Analyse complète de l'algorithme de décompression Cressi RGBM. Fonctionnement, conservatisme (Safety Factor), paliers profonds et avis d'instructeur.
Si je devais me remémorer mes débuts d'instructeur dans les eaux chaudes de la mer Rouge, je reverrais sans doute ce soleil éclatant qui tapait sur le pont du bateau.
C'est là que j'ai vu pour la première fois un élève me présenter un boîtier jaune et robuste, le fameux Cressi Leonardo, qui allait devenir le compagnon de ses premières bulles.
L'élève qui m'avait choisi pour le guider avait acheté cet ordinateur sous les conseils d'un vendeur. Sous l'eau, j'ai tout de suite compris que cet instrument ne ferait aucun cadeau à nos petites erreurs de flottabilité.
Chaque remontée un peu trop rapide se payait instantanément en minutes de paliers supplémentaires. C'était ma rencontre concrète avec l'algorithme Cressi RGBM, une version adaptée d'un modèle célèbre qui ne pardonne rien mais protège le plongeur avant tout.
Le modèle original RGBM (Reduced Gradient Bubble Model) a été conçu par le physicien et plongeur américain, le Dr. Bruce Wienke. Cressi a collaboré étroitement avec lui pour intégrer une version spécifique à ses propres ordinateurs de plongée.
Contrairement aux modèles purement haldaniens comme le Bühlmann ZHL-16C qui se concentrent uniquement sur la tension des gaz dissous dans nos tissus, le RGBM est un modèle à bulles (ou modèle à double phase).
Le calcul prend en compte à la fois le gaz dissous et la dynamique physique des micro-bulles circulantes. L'objectif est de prévenir la formation et la croissance de ces micro-bulles silencieuses avant même qu'elles ne posent problème.
Cet algorithme équipe en exclusivité les ordinateurs de la marque italienne. On le retrouve sur des modèles récréatifs populaires comme le Cressi Giotto, le Cressi Donatello, le Cressi Michelangelo, mais aussi les formats montres comme le Cressi Goa et le Cressi Cartesio.
Bien que les fondements mathématiques du RGBM classique de Wienke soient publics, la version implémentée par Cressi avec ses propres ajustements et limites de sécurité est propriétaire et reste verrouillée comme un secret industriel.
La marque a conçu ses ordinateurs pour le grand public. Le réglage du conservatisme se fait généralement via une navigation simple à un ou deux boutons dans le menu principal, souvent sous l'onglet "DIVE" ou "SET".
C'est extrêmement accessible pour les plongeurs. Il n'y a aucun Gradient Factor complexe à calculer. Le plongeur choisit un "Safety Factor" (Facteur de Sécurité) prédéfini parmi trois niveaux.
Le niveau SF0 représente le réglage standard, qui est déjà intrinsèquement conservateur. Le niveau SF1 apporte une sécurité accrue. Le niveau SF2 offre le conservatisme maximal, souvent conseillé pour les plongeurs fatigués ou vieillissants.
Les ordinateurs récents permettent de gérer 2 à 3 gaz (Air et Nitrox). Le basculement en cours de plongée est prévu pour être intuitif par un appui long sur un bouton à la profondeur de changement de gaz, pensé pour la plongée loisir avancée sans la complexité du monde technique.
Le Cressi RGBM classique ne prend pas en compte la fréquence cardiaque, la respiration ou la température cutanée. Il se base strictement sur un algorithme mathématique croisant la profondeur, le temps et l'historique des immersions précédentes.
C'est dans la gestion des profils à risque que l'algorithme révèle son caractère. Il est extrêmement punitif face aux comportements dangereux comme les yoyos ou les remontées rapides.
Si vous effectuez un profil inversé ou une remontée brusque, l'algorithme applique une pénalité instantanée et drastique sur votre temps de plongée sans palier (NDL) ou augmente significativement vos paliers, particulièrement pour les plongées successives.
Le modèle à bulles implique naturellement l'utilisation de paliers profonds (Deep Stops). Sur la plupart des ordinateurs, les Deep Stops sont activés par défaut et peuvent être désactivés par le plongeur, bien qu'il soit recommandé de les laisser actifs dans la logique du RGBM.
Le modèle RGBM original de Wienke s'appuie sur une base de données massive du Laboratoire national de Los Alamos (LANL) incluant des milliers de plongées réelles. Cependant, la variante spécifique à Cressi est validée en interne, sans publications cliniques indépendantes récentes sur ce modèle précis.
Les statistiques globales du DAN montrent que les algorithmes RGBM récréatifs sont parmi les plus sûrs pour le grand public. Les taux d'accidents de décompression inexpliqués sont extrêmement faibles, précisément à cause de ce haut niveau de conservatisme.
Il existe pourtant une controverse dans la médecine hyperbare. L'étude de la NEDU (US Navy) a démontré que pour les plongées profondes à décompression à l'air, les modèles favorisant les paliers profonds généraient plus de stress décompressif que les modèles Haldaniens classiques.
Bien que cela impacte surtout la plongée engagée, le consensus actuel a tendance à s'éloigner des modèles purement à bulles pour revenir vers des modèles dissous pour les plongées techniques.
Le point fort majeur réside dans sa sécurité passive exceptionnelle pour le plongeur loisir. L'algorithme prend en charge les erreurs d'inattention en verrouillant le profil de la plongée suivante, réduisant ainsi le risque d'accident.
Le point faible principal est son côté ultra-punitif sur les successives. Lors d'un week-end chargé ou d'une croisière avec 3 à 4 plongées par jour, l'algorithme accumule les pénalités et le temps de fond fond comme neige au soleil.
Cela peut s'avérer très frustrant par rapport à des plongeurs équipés d'autres ordinateurs moins conservateurs.
Si vous plongez avec un binôme équipé d'un Suunto exploitant le Suunto RGBM ou d'un Mares, vos profils de décompression seront synchronisés.
En revanche, si votre binôme plonge avec un algorithme Bühlmann ou un modèle plus permissif comme le Suunto Fused RGBM 2, vous serez le plongeur qui sonne la fin de la plongée en atteignant vos limites bien avant lui.
Sa désaturation en surface est lente et prudente. Pour une croisière de plongée au rythme soutenu, il est vivement conseillé de plonger au Nitrox pour contrecarrer les pénalités de l'algorithme, sous peine de voir vos temps de plongée réduits à 20 ou 30 minutes en fin de séjour.
Pour apprendre à gérer vos profils de décompression sous l'eau et optimiser votre sécurité, vous pouvez consulter notre formation dédiée à la préparation des plongées.
Le Cressi RGBM est le choix idéal pour le plongeur loisir débutant à confirmé qui effectue une à deux plongées par jour et qui place la sécurité absolue au-dessus de l'optimisation du temps de fond. Il pardonne les approximations de flottabilité en imposant des limites strictes.
En revanche, il ne s'adresse ni au plongeur technique, ni au photographe sous-marin réalisant des profils atypiques, ni au plongeur intensif de croisière. Des étoiles plein les yeux.
Il s'agit d'une version propriétaire de l'algorithme Reduced Gradient Bubble Model (RGBM) de Bruce Wienke, adaptée spécifiquement aux ordinateurs Cressi (Leonardo, Giotto, Michelangelo...) pour la plongée loisir.
Les Safety Factors sont des niveaux de conservatisme prédéfinis. SF0 est le réglage standard, SF1 augmente les marges de sécurité, et SF2 applique le conservatisme maximal pour les plongeurs fatigués ou plus âgés.
L'algorithme accumule de lourdes pénalités pour limiter la croissance des microbulles après plusieurs immersions consécutives, ce qui réduit considérablement le temps sans palier disponible.