
Comment filmer sous l'eau quand on débute : réglages, matériel, stabilisation et workflow vidéo. Guide pratique AquaExposure pour passer de la photo à la vidéo.
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Filmer sous l'eau demande une approche radicalement différente de la photo sous-marine. La vidéo impose de penser en séquences plutôt qu'en images isolées, de stabiliser son corps pendant des secondes entières, et de maîtriser des réglages qui restent constants tout au long du clip. Ce guide couvre les fondamentaux pour passer de la photo à la vidéo sous-marine, du choix des réglages au workflow de post-production.
Si vous savez déjà photographier sous l'eau, vous avez une longueur d'avance. Vous connaissez votre matériel, vous gérez votre flottabilité, vous savez approcher un sujet sans le faire fuir. Tout cela reste valable en vidéo.
Ce qui change, c'est le rapport au temps.
En photo, vous attendez LE moment. Vous déclenchez une fois, deux fois, dix fois, mais chaque image est autonome. En vidéo, vous construisez une séquence. Chaque seconde doit tenir la route, et un tremblement d'une demi-seconde peut ruiner dix secondes de clip. La photo pardonne les micro-mouvements. La vidéo les amplifie.
L'autre différence majeure, c'est le storytelling. Une photo raconte en un instant. Une vidéo raconte dans la durée. Avant même de mettre la tête sous l'eau, vous devez avoir une idée de ce que vous allez raconter, même vague : une rencontre avec une tortue, l'exploration d'un tombant, la lumière qui perce la surface au-dessus d'un récif.
Commencez simple. Voici les trois combinaisons qui couvrent 90% des situations :
4K à 30 fps est le choix par défaut le plus polyvalent. La résolution 4K vous laisse de la marge pour recadrer en post-production (ce qui est précieux sous l'eau, où le cadrage est rarement parfait du premier coup). Le 30 fps donne un résultat fluide et naturel.
1080p à 60 fps est utile si vous savez que vous allez ralentir vos séquences. Le slow motion à 50% d'un clip 60 fps donne un ralenti fluide et élégant, parfait pour les rencontres animales. Le fichier est aussi plus léger, ce qui compte quand on a une carte de 64 Go pour une semaine de plongée.
4K à 24 fps est le rendu "cinéma" classique. Le léger flou de mouvement naturel du 24 fps donne un aspect plus organique. Si vous montez des mini-documentaires ou que vous visez YouTube, c'est le réglage à adopter une fois que vous êtes à l'aise.
Ne changez pas de framerate en cours de plongée. Choisissez avant de sauter à l'eau et gardez le même réglage pour toute la session. Le montage sera beaucoup plus simple.
Si votre caméra le propose (GoPro, DJI, Insta360, la plupart des hybrides), filmez en profil Flat ou Log. L'image sort de la caméra avec un aspect terne, gris, désaturé. C'est normal et c'est voulu.
Le profil Flat conserve un maximum d'informations dans les ombres et les hautes lumières. Sous l'eau, où la perte de couleur est le problème central, cette latitude supplémentaire fait la différence entre une correction couleur réussie et un fichier irrécupérable.
Si vous avez l'habitude de corriger vos couleurs dans DaVinci Resolve ou dans Lightroom, le profil Flat est la base. Si vous débutez complètement en post-production, commencez en profil Standard et passez au Flat quand vous serez à l'aise avec la correction couleur.
En vidéo, la balance des blancs a un impact encore plus visible qu'en photo, parce qu'elle colore chaque seconde du clip.
Deux options :
La balance des blancs manuelle (autour de 5000-5500K pour l'eau tropicale, 4500K pour la Méditerranée) donne un résultat cohérent d'une séquence à l'autre. C'est l'approche recommandée si vous filmez en Flat et que vous corrigez en post-prod.
La balance des blancs automatique peut convenir en profil Standard si vous ne touchez pas au montage. Mais attention : l'auto WB peut "pomper" (changer de couleur en cours de clip) quand vous passez d'un sujet clair à un fond sombre. C'est visible et désagréable.
Vous n'avez pas besoin de matériel spécifique pour commencer la vidéo sous-marine. Si vous avez déjà un setup photo, il filme aussi.
Le point d'entrée le plus accessible. Un smartphone récent dans un caisson Divevolk filme en 4K avec une stabilisation électronique correcte. La GoPro Mission 1 est conçue pour la vidéo d'action et tient dans la paume.
Avantages : léger, polyvalent, pas de réglages complexes. Limites : capteur petit (bruit en profondeur), pas de profil Log sur tous les modèles, grand angle fixe.
Les Insta360 X5 et DJI Osmo Action 6 offrent des profils Flat, un meilleur capteur et des options créatives (360, aspect ratio variable). C'est le sweet spot pour la plupart des plongeurs qui veulent produire du contenu de qualité sans se ruiner.
Pour ceux qui veulent le contrôle total. Un Sony A6x00, un Olympus OM-5 ou un Canon R50 dans un caisson dédié offre : changement d'objectif, profil S-Log, contrôle manuel complet, enregistrement 10-bit. Le coût et l'encombrement augmentent significativement, mais la qualité d'image aussi.
Le critère pour passer au niveau suivant n'est pas le budget. C'est la maîtrise. Tant que vous ne savez pas stabiliser votre corps et filmer un plan fixe de 10 secondes sans tremblement, un meilleur appareil ne changera rien.
C'est le sujet le plus important de la vidéo sous-marine et le plus sous-estimé. Un article dédié couvre la technique de stabilisation corporelle, mais voici les principes.
Le stabilisateur motorisé sous l'eau est encombrant, fragile, et souvent inutile si votre flottabilité est bonne. La vraie stabilisation passe par votre corps :
Flottabilité neutre. Si vous montez ou descendez pendant que vous filmez, le clip est inexploitable. C'est la base absolue. Si votre flottabilité n'est pas au point, travaillez-la avant de filmer.
Bras collés au corps. Filmez les coudes rentrés, la caméra proche du torse. Plus vos bras sont étendus, plus chaque mouvement est amplifié. L'image d'un bras tendu qui filme devant soi est un classique de la vidéo sous-marine ratée.
Mouvements lents. Divisez par trois la vitesse à laquelle vous pensez devoir bouger. Si vous faites un panoramique, comptez mentalement "un Mississippi, deux Mississippi" pour chaque degré de rotation. La lenteur sous-marine n'est pas un défaut, c'est un style.
Respiration contrôlée. Chaque inspiration soulève votre corps et votre caméra. Filmez en expirant doucement, ou bloquez brièvement votre respiration sur les plans fixes critiques (sans dépasser 5-10 secondes, sécurité d'abord).
Préparez vos réglages avant de sauter à l'eau. En vidéo, chaque seconde passée à naviguer dans les menus sous l'eau est une seconde de plongée perdue et un risque de task loading.
Checklist pré-plongée vidéo : - Résolution et framerate choisis (et vérifiés) - Profil couleur réglé (Flat ou Standard) - Balance des blancs fixée - Stabilisation électronique activée - Carte mémoire formatée (pas juste effacée) - Batterie chargée à 100% - Caisson fermé, joint vérifié
Filmez des plans de 10 à 15 secondes. C'est long sous l'eau, et c'est tentant de couper après 3 secondes. Résistez. En montage, les 2 premières et 2 dernières secondes d'un clip sont souvent inutilisables (main qui appuie, mouvement de repositionnement). Un plan de 10 secondes donne 6 secondes exploitables.
Variez les plans. Ne filmez pas tout en plan large. Alternez : - Plan large : le décor, l'ambiance, la lumière - Plan moyen : le sujet dans son environnement - Plan serré : un détail, un comportement, une texture - Plan de mouvement : un travelling lent le long du récif
Cette variété rendra le montage infiniment plus riche.
Importez vos rushes dès que possible. Nommez-les par plongée (date, site, profondeur). Faites un premier tri rapide : marquez les séquences utilisables, supprimez les ratées évidentes. Plus vous attendez, plus le tri devient pénible.
La correction couleur est identique à la photo dans ses principes. Si vous filmez en Flat, appliquez un LUT de base ou corrigez manuellement dans DaVinci Resolve. L'avantage de la vidéo : une correction s'applique à tout le clip d'un coup.
Filmer trop court. Les plans de 2 secondes sont inexploitables en montage. Forcez-vous à tenir 10 secondes minimum sur chaque plan.
Bouger trop vite. Le panoramique rapide qui couvre tout le récif en 3 secondes est le fléau de la vidéo sous-marine. Personne ne peut suivre, et le rendu donne le mal de mer.
Suivre chaque poisson. Le réflexe du photographe est de pivoter pour suivre un sujet qui passe. En vidéo, laissez le sujet entrer et sortir du cadre. C'est plus cinématographique et beaucoup plus stable.
Oublier la sécurité. Filmer est absorbant. Plus que la photo, parce que chaque seconde compte et que couper le plan "casse" le moment. C'est exactement le piège du task loading. Vérifiez votre air et votre profondeur entre chaque séquence, pas entre chaque plongée.
Négliger le son. Le micro de votre caméra dans un caisson capture le bruit de vos bulles et des vibrations plastiques. Ce son est inutilisable. Prévoyez de remplacer la bande son en post-production par de la musique libre de droits ou des sons d'ambiance.
La bonne nouvelle, c'est que vos réflexes de photographe sous-marin restent valables.
L'approche éthique ne change pas. Ne harcelez pas un sujet pour avoir 30 secondes de plus. Un clip de 5 secondes d'un animal détendu vaut mieux que 30 secondes d'un animal en fuite.
La composition ne change pas. La règle des tiers, l'espace négatif, les lignes de fuite fonctionnent en vidéo comme en photo. La seule différence : vous devez maintenir la composition pendant toute la durée du plan, pas juste à l'instant du déclenchement.
La lumière naturelle reste votre alliée. L'approche AquaExposure (pas de flash, exploiter la lumière du soleil) se transpose parfaitement en vidéo. Les rayons de soleil qui percent la surface créent des séquences spectaculaires sans aucun équipement d'éclairage.
La vidéo sous-marine est un monde en soi. Ce guide pose les fondations. Pour aller plus loin, explorez le choix du matériel par niveau et la technique de stabilisation corporelle qui transformera vos clips tremblants en séquences fluides.
La formation AquaExposure inclut un module vidéo qui couvre ces techniques avec des exercices pratiques, de la première séquence au montage final.
La photo capture un instant, la vidéo capture un mouvement dans la durée. Sous l'eau, cela change tout : la stabilisation devient critique, les réglages doivent rester constants pendant toute la séquence, et le storytelling remplace la composition unique. Le photographe cherche LE moment, le vidéaste construit UNE séquence.
24 fps pour un rendu cinématographique naturel, 30 fps pour un résultat fluide et passe-partout, 60 fps si vous comptez ralentir vos séquences en post-production. Commencez en 30 fps si vous débutez, c'est le plus polyvalent.
Le 4K offre une marge de recadrage utile en post-production, ce qui est précieux sous l'eau où le cadrage est souvent approximatif. Mais le 1080p reste parfaitement suffisant pour les réseaux sociaux et consomme moins de stockage. Choisissez selon votre carte mémoire et votre usage final.
Oui, avec un caisson étanche adapté. Les smartphones récents filment en 4K et offrent une stabilisation électronique efficace. Le caisson Divevolk est une option solide et abordable. C'est un excellent point d'entrée pour la vidéo sous-marine sans investissement lourd.
Le profil Flat (ou Log) capture une image volontairement terne et désaturée, mais qui conserve un maximum d'informations dans les ombres et les hautes lumières. En post-production, vous récupérez les couleurs absorbées par l'eau avec beaucoup plus de latitude qu'avec un profil standard.
Prévoyez un ratio de 10 pour 1 minimum. Pour un clip monté de 30 secondes, filmez au moins 5 minutes de rushes. Sous l'eau, beaucoup de séquences seront inexploitables à cause du mouvement, de la mise au point ratée ou du cadrage. C'est normal.
En lumière naturelle entre 0 et 15 mètres, non. La lumière du soleil suffit pour la plupart des situations en eau claire. Au-delà de 15 mètres ou en conditions sombres, une petite torche vidéo peut aider, mais elle reste optionnelle pour un débutant. La correction couleur en post-prod rattrape beaucoup.
Bouger trop vite. Le réflexe du débutant est de filmer en tournant sur lui-même, en suivant chaque poisson, en changeant de direction toutes les trois secondes. Le résultat est inexploitable. La règle numéro un de la vidéo sous-marine, c'est la lenteur.