisson à une profondeur anormale, une espèce hors de sa saison habituelle, une interaction prédateur-proie peu documentée : ces observations dites anecdotiques ont souvent une valeur disproportionnée pour les chercheurs qui calibrent leurs modèles de comportement.
Les aires marines protégées sont des zones où vos données d'identification sont particulièrement recherchées par les gestionnaires, qui disposent de ressources limitées pour les inventaires réguliers.
Un écueil fréquent : confondre la suggestion IA avec une identification certifiée. L'IA se trompe. Les confusions entre espèces proches dans des genres complexes comme Chromis, Gobius ou les nudibranches du genre Flabellina sont fréquentes.
La règle de base : si la confiance de l'algorithme est inférieure à 70% ou si vous avez un doute, soumettez l'observation sans préciser l'espèce et laissez la communauté trancher. Une observation marquée uniquement "invertébré marin" reste utile pour les données d'occurrence géographique.
Les données que vous produisez contribuent aussi au suivi du blanchissement des coraux. En 2024 et 2025, les observations citoyennes ont permis de cartographier l'extension des événements de blanchissement beaucoup plus rapidement que les seules équipes de recherche ne l'auraient fait.
La photographie sous-marine éthique aborde le cadre déontologique dans lequel s'inscrit cette démarche : ne jamais perturber les espèces pour une photo, observer depuis une distance respectueuse, documenter sans intervenir.
Des programmes comme REEF (Reef Environmental Education Foundation), CoralWatch et Reef Check acceptent des données de plongeurs formés. Ils requièrent une courte formation en ligne pour standardiser les protocoles de comptage. L'IA ne remplace pas ce cadre : elle l'accélère en facilitant l'identification pendant la préparation ou l'analyse post-plongée.
La contribution à la science citoyenne et la progression technique en photographie sous-marine ne s'opposent pas. Au contraire, vouloir de meilleures photos pour l'identification vous pousse naturellement vers une meilleure technique.
Le flux de travail minimal pour transformer votre prochaine plongée en contribution scientifique :
Dix minutes par sortie de plongée suffisent. En un an de plongée régulière, vous pouvez constituer plusieurs centaines d'observations validées qui rejoignent les bases mondiales.
Si vous souhaitez améliorer la qualité de vos photos pour qu'elles soient plus facilement identifiables, la formation photo sous-marine AquaExposure aborde les techniques de cadrage et d'exposition qui produisent des images exploitables scientifiquement, y compris pour les petits invertébrés en macro.
La correction colorimétrique IA peut également récupérer des photos techniquement imparfaites qui auraient autrement une valeur scientifique limitée : une image bruitée ou légèrement floue peut devenir identifiable après traitement.
iNaturalist reste la référence pour la rigueur scientifique : la communauté valide vos identifications et vos données rejoignent les bases mondiales. FishVerify est plus précis sur les poissons tropicaux et méditerranéens. Seek identifie en temps réel mais sans historique. Combinez iNaturalist pour la contribution scientifique et FishVerify pour la précision rapide en sortie de plongée.
Oui, à condition d'avoir une mise au point nette sur le sujet. L'IA s'appuie sur la morphologie, les contours et les patterns de couleur relative. Une dominante bleue ou verte ne pose pas de problème si la structure de l'animal est lisible. En dessous de 15 mètres, les couleurs s'appauvrissent mais la morphologie reste identifiable pour l'algorithme.
Oui. Dès qu'une observation est validée en statut "Recherche" par deux membres expérimentés de la communauté, elle est exportée automatiquement vers GBIF, la base de données mondiale de biodiversité utilisée par les universités et les programmes de conservation. Des études publiées en 2024 et 2025 citent explicitement des données issues de plongeurs amateurs.
Non. Vous pouvez soumettre une observation avec uniquement la suggestion IA et laisser la communauté confirmer ou corriger. L'objectif est de fournir la photo et la localisation GPS. Plus la photo est nette sur les zones diagnostiques, plus la validation est rapide.
Partiellement. Les espèces très documentées comme les nudibranches communs de Méditerranée ou les céphalopodes sont bien reconnus. Les espèces rares ou régionales nécessitent souvent une validation humaine par la communauté spécialisée iNaturalist ou les forums dédiés comme NudiPixel.
La localisation est le critère critique pour l'utilité scientifique. Le point GPS de votre bateau ou du bord de plongée avant la descente suffit. Une précision de 50 à 100 mètres est largement acceptable pour les bases de données de biodiversité. Une belle photo sans localisation ne peut pas rejoindre GBIF.
Les espèces peu documentées sur un site géographique précis, les comportements inhabituels, les espèces hors saison ou hors profondeur typique, et les observations répétées au même endroit sur plusieurs années. Les données de blanchissement de coraux ou d'espèces invasives ont une valeur immédiate pour les programmes de suivi.