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© 2026 AquaExposure. L'immortalisation éthique des abysses.

Sommaire
  • 0117 750 baleines - et 85 baleineaux
  • 02Ce qui se passe en Arctique
  • 03Ce que la photo ne raconte pas
  • 04Questions fréquentes
  • 05Quelle est la population actuelle de baleines grises du Pacifique Nord-Est ?
  • 06Pourquoi le nombre de baleineaux est-il si important ?
  • 07Pourquoi les baleines grises sont-elles en mauvaise condition ces dernières années ?
  • 08Où peut-on photographier des baleines grises ?
  • 09Que signifie le Rmax de 0,062 pour les baleines grises ?
ETHIQUE 9 minBenjamin Coste

L'Encre #19 - La photo ne raconte pas le chiffre

17 750 baleines grises dans le Pacifique Nord-Est en 2026, mais seulement 85 baleineaux en 2025 - un record bas historique. Ce que le paradoxe des comptages dit à un photographe sous-marin. NOAA Fisheries, Lang et al. 2026.

L'Encre est une série hebdomadaire sur les découvertes marines récentes. L'encre de l'écriture. L'ancre du fond. Un numéro, quelques nouvelles, et ce qu'elles changent quand on plonge avec un appareil photo.

« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. » Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, 1943


Le 15 juillet 2026, le NOAA Southwest Fisheries Science Center publie l'estimation annuelle d'abondance de la baleine grise du Pacifique Nord-Est.

17 750 individus, intervalle de confiance à 95% : 15 930-20 530. En hausse par rapport à la dernière estimation, qui était d'environ 12 890.

Les manchettes lisent la hausse. Elles ne lisent pas le reste du rapport.

En 2025, 85 baleineaux ont été dénombrés dans les lagons de Basse-Californie. Le chiffre le plus bas depuis le début du suivi systématique. Et au printemps 2026, des baleines maigres et émacées se sont échouées sur la côte ouest américaine, incapables d'atteindre leurs zones d'alimentation arctiques.

Le comptage monte. La biologie, elle, dit autre chose.


17 750 baleines - et 85 baleineaux

Le recensement annuel de la baleine grise du Pacifique Nord-Est est conduit depuis 1977 depuis la côte centrale californienne. Des observateurs postés à terre comptent les baleines qui passent pendant la migration vers le nord, de janvier à février. La méthode est standardisée, les sites de comptage sont fixes, et la série temporelle est l'une des plus longues disponibles sur les grands cétacés dans le monde.

Le rapport de Lang et al. (2026), publié par le NOAA Southwest Fisheries Science Center, donne 17 750 individus pour la saison 2025/2026.

La hausse apparente depuis la dernière estimation (environ 12 890) dépasse le Rmax de l'espèce : le taux d'accroissement maximal théorique de la baleine grise est estimé à 0,062, soit 6,2% par an. Une population ne peut pas physiquement croître plus vite que ce taux, qui suppose des conditions idéales. La hausse apparente dans les chiffres est donc probablement en partie un artefact méthodologique ou le reflet d'un changement de comportement migratoire plutôt que d'une vraie reprise démographique.

Et de l'autre côté du rapport : 85 baleineaux dans les lagons de Basse-Californie en 2025.

Le nombre de baleineaux est un indicateur direct du succès reproducteur. Une femelle baleine grise qui n'a pas stocké suffisamment de graisse pendant l'été arctique ne peut pas mener une gestation à terme - et si elle le fait, elle produit un baleineau plus petit, moins viable. Les 85 baleineaux de 2025 reflètent l'état corporel des femelles lors de l'été 2024 sur leurs zones d'alimentation.

Ces femelles n'ont pas mangé suffisamment.


Ce qui se passe en Arctique

La baleine grise du Pacifique Nord-Est suit une route migratoire parmi les plus longues documentées chez un mammifère : depuis les lagons de mise bas de Basse-Californie jusqu'aux zones d'alimentation de la mer de Béring et de la mer des Tchouktches, soit environ 20 000 kilomètres aller-retour.

Dans les zones d'alimentation arctiques, les baleines grises se nourrissent principalement en filtrant les sédiments du fond : elles aspirent la vase et filtrent les amphipodes benthiques, de minuscules crustacés qui vivent dans les premiers centimètres du fond marin arctique. Cette méthode d'alimentation les rend très dépendantes des conditions de glace et de sédiment dans des zones très spécifiques de la mer de Béring.

Le recul de la banquise arctique modifie ces conditions. Les zones d'alimentation traditionnelles se transforment. La distribution des amphipodes change. Des eaux plus chaudes accueillent moins de proies benthiques dans les zones historiques d'alimentation.

Au printemps 2026, des baleines maigres se sont échouées sur les côtes de la Californie, de l'Oregon et de Washington. Certaines incapables de se nourrir de façon adéquate au cours de la saison arctique précédente. Ce même phénomène avait déjà été documenté lors de l'Unusual Mortality Event de 2019-2023, au cours duquel des centaines de baleines grises s'étaient échouées sur la côte Pacifique américaine.

Les 85 baleineaux de 2025 sont la trace reproductive de ce que les adultes ont vécu l'été précédent.

Les effets du changement climatique sur les écosystèmes marins ne se lisent pas toujours dans les espèces directement concernées. Ils se lisent dans la chaîne trophique : ce qui mange quoi, à quelle saison, dans quelle zone. La baleine grise est un cas d'école de ce mécanisme.


Ce que la photo ne raconte pas

Il y a un type de photo de baleine grise qui fait le tour des magazines et des réseaux sociaux chaque hiver.

Un lagon de Basse-Californie - San Ignacio, le plus souvent. L'eau plate, la lumière rase du matin. Une baleine grise qui remonte la tête hors de l'eau, nez à nez avec les mains tendues des touristes embarqués sur de petites pangas. L'image est belle, et elle est vraie : les baleines de San Ignacio ont une réputation bien documentée d'approches volontaires des embarcations, un comportement que les chercheurs et les guides observent depuis des décennies.

La photo montre une baleine. Elle ne montre pas si cette baleine a réussi à stocker suffisamment de graisse pendant l'été arctique pour produire un baleineau viable l'année suivante. Elle ne montre pas ce que ses plongées nourricières ont trouvé - ou n'ont pas trouvé - dans les sédiments de la mer des Tchouktches.

On peut avoir une image plein cadre d'une baleine grise dans le lagon de San Ignacio en février, et ne pas savoir si ce qu'on photographie est une espèce en train de se remettre ou une espèce en train de s'épuiser. La photo ne raconte pas le chiffre.

C'est la limite honnête de la photographie naturaliste : elle documente un instant, dans un lieu, avec ce qui est visible à ce moment-là. Elle ne documente pas l'état d'un système.

L'Encre #1 avait raconté la migration des baleines et l'impossible calcul des routes : qu'est-ce qui se passe sous l'eau pendant ces 20 000 kilomètres, dans ce que nos images ne peuvent pas montrer. Le même territoire.

Ce décalage est une des raisons pour lesquelles la photographie sous-marine de terrain, quand elle est combinée à une lecture des données scientifiques, peut devenir quelque chose de différent d'un album d'images. Pas un substitut à la science, mais un complément à ce que les chiffres ne rendent pas visible.

Le rôle du photographe sous-marin dans la documentation de l'état des espèces s'étend au-delà du portrait. Il s'étend à la lecture des signes : une baleine maigre, un comportement modifié, une zone d'alimentation qui produit moins. Ces signaux ne sont pas toujours spectaculaires. Mais ils peuvent précéder de plusieurs années les données de recensement.

L'effondrement de la biodiversité et la protection des espèces marines ne se lisent pas uniquement dans les comptages globaux. Ils se lisent aussi dans les individus qu'on croise, dans l'état de ceux qu'on photographie, dans la différence entre un lagon de Basse-Californie en 2010 et en 2026.

Pas parce qu'une image vaut plus qu'un recensement. Parce qu'un recensement et une image, ensemble, racontent quelque chose que ni l'un ni l'autre ne peut raconter seul.

La formation photo sous-marine AquaExposure développe cette lecture : pas uniquement les techniques d'exposition et de mise au point, mais la capacité de voir ce qu'on photographie dans son contexte écologique. Les ressources complètes sont sur la formation AquaExposure.


Questions fréquentes

Quelle est la population actuelle de baleines grises du Pacifique Nord-Est ?

Selon Lang et al. (2026), NOAA Southwest Fisheries Science Center, la population est estimée à 17 750 individus (IC 95% : 15 930-20 530) pour la saison 2025/2026. En hausse apparente depuis la dernière estimation d'environ 12 890, mais une hausse qui dépasse le Rmax théorique de l'espèce (0,062), ce qui suggère un changement comportemental ou méthodologique plutôt qu'une croissance réelle à ce rythme.

Pourquoi le nombre de baleineaux est-il si important ?

En 2025, seulement 85 baleineaux ont été dénombrés dans les lagons de Basse-Californie - le chiffre le plus bas depuis le début du suivi. Le nombre de baleineaux reflète directement le succès reproducteur, lui-même dépendant de l'état corporel des femelles à la fin de l'été arctique. Des femelles qui n'ont pas stocké suffisamment de graisse ne peuvent pas mener une gestation à terme.

Pourquoi les baleines grises sont-elles en mauvaise condition ces dernières années ?

La perturbation des zones d'alimentation arctiques est la cause principale. Le recul de la banquise modifie la distribution des amphipodes benthiques dont se nourrissent les baleines en été. Des baleines émacées se sont échouées sur la côte ouest américaine au printemps 2026, incapables d'exploiter leurs zones d'alimentation habituelles en mer de Béring.

Où peut-on photographier des baleines grises ?

Les lagons de Basse-Californie (San Ignacio, Scammon's Lagoon, Bahía Magdalena) sont les principaux sites de mise bas, accessibles de janvier à mars. La migration longe les côtes de la Californie, de l'Oregon et de Washington. L'accès aux lagons est réglementé par les autorités mexicaines.

Que signifie le Rmax de 0,062 pour les baleines grises ?

Le Rmax est le taux d'accroissement maximal théorique de la population : 0,062 signifie une croissance maximale de 6,2% par an dans des conditions idéales. Quand la hausse apparente du comptage dépasse ce seuil, c'est le signe que d'autres facteurs sont à l'œuvre : changement de comportement migratoire, amélioration méthodologique, ou biais de comptage.


Retrouvez les numéros précédents de L'Encre sur le blog AquaExposure. Et pour développer une pratique photographique qui lit le vivant dans son contexte, les ressources complètes sont sur la formation AquaExposure.


17 750 baleines grises dans le Pacifique Nord-Est. 85 baleineaux en 2025.

Le chiffre monte. La biologie dit autre chose.

Et dans les lagons de Basse-Californie, la baleine qui approche la panga en février ne sait pas qu'elle est dans une série temporelle.

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Sommaire

  • 0117 750 baleines - et 85 baleineaux
  • 02Ce qui se passe en Arctique
  • 03Ce que la photo ne raconte pas
  • 04Questions fréquentes
  • 05Quelle est la population actuelle de baleines grises du Pacifique Nord-Est ?
  • 06Pourquoi le nombre de baleineaux est-il si important ?
  • 07Pourquoi les baleines grises sont-elles en mauvaise condition ces dernières années ?
  • 08Où peut-on photographier des baleines grises ?
  • 09Que signifie le Rmax de 0,062 pour les baleines grises ?

Questions sur le Journal

Quelle est la population actuelle de baleines grises du Pacifique Nord-Est ?

Selon le rapport de Lang et al. (2026) publié par le NOAA Southwest Fisheries Science Center le 15 juillet 2026, la population de baleines grises du Pacifique Nord-Est (Eastern North Pacific) est estimée à 17 750 individus (intervalle de confiance à 95% : 15 930-20 530) pour la saison 2025/2026. Ce chiffre représente une hausse apparente par rapport à l'estimation précédente d'environ 12 890 individus. Cependant, le taux d'accroissement apparent dépasse la capacité reproductrice maximale théorique de l'espèce, ce qui suggère que la hausse est en partie méthodologique ou liée à des changements comportementaux.

Pourquoi le nombre de baleineaux est-il un meilleur indicateur que le comptage total ?

En 2025, seulement 85 baleineaux de baleine grise ont été dénombrés sur les lagons de Basse-Californie - le chiffre le plus bas depuis le début du suivi systématique. Le nombre de baleineaux reflète directement le succès reproducteur de la saison précédente, lui-même dépendant de l'état corporel des femelles à la fin de l'été arctique. Des baleines maigres et incapables de stocker suffisamment de graisse pendant l'été ne peuvent pas mener une gestation à terme. Le comptage total, lui, peut être affecté par des changements de comportement migratoire et des variations méthodologiques.

Pourquoi les baleines grises sont-elles en mauvaise condition en 2025-2026 ?

La perturbation des zones d'alimentation arctiques est la cause principale identifiée. Le recul de la banquise arctique modifie la distribution et la disponibilité des amphipodes benthiques dont se nourrissent les baleines grises en été. Des baleines maigres, parfois émacées, se sont échouées sur la côte ouest américaine au printemps 2026, incapables d'atteindre ou d'exploiter leurs zones d'alimentation habituelles en mer de Béring et en mer des Tchouktches. Ce même phénomène avait déjà été observé lors de l'Unusual Mortality Event de 2019-2023.

Où peut-on photographier des baleines grises ?

Les lagons de Basse-Californie au Mexique (San Ignacio, Scammon's Lagoon, Bahía Magdalena) sont les principaux sites de mise bas et d'accouplement, accessibles de janvier à mars. Les baleines grises migrent ensuite vers leurs zones d'alimentation arctiques (mer de Béring, mer des Tchouktches) de juin à octobre. Les côtes de la Californie, de l'Oregon et de Washington sont des zones de passage lors de la migration. L'accès aux lagons de Basse-Californie est réglementé par les autorités mexicaines.

Que signifie le terme Rmax pour les baleines grises ?

Le Rmax est le taux d'accroissement maximal théorique d'une population, c'est-à-dire la vitesse maximale à laquelle elle peut se reproduire dans des conditions optimales. Pour les baleines grises, il est estimé à 0,062, soit environ 6,2% par an. La hausse apparente de 12 890 à 17 750 individus entre les deux derniers recensements représente une augmentation qui dépasse ce maximum théorique, ce qui indique que la méthode ou les comportements migratoires ont changé, et non que la population a réellement crû à ce rythme.

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