
Soudan bouché en 2026, Djibouti ouvert l'hiver pour le requin-baleine. L'état honnête des alternatives sauvages à l'Égypte en photo sous-marine, par un instructeur.
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Il faut commencer par une honnêteté que peu d'articles de voyage vous diront. Au moment où j'écris ces lignes, en 2026, le Soudan, le joyau sauvage de la mer Rouge dont tout le monde rêve, est de fait inaccessible. Le conflit a fermé les vols vers Port-Soudan et visé les infrastructures. Je préférais vous le dire d'emblée plutôt que de vous vendre un voyage que vous ne pourrez pas faire.
Cela ne rend pas le sujet sans intérêt, au contraire. Parce que la vraie question, quand on a fait l'Égypte deux ou trois fois et qu'on cherche du plus sauvage, devient : qu'est-ce qui reste accessible aujourd'hui, et qu'est-ce qui attend des jours meilleurs ? La réponse tient en deux noms, Djibouti et le sud de l'Égypte, plus un rêve en suspens, le Soudan.
La mégafaune en pleine eau, je l'ai apprise aux Maldives, à nager avec les requins-baleines et les raies manta. C'est cette approche, faite de patience et de distance, que je transpose quand je parle de ces eaux du sud.
Disons les choses simplement. Sha'ab Rumi, Sanganeb, ces noms font briller les yeux de n'importe quel plongeur, et c'est mérité. Des récifs restés proches de ce qu'ils étaient avant le tourisme de masse, des bancs de requins marteaux, une vie dense, une fréquentation quasi nulle. Sur le papier, c'est le paradis du photographe en pleine eau.
Dans les faits, en 2026, ce paradis est fermé. Les compagnies régulières ne desservent plus Port-Soudan, les infrastructures ont été touchées, et aucune photo, aussi belle soit-elle, ne vaut qu'on prenne ce risque. Je le note parce que beaucoup de pages en ligne continuent de vendre le Soudan comme une destination ouverte, ce qui n'est plus honnête.
Gardez-le donc en tête comme un projet pour plus tard. Le jour où la situation se stabilisera, le Soudan redeviendra l'une des plus belles plongées photo de la planète. En attendant, mieux vaut mettre son énergie ailleurs.
Djibouti, c'est l'alternative qui tient encore debout, et elle vaut le détour pour une seule raison qui suffit largement. De novembre à février, le golfe de Tadjoura voit affluer de jeunes requins-baleines qui viennent se nourrir de plancton tout près de la côte. C'est l'une des fenêtres les plus fiables au monde pour nager avec le plus grand poisson de la planète.
La rencontre se fait en surface, en snorkeling ou en apnée, jamais en bouteille. Et c'est une bonne nouvelle pour le photographe, parce que tout se joue en lumière naturelle, dans les premiers mètres, là où le bleu est le plus lumineux. On cherche la silhouette massive contre le soleil, on se place, et on laisse l'animal faire le reste.
Sur l'éthique, je ne transige pas, et je vous demande de ne pas transiger non plus. Le requin-baleine est une espèce vulnérable, et un tourisme mal encadré le stresse. On garde ses distances, on ne le touche jamais, on ne se met pas en travers de sa route, on ne lui court pas après. La règle est simple : la bonne image est celle où c'est lui qui est venu vers vous. C'est exactement la même retenue que celle que je décris pour photographier les raies manta et les requins-baleines aux Maldives.
Si Djibouti vous semble lointain et le Soudan fermé, il reste une voie que beaucoup oublient : descendre dans le sud de l'Égypte. Marsa Alam, les récifs des Brothers, Daedalus, St John's. On y trouve une mer Rouge nettement plus sauvage que les sites surfréquentés du nord, avec des requins, des tombants et des récifs en bonne santé, le tout dans un pays qui reste accessible et organisé pour la plongée.
C'est, en 2026, le meilleur compromis pour qui veut du gros et du vide sans partir au bout du monde ni prendre de risque. La logistique passe souvent par la croisière, et la même rigueur de préparation s'applique. Je l'explique en détail dans l'article comparant la croisière et le séjour resort en Égypte.
Quel que soit l'endroit, ces destinations partagent une exigence : ce sont des plongées de mégafaune en pleine eau. Pas de récif pour stabiliser le cadre, pas de fond pour appuyer la composition, juste un animal, le bleu et la lumière. C'est grisant et c'est impitoyable pour qui n'a pas les bases.
La règle que je répète à chaque formation tient en deux points. D'abord, se positionner par rapport au soleil, en pleine conscience : lumière dans le dos pour révéler les motifs d'un flanc de requin-baleine, ou franc contre-jour pour transformer un banc en silhouettes. Ensuite, la patience, parce que la mégafaune ne se commande pas et qu'on fait beaucoup de plongées pour quelques images fortes.
Cette approche du gros animal, prudente et lente, c'est aussi celle que je détaille pour photographier les requins en sécurité. Elle s'apprend, et elle s'apprend mieux avant le départ qu'au moment où le géant arrive sous vos palmes.
Si vous débutez en mer Rouge, faites l'Égypte, le nord, tranquillement, et travaillez votre technique. Voyez d'abord les erreurs à éviter pour une première destination, elles vous feront gagner des années. Si vous avez déjà la technique et que vous cherchez du sauvage cette année, regardez Djibouti l'hiver pour le requin-baleine, ou le sud de l'Égypte pour les récifs.
Et le Soudan, gardez-le précieusement dans un coin de votre tête. Pas pour cette année. Pour le jour où il rouvrira.
Pour le requin-baleine de Djibouti, je préfère les petites unités aux usines à snorkeleurs. Deli, le plus ancien opérateur du pays, navigue avec douze invités maximum, dans l'esprit que je défends, de la vraie plongée sans tourisme de masse. C'est une formule plutôt pour des familles avec ados ou bons nageurs que pour des petits, mais pour rencontrer le géant en lumière naturelle et en respectant ses distances, c'est le bon réflexe.
Avant de partir vers la mégafaune, le plus utile reste de travailler son approche et sa lecture de la lumière, pour ne pas gâcher la rencontre quand elle arrive. C'est tout l'objet de la formation photo sous-marine AquaExposure. Parce que le jour où un requin-baleine glissera lentement à côté de vous dans le bleu de Tadjoura, vous n'aurez pas envie de découvrir vos réglages à ce moment-là. Vous aurez envie d'être présent, simplement, et de laisser l'instant entrer dans le cadre.
En pratique, non. Le conflit en cours a fait annuler les vols réguliers vers Port-Soudan, et les infrastructures ont été visées. Quelques bateaux tentent encore des rotations depuis l'Égypte, mais je ne recommande à personne d'y aller tant que la situation n'est pas stabilisée. Le Soudan reste un rêve, il est juste sur pause.
Djibouti pour le requin-baleine de novembre à février, et le sud de l'Égypte (Marsa Alam, St John's, les Brothers) pour des récifs nettement plus sauvages que Charm el-Cheikh. C'est là, honnêtement, qu'il faut regarder en 2026 si vous cherchez du gros et du vide.
En snorkeling ou en apnée, jamais en bouteille, en lumière naturelle, et en laissant l'animal mener. On ne se met pas sur sa trajectoire, on ne le touche pas, on ne le poursuit pas. La belle image, c'est celle où c'est lui qui est venu, pas vous. Le flash ne sert à rien en surface et le stresse.
Pour la pleine eau sauvage, oui : du contrôle de flottabilité et de l'aisance, parce qu'il n'y a ni récif ni fond pour se rattraper. Djibouti fait exception, puisque le requin-baleine se nage en surface et reste accessible à un bon snorkeleur à l'aise dans le bleu.
De novembre à février, quand les jeunes requins-baleines se concentrent dans le golfe de Tadjoura pour se nourrir de plancton près de la côte. Hors de cette fenêtre, l'intérêt chute fortement, donc je ne conseille pas d'y aller pour ça à une autre période.
Par l'Égypte, sans hésiter. On y apprend la mer Rouge dans de bonnes conditions, on y travaille sa technique, et on garde le sud sauvage pour plus tard, quand on a la maturité d'approche que la mégafaune exige.