
Le programme PADI Blancpain de recensement mondial des requins et raies. Comment participer et documenter vos rencontres sous-marines.
Il y a des instants sous l'eau qui ne se commandent pas. On ajuste sa flottabilité, on contrôle son souffle, et soudain une ombre glisse dans le bleu, lente, impassible, parfaitement indifférente à notre présence.
Un requin. Pas un monstre de cinéma, pas une menace, pas un trophée. Un habitant ancestral d'un monde qui nous précède de quatre cents millions d'années, et qui continue de vivre sans se soucier de nos histoires.
C'est précisément cette rencontre, ce moment suspendu entre fascination et humilité, que le Global Shark & Ray Census veut transformer en donnée scientifique exploitable. Et l'idée est d'une beauté redoutable de simplicité : chaque plongeur, chaque apnéiste, chaque observateur du littoral devient un capteur vivant au service de la connaissance des océans.
Pour fêter ses soixante ans d'existence, PADI s'est associé à Blancpain (la manufacture horlogère suisse engagée de longue date dans la protection marine) pour lancer le plus vaste programme de recensement des requins et des raies jamais organisé par des plongeurs.
Le projet ne sort pas de nulle part. Il repose sur un partenariat scientifique avec la James Cook University en Australie, l'une des institutions de référence mondiale en biologie marine tropicale. Les protocoles de collecte de données ont été conçus pour produire des résultats utilisables par les chercheurs, pas seulement pour alimenter une belle opération de communication.
Concrètement, les observations sont enregistrées via l'application PADI AWARE et le Conservation Action Portal. Chaque signalement entre dans une base de données globale. La force du programme réside dans son maillage : les données couvrent aussi bien les ISRAs (Important Shark and Ray Areas, les zones identifiées comme critiques pour ces espèces) que les sites du réseau Adopt the Blue, ce programme PADI qui permet aux centres de plongée d'adopter un site local et de le surveiller dans la durée.
Le volume potentiel de données est colossal. Des milliers de plongeurs répartis sur tous les océans du globe, qui documentent leurs rencontres selon un protocole commun. C'est exactement le type d'initiative qui peut faire basculer la qualité de l'information disponible pour la conservation marine.
L'un des aspects les plus remarquables de ce programme, c'est son ouverture. Il ne s'adresse pas uniquement aux plongeurs certifiés PADI. Les apnéistes peuvent contribuer. Les "mermaids" (cette communauté grandissante de nage avec monopalme) aussi. Et les non-plongeurs ne sont pas oubliés : les observations depuis le rivage ou depuis un bateau sont tout aussi valides.
La participation passe par le Conservation Action Portal de PADI. L'inscription est gratuite. L'application PADI AWARE, disponible sur smartphone, guide l'utilisateur dans le processus d'enregistrement de chaque observation.
Ce qu'on vous demande de documenter tient en quelques points essentiels : le lieu précis de l'observation, les conditions de visibilité et de courant, l'espèce identifiée (avec des outils d'aide à l'identification intégrés à l'application), le comportement observé, et si possible une photo ou une vidéo.
Le protocole a été pensé pour rester accessible. Il ne faut pas être biologiste marin pour contribuer utilement. La rigueur vient du volume et de la standardisation, pas de l'expertise individuelle de chaque observateur.
PADI lance en 2026 une version entièrement mise à jour de son cours de spécialité dédié à la conservation des requins et des raies. Ce cursus digital couvre l'identification des espèces, les menaces qui pèsent sur leurs populations, les stratégies de conservation actuelles, et les principes d'interaction responsable.
Le point qui mérite attention, c'est l'ajout d'une plongée de formation spécifiquement orientée vers la collecte de données en science participative. On ne parle plus seulement de sensibilisation : on forme des plongeurs à devenir des contributeurs actifs d'un programme scientifique structuré.
Cette approche pédagogique rejoint une conviction que je porte depuis longtemps dans la formation AquaExposure. Le meilleur apprentissage de la photographie sous-marine passe par la compréhension de ce qu'on observe. Savoir identifier un requin-marteau d'un requin gris de récif, comprendre son comportement, anticiper ses trajectoires, tout cela nourrit à la fois la qualité de l'image et la qualité de la donnée scientifique qu'elle peut porter.
La photographie d'identification scientifique obéit à des règles simples mais exigeantes. La première concerne l'approche. Dans la formation AquaExposure, on enseigne la méthode des trois cercles invisibles et l'approche tangentielle : jamais frontale, jamais en ligne droite vers l'animal, toujours en arc de cercle progressif qui laisse au requin le choix de rester ou de s'éloigner.
Cette méthode n'est pas un luxe éthique. C'est une nécessité pratique. Un requin qui se sent encerclé s'en va. Un requin qui perçoit un observateur latéral, immobile ou en déplacement lent et parallèle, continue souvent sa route comme si de rien n'était. Et c'est dans ces secondes de cohabitation paisible que les meilleures images (et les meilleures données) se capturent.
Pour la documentation scientifique, quelques repères techniques comptent particulièrement. L'angle de prise de vue idéal est le profil complet, nageoire dorsale visible, car les marques sur la première dorsale permettent souvent l'identification individuelle. Les cicatrices, les encoches, les motifs de coloration sur le ventre ou les flancs sont autant de marqueurs uniques. Photographier ces détails revient à constituer une carte d'identité visuelle de l'animal.
La distance doit rester suffisante pour ne pas modifier le comportement du requin. On vise un cadrage qui montre l'animal en entier, dans son environnement, avec assez de résolution pour distinguer les détails d'identification. Pas besoin d'un téléobjectif sous-marin ou d'un équipement hors de prix. Un smartphone en caisson étanche (comme le setup DiveVolk que nous utilisons dans certains modules de formation) suffit largement si l'eau est claire et la distance correcte.
Le point fondamental reste celui-ci : une image utile pour la science est une image prise sans stress pour l'animal. C'est la convergence parfaite entre éthique et efficacité.
Les chiffres sur l'état des populations mondiales de requins et de raies dessinent un tableau qui ne laisse pas beaucoup de place à l'optimisme. En trois décennies, les populations de requins océaniques ont chuté de plus de 70 %. Certaines espèces de raies sont désormais classées en danger critique d'extinction par l'UICN.
Les ISRAs, ces zones identifiées comme vitales pour la survie des populations de requins et de raies, couvrent une fraction encore insuffisante des océans. Et même lorsqu'elles sont identifiées, la protection effective reste souvent incomplète, faute de données actualisées sur la présence réelle des espèces.
C'est là que la science participative change la donne. Les campagnes océanographiques classiques couvrent des zones limitées pendant des périodes courtes. Un réseau mondial de plongeurs qui documentent leurs observations tout au long de l'année produit un maillage spatial et temporel qu'aucune expédition scientifique ne pourrait atteindre seule.
Les données du Global Shark & Ray Census alimenteront directement les processus de décision en matière de conservation. Identifier où les requins sont encore présents, à quelle fréquence, en quelle densité, voilà le type d'information qui manque cruellement aux gestionnaires d'aires marines protégées et aux législateurs qui négocient les quotas de pêche.
Chaque observation enregistrée, chaque photo correctement documentée, ajoute une pièce au puzzle. Ce n'est pas une métaphore. C'est littéralement la manière dont la science de la conservation fonctionne désormais : par accumulation de données distribuées, vérifiées, géolocalisées.
Dans la formation AquaExposure, le Module 3 (Éthique et Approche) et le Module 10 (Science Participative) abordent en détail ces techniques de documentation et de contribution aux programmes de recherche. Parce que photographier le vivant sous-marin, ce n'est pas seulement rapporter de belles images. C'est accepter la responsabilité silencieuse que porte chaque témoin.
Et parfois, il suffit d'un seul cliché pris au bon endroit, au bon moment, avec le bon protocole, pour qu'un requin qui n'existait dans aucune base de données commence enfin à compter.
L'inscription se fait gratuitement via le Conservation Action Portal de PADI. Il suffit de télécharger l'application PADI AWARE sur son smartphone, de créer un compte, et de commencer à enregistrer ses observations de requins et de raies lors de chaque plongée, session d'apnée, ou sortie en mer. Le protocole intégré à l'application guide chaque étape du signalement.
Non. Le programme est ouvert à tous les plongeurs, quelle que soit leur certification, ainsi qu'aux apnéistes et aux non-plongeurs. Les observations depuis le rivage ou depuis un bateau sont acceptées et contribuent tout autant à la base de données globale. La diversité des points d'observation renforce la valeur scientifique du recensement.
L'approche doit être tangentielle, jamais frontale, pour ne pas modifier le comportement de l'animal. Privilégiez le profil complet avec la nageoire dorsale visible. Documentez les marques distinctives : cicatrices, encoches, motifs de coloration. Gardez une distance qui respecte l'espace de l'animal. Une image nette prise sans stress pour le requin vaut infiniment plus qu'un gros plan spectaculaire obtenu en forçant le passage.
ISRA signifie Important Shark and Ray Area. Ce sont des zones marines identifiées par des scientifiques comme critiques pour la survie d'une ou plusieurs espèces de requins et de raies, que ce soit pour la reproduction, l'alimentation, la nurserie ou la migration. L'identification de ces zones repose en grande partie sur les données d'observation, ce qui rend la contribution des plongeurs citoyens particulièrement précieuse.
Si ces questions d'éthique, de photographie et de science participative résonnent avec votre pratique de la plongée, voici quelques ressources complémentaires sur AquaExposure.
Photographie éthique et science citoyenne explore en profondeur le lien entre image sous-marine et contribution scientifique.
Photographier une tortue marine : patience et éthique applique les mêmes principes d'approche à un autre animal emblématique.
La scénographie de l'effacement développe la philosophie du photographe qui s'efface pour laisser le sujet exister.
Guide des interactions animales éthiques rassemble l'ensemble de la doctrine AquaExposure en matière de contact avec la faune marine.
Formation photo sous-marine présente le parcours complet, du débutant au photographe autonome et responsable.
Formation photo sous-marine en Belgique pour les plongeurs basés en Belgique, France ou Suisse romande.
Accéder à la formation complète AquaExposure pour découvrir tous les modules, dont le Module 3 (Éthique et Approche) et le Module 10 (Science Participative).
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Inscrivez-vous via la plateforme PADI AWARE. Lors de vos plongées, documentez chaque rencontre avec requins et raies en notant l'espèce, le lieu, la profondeur et le comportement. Les photos avec métadonnées complètes sont précieuses.
Non, le programme est ouvert à tous les plongeurs certifiés, quelle que soit l'organisation de formation. Les snorkelers peuvent aussi contribuer pour les espèces de surface comme les raies de récif.
Les données citoyennes complètent les études scientifiques en couvrant des zones géographiques et des périodes que les chercheurs ne peuvent pas couvrir seuls. Chaque observation documentée contribue à la cartographie mondiale des populations.