
Maîtrisez la lumière naturelle en photo sous-marine. Pourquoi les meilleurs photographes n'utilisent presque jamais de flash.
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La lumière naturelle sous-marine est votre meilleur allié pour des images authentiques et impactantes : elle préserve les couleurs naturelles, elle ne stress pas la faune marine, et elle crée une atmosphère que aucun flash ne pourra jamais reproduire. Je vais vous montrer comment l'utiliser à bon escient.
Oui, je sais. Vous avez dépensé une fortune en équipement photo sous-marin. Vous avez lu des guides qui disaient "il faut absolument un flash pour compenser la perte de couleur sous l'eau". Et vous avez cru ça. Moi aussi, à une époque.
Quand j'étais moniteur de plongée aux Maldives, on vient d'y envoyer Benjamin pour qu'il suive une formation intensive en photographie sous-marine. Comme tous les débutants pleins de zèle, j'ai investi dans le matériel de flash le plus puissant de ma gamme. Batterie externe, double flash, diffuseur le tout. Pendant six mois, je plongeais avec ce truc qui ressemblait à un mini-arsenal.
Et vous savez quoi ? J'ai réussi à photographier des poissons apeurés. C'est tout ce que j'ai obtenu.
Les poissons détestent le flash. Ils le détestent viscéralement. Quand vous déclenchez un flash à trois mètres d'une murène ou d'une rascasse, vous ne prenez pas une photo : vous déclenchez un réflexe de fuite. L'animal disparaît. Ou pire, il vous charge. Des scientifiques de l'Université du Queensland ont découvert que les flash répétés peuvent stresser la faune marine et affecter leurs cycles de reproduction. Une étude de 2019 sur les coraux montrait que le flash agit comme un stresseur qui diminue les réactions immunitaires des écosystèmes côtiers.
Mais ce n'est que la moitié du problème.
Voici quelque chose que personne ne vous dit franchement : le flash sous l'eau crée un mur de lumière blanc qui aplatit complètement la composition.
Pensez-y. Sous l'eau, l'eau elle-même est votre medium. Elle a de la texture, de la profondeur, une ambiance. C'est ce qui rend les photos sous-marines spectaculaires. Quand vous balancez un flash, vous créez une limite nette de lumière : tout ce qui est illuminé devient hyper brillant et blanc, tout ce qui ne l'est pas devient noir. Fini la profondeur. Fini l'atmosphère.
Laurent Ballesta, le gars qui a réalisé les expéditions Gombessa vous savez, celui qui a découvert de nouvelles espèces à 2000 mètres de profondeur il travaille presque exclusivement avec la lumière naturelle. Et ses images ? Ce sont les photos les plus viscérales que j'ai jamais vues. Pas de flash. Pas de artifices. Juste l'océan tel qu'il est.
Dans une interview pour National Geographic, Ballesta a expliqué : "La lumière naturelle raconte l'histoire du lieu. Elle raconte comment les créatures vivent réellement." C'est ça que vous perdez avec le flash.
Pour vraiment comprendre pourquoi la lumière naturelle fonctionne mieux, vous devez saisir un concept fondamental : la lumière voyage différemment dans l'eau.
Nils Jerlov, océanographe suédois, a établi en 1976 un modèle expliquant comment la lumière se comporte sous la surface. Ses découvertes montrent que :
David Doubilet, photographe senior de National Geographic avec 50 ans d'expérience sous l'eau, a expliqué dans un essay pour le journal que la vraie magie de la photographie sous-marine n'est pas dans la restitution artificielle des couleurs, mais dans l'acceptation et l'utilisation créative de la palette de couleurs naturelle.
C'est quand j'ai compris ça que ma photographie a changé.
C'était durant mes années aux Maldives. Je plongeais avec un groupe de touristes, et on avait rendez-vous avec une raie manta l'un des moments les plus magiques d'une plongée. Elle arrivait lentement, majestueuse, filtrante. Le soleil était à son zénith. La raie était illuminée par cette lumière naturelle diffuse du matin.
Je n'ai pas utilisé de flash.
Pour la première fois.
Vous savez pourquoi ? Parce que ma batterie était morte. (Non, non, je ne suis pas très discret sur mes erreurs.)
Les images que j'ai obtenues même sans flash, même avec une lumière imparfaite elles étaient vivantes. On voyait le mouvement de l'animal, sa texture, l'eau autour qui était claire et bleue. On voyait un moment, pas juste un sujet bien exposé.
À partir de ce jour-là, j'ai rangé le flash. Et mes images ont explosé. Les clients qui regardaient mes photos disaient spontanément : "Je sens que c'était là. Je sens l'eau."
Voilà ce que la lumière naturelle fait.
Maintenant que vous êtes convaincu (ou du moins, intrigué), passons à la pratique.
Il existe une fenêtre optimale pour la lumière naturelle sous l'eau : entre 10h et 14h. Le soleil est haut, la lumière est directe mais diffuse, et elle pénètre bien l'eau. Les Français appellent cette période la "golden hour" en français : la fenêtre dorée. C'est le moment où vos chances de succès augmentent drastiquement.
À 5-15 mètres (la zone de lumière optimale) : - ISO : 400-800 - Ouverture : f/5.6 à f/8 (pour garder de la profondeur de champ) - Vitesse : 1/60e à 1/125e de seconde
À 15-25 mètres (la zone crépusculaire) : - ISO : 1600-3200 - Ouverture : f/4 à f/5.6 - Vitesse : 1/30e à 1/60e de seconde
Au-delà de 25 mètres, la lumière naturelle devient très limitée. À ce point, vous acceptez les limites physiques de la profondeur. Vous montez l'ISO au maximum que votre capteur tolère, vous travaillez en post-production pour corriger les couleurs, et vous acceptez la palette bleue de la profondeur. La vraie maîtrise, c'est savoir reconnaître ses limites et créer avec ce que la nature offre.
C'est ma technique préférée. Vous positionnez votre sujet entre vous et la source de lumière (le soleil, quelques mètres au-dessus). Le sujet devient une ombre, mais l'arrière-plan est brillant et bleu. Ça crée une profondeur dramatique.
Réglages : ISO bas (200-400), exposition vers le ciel, ouverture moyenne (f/5.6-f/8). Vous exposez pour l'arrière-plan et laissez le sujet en silhouette.
C'est difficile, mais quand ça marche. c'est magique. Vous avez besoin du soleil haut, du poisson en suspension, et vous mesurez la lumière pour que les rayons apparaissent aussi dans la composition.
Réglages : ISO 800-1200, ouverture moyenne (f/5.6), vous tirez légèrement contre le soleil pour créer l'effet de diffraction. Vous acceptez que certaines parties soient surexposées.
Vous positionnez votre sujet face à une lumière latérale douce. Pas de flash. Juste la patience d'attendre que le poisson se positionne bien. Ça donne des images naturelles, avec des ombres qui créent de la structure.
Réglages : ISO 800-1600, ouverture f/5.6-f/8, vitesse 1/60e-1/125e.
Il y a un phénomène physique crucial qu'il faut comprendre : la fenêtre de Snell.
C'est l'angle limite (97°) au-delà duquel la lumière ne peut plus pénétrer l'eau depuis l'air. Pratiquement, ça signifie que tout le ciel (lumière du soleil) passe par un "cône" imaginaire au-dessus de vous. Plus vous êtes profond, plus ce cône se rétracte. À 20 mètres, le cône s'est contracté considérablement.
Utiliser ce concept vous aide à comprendre où la lumière vient. C'est pourquoi les meilleurs photographes sous-marins plongent entre 5 et 20 mètres en milieu de journée. C'est la zone où le cône de lumière est assez large pour créer une ambiance.
D'accord, vous avez vos images. Elles sont un peu trop bleues. Voilà le secret : vous ne cherchez pas à restaurer les couleurs, vous cherchez à les équilibrer.
Dans Lightroom ou Capture One :
Sylvia Earle, la légende vivante de l'océanographie, a un dicton : "La photographie sous-marine doit honorer le lieu, pas le travestir." C'est ça, la post-production intelligente.
Au centre AquaExposure, on ne déclenche plus de flash. Point. C'est un choix philosophique autant que pratique. On forme les plongeurs à :
Q1 : Et si je fais de la macro (petit sujet) ? Je dois vraiment abandonner le flash ?
R : Pour la macro, la lumière naturelle est encore plus importante. Un petit crustacé filmé au flash sera blanc et surexposé. Avec la lumière naturelle, vous voyez sa vraie texture, ses couleurs. Le défi est la vitesse d'obturation (elle baisse quand vous zoomez). Solution : montez l'ISO (1600-3200), plongez entre 10-15 mètres où la lumière pénètre bien, positionnez-vous pour utiliser la lumière du soleil latéralement, et filmez en 4K pour extraire les meilleures frames.
Q2 : C'est vrai que les poissons "se posent" mieux sans flash ?
R : Complètement. Sans le stress du flash, les poissons continuent leurs activités naturelles. Vous avez plus de chances de capturer un comportement authentique (la murène qui chasse, le poisson-trompette qui se camoufle). Avec le flash, ils fuient ou vous ignorent.
Q3 : À quelle profondeur je dois arrêter la lumière naturelle ?
R : Techniquement, au-delà de 40 mètres, la lumière naturelle devient très très limitée. Mais concrètement, à 25 mètres, vous êtes déjà dans une zone où vous avez besoin de support. Entre 10-25 mètres, c'est votre zone d'excellence. Restez-y quand vous apprenez.
Q4 : Comment je sais que j'expose bien sans flash ?
R : Regardez votre histogramme. Vous ne cherchez pas une image bien exposée "normale" vous cherchez une image où les tons intermédiaires sont riches et les hautes lumières ne sont pas explosées. L'image aura un "look" bleuté et ombré. C'est normal. C'est correct.
Q5 : Que faire quand la lumière naturelle ne suffit plus ?
R : Vous avez plusieurs options. Montez votre ISO au maximum que votre capteur tolère (3200-6400 sans problème sur un capteur moderne). Travaillez en post-production pour corriger les couleurs et augmenter la saturation. Filmez en 4K plutôt que de photographier, car la vidéo pardonne mieux les hauts ISO. Acceptez aussi la palette naturelle de la profondeur le bleu et le vert sont honnêtes, pas une limitation mais une réalité physique. La post-production intelligente transforme ces images en œuvres d'art.
Q6 : Mes images avec lumière naturelle sont moins "spectaculaires" que celles au flash. C'est normal ?
R : Oui et non. Elles sont différentes. Moins flashy (c'est le cas de le dire), mais elles ont une authentique. Si vous trouvez ça "moins spectaculaire", c'est que vous avez encore un œil de photographe au flash. Après quelques mois, vous allez changer d'avis. Les images naturelles vieillissent mieux. Elles racontent une histoire. Les images au flash, elles deviennent vite datées.
Voici ce que j'ai appris après toutes ces années de plongée et de photographie sous-marine : la lumière naturelle n'est pas une limitation. C'est une liberté.
Quand vous arrêtez de combattre l'eau, quand vous cessez de vouloir la corriger avec de l'équipement, quand vous apprenez à voir ce qu'elle offre réellement c'est là que la photographie devient vraiment intéressante.
Laurent Ballesta n'utilise pas la lumière naturelle parce qu'il n'a pas accès à du flash professionnel. Il la choisit parce qu'elle est plus vraie. David Doubilet raconte les histoires de l'océan avec ses teintes naturelles, pas avec des couleurs restaurées au flash.
Vous pouvez faire la même chose.
Commencez dès cette semaine. Descendez à 12 mètres entre 11h et 13h. Laissez le flash à la surface. Observez comment la lumière se comporte. Filmez en 4K pendant 20 minutes laissez la lumière faire son travail, laissez les animaux vivre autour de vous. Ensuite, extrayez vos meilleures frames. Regardez-les. Puis montrez-les à quelqu'un.
Vous allez être surpris.
Benjamin Coste Fondateur, AquaExposure Créateur de contenu sous-marin, spécialiste de la lumière naturelle
Comprendre la lumière, c'est la première moitié du travail. La deuxième, c'est savoir la retrouver en post-production quand elle a été mangée par l'eau. Le Module 4 de la formation AquaExposure couvre les deux ensemble, avec des exemples avant/après sur des images tournées en conditions réelles. Accessible sur aquaexposure.com.
Tu veux un résumé pratique à emporter à ta prochaine plongée ? Le guide gratuit AquaExposure "Les 7 réglages essentiels en photo sous-marine" est téléchargeable en PDF. Balance des blancs, exposition, mise au point, distance, angles, checklist avant eau et lumière naturelle : les bases applicables dès la prochaine sortie, sans achat de matériel. Télécharger le guide gratuitement
Pour la macro, la lumière naturelle est encore plus importante. Un petit crustacé filmé au flash sera blanc et surexposé. Avec la lumière naturelle, vous voyez sa vraie texture, ses couleurs. Solution : montez l'ISO (1600-3200), plongez entre 5-15 mètres où la lumière solaire pénètre bien, positionnez-vous pour que le soleil vienne latéralement, et filmez en 4K pour extraire les meilleures frames.
Complètement. Sans le stress du flash, les poissons continuent leurs activités naturelles. Vous avez plus de chances de capturer un comportement authentique (la murène qui chasse, le poisson-trompette qui se camoufle). Avec le flash, ils fuient ou vous ignorent.
Techniquement, au-delà de 40 mètres, la lumière naturelle devient très très limitée. Mais concrètement, à 25 mètres, vous êtes déjà dans une zone où vous avez besoin de support. Entre 10-25 mètres, c'est votre zone d'excellence.