31 espèces nouvelles au Brésil, 165 000 km² de récifs résistants, pharmacie cachée dans le corail. L'Encre juin 2026.
L'Encre est une série hebdomadaire sur les découvertes marines récentes. L'encre de l'écriture. L'ancre du fond. Un numéro, quelques nouvelles, et ce que ça change quand on plonge avec un appareil photo.
On est à la mi-juin 2026. Trois résultats de recherche sont arrivés en quelques jours, depuis trois continents différents, sur trois sujets qui ne se ressemblent pas du tout.
Un navire océanographique au large du Brésil. Un consortium international qui cartographie les récifs survivants. Un laboratoire suisse qui séquence l'ADN des microbes coralliens.
Aucun des trois groupes ne travaillait avec les autres. Aucun ne s'attendait à trouver autant.
Le point commun, c'est que les trois ont regardé là où, d'habitude, on ne regarde pas.
Il existe, entre la surface éclairée et le fond marin, un espace que les océanographes appellent la zone midwater.
En volume, c'est le plus grand habitat de la planète. Plus grand que toutes les forêts, tous les déserts, toutes les prairies réunies.
Et c'est probablement le moins exploré de tous.
Le Schmidt Ocean Institute y a envoyé son navire de recherche Falkor (too) au large de Fortaleza, au Brésil, en juin 2026.
L'objectif était d'explorer cette colonne d'eau dans l'Atlantique Sud tropical avec des instruments que presque personne n'utilise encore à cette profondeur.
Les instruments s'appellent DeepPIV et EyeRIS. Ce sont des systèmes d'imagerie développés par le Bioinspiration Lab du MBARI, montés sur le ROV SuBastian.
Le DeepPIV projette un plan laser dans l'eau et filme les particules qui le traversent. L'EyeRIS capture des images haute résolution d'organismes en mouvement, sans les capturer, sans les remonter.
En quelques semaines, l'équipe a identifié 31 espèces nouvelles pour la science.
Des méduses. Des cténophores, ces organismes translucides qu'on appelle aussi noix de mer. Des siphonophores, colonies flottantes composées de milliers d'individus spécialisés reliés en une seule structure.
Des larvacés, petits animaux en forme de têtard qui sécrètent une maison de mucus pour filtrer les particules. Un ver transparent. Un amphipode.
Ce qui a frappé les chercheurs, ce n'est pas seulement le nombre. C'est la vitesse de confirmation.
D'habitude, il faut des années, parfois des décennies, pour identifier et décrire formellement une espèce nouvelle. Ici, la combinaison de l'imagerie in situ et de l'expertise à bord a permis de confirmer les espèces en quelques jours.
L'expédition a aussi réalisé une première mondiale : imager la structure cellulaire 3D d'un microbe en mer, en temps réel.
Ce qui est difficile à saisir dans cette nouvelle, c'est l'échelle de l'ignorance. La zone midwater est le plus grand volume habitable de la Terre.
On vient d'y trouver 31 espèces inconnues en une seule campagne de quelques semaines. Si on extrapole, le vertige est immédiat.
Pendant que le Falkor descendait ses instruments dans le noir brésilien, un autre résultat tombait à l'autre bout du monde.
Le Wildlife Conservation Society et l'Université Macquarie venaient de publier l'étude 50 Reefs+. C'est la plus grande cartographie mondiale de récifs coralliens résistants au changement climatique.
Le chiffre principal : 165 922 km² de récifs identifiés comme capables de tenir face au réchauffement, répartis dans 71 pays et 100 territoires.
C'est trois fois plus que les estimations précédentes.
Ce n'est pas que les récifs vont mieux. C'est qu'on en avait sous-estimé la résistance, parce qu'on n'avait pas encore regardé partout.
L'équipe a analysé plus de 45 000 relevés coralliens, croisés avec des décennies de données climatiques et océaniques. La cartographie, réalisée par SkyTruth avec de l'imagerie satellite et de l'intelligence artificielle, couvre des zones qui n'avaient jamais été évaluées.
Ce qui rend l'étude utile au-delà du chiffre, c'est la classification en trois types de résilience.
Les récifs d'évitement : situés dans des poches océaniques naturellement fraîches, protégés du stress thermique par la géographie et les courants.
Les récifs de résistance : habités par des coraux qui ont développé des adaptations leur permettant de survivre aux épisodes de blanchissement, là où d'autres meurent.
Les récifs de récupération : capables de se reconstituer rapidement après un choc, grâce à une combinaison de connectivité larvaire, de diversité génétique et de conditions locales favorables.
61% de ces récifs résilients se trouvent dans cinq pays : les Bahamas, Cuba, l'Australie, l'Indonésie et les Philippines.
Des zones significatives ont aussi été identifiées dans les Caraïbes (Belize, Panama, Turks-et-Caïcos), là où les évaluations précédentes n'avaient pas cherché.
Le contrepoint de la bonne nouvelle : moins de 30% de ces récifs résilients se trouvent dans des zones marines protégées.
On sait maintenant où ils sont. La question est de savoir si on les protégera avant que l'information devienne un souvenir.
Pour le contexte, voir l'état des récifs en 2026 et notre article sur les coraux thermoresistants.
Le troisième résultat vient de l'ETH Zurich, en Suisse, et il change l'angle de vue sur les récifs d'une façon que personne n'attendait.
Les chercheurs ont séquencé les génomes de centaines d'espèces microbiennes vivant à l'intérieur et autour des coraux. Bactéries, champignons, organismes microscopiques que personne ne regarde quand on parle de récifs.
Parce que tout le monde regarde les coraux eux-mêmes.
Ce qu'ils ont trouvé est remarquable par sa proportion.
Le potentiel de production de molécules naturelles dans les génomes des micro-organismes coralliens dépasse celui de l'ensemble de l'océan ouvert.
Ce n'est pas une imprécision. Les récifs coralliens couvrent moins de 1% de la surface océanique. Les microbes qui y vivent contiennent plus de gènes codant pour des composés bioactifs que tous les microbes du reste de la mer.
Ces composés sont explorés pour de nouveaux antibiotiques, des antiviraux, des traitements immunologiques. Des chercheurs de la NOAA ont identifié une molécule capable de briser le bouclier que certaines bactéries utilisent pour résister aux antibiotiques.
Ce qui est difficile à digérer dans cette découverte, c'est le timing.
Les récifs disparaissent. On l'a couvert dans L'Encre #5 : plus de la moitié des récifs mondiaux ont blanchi lors du dernier épisode global. Et dans L'Encre #6, on parlait des tuiles alcalines qui tentent de les sauver.
Dans ces récifs en déclin, il y a des molécules que la médecine n'a pas encore eu le temps d'explorer.
C'est une bibliothèque qui brûle avant qu'on ait fini de la lire. Pas par métaphore. Par biochimie.
Trois résultats, trois continents, trois angles sur le même constat : l'océan cache plus que ce qu'on cherche.
Pour les photographes sous-marins, il y a une conséquence pratique dans chacun de ces résultats.
La zone midwater, cet entre-deux que le Falkor vient d'explorer, est aussi un entre-deux photographique. On photographie la surface. On photographie le fond. Ce qui flotte entre les deux, ces organismes translucides, ces colonies gélatineuses, ces architectures de mucus, est rarement documenté en images.
C'est un sujet immense et presque vierge.
Les récifs résilients identifiés par l'étude 50 Reefs+ posent une autre question. On sait maintenant où ils sont. Savoir où pointer un objectif pour produire des images qui comptent, c'est déjà un avantage considérable.
Et la pharmacie cachée dans les coraux rappelle ce que la formation AquaExposure martèle souvent : un récif n'est pas un décor. C'est un système vivant dont chaque composante invisible est potentiellement irremplaçable.
Pour aller plus loin sur la documentation des récifs, voir notre guide sur la photogrammétrie sous-marine.
Si vous voulez apprendre à documenter le vivant sous-marin avec rigueur et intention, [la formation AquaExposure est accessible en ligne](/lms). Et si vous êtes en Belgique, la [session en présentiel](/formation-photo-sous-marine-belgique) reprend à l'automne.
Qu'est-ce que la zone midwater où les 31 espèces ont été découvertes ?
La zone midwater est la colonne d'eau entre la surface éclairée et le fond marin. C'est le plus grand habitat de la planète en volume, mais aussi le moins exploré. L'expédition du Schmidt Ocean Institute au large du Brésil y a découvert 31 espèces nouvelles en juin 2026, dont des méduses, des siphonophores et des cténophores, grâce aux instruments DeepPIV et EyeRIS montés sur le ROV SuBastian.
Que signifie la cartographie de 165 000 km² de récifs résistants au climat ?
L'étude 50 Reefs+ publiée en juin 2026 par le Wildlife Conservation Society et l'Université Macquarie a identifié 165 922 km² de récifs coralliens capables de résister au réchauffement, dans 71 pays. C'est trois fois plus que les estimations précédentes. Ces récifs fonctionnent selon trois mécanismes : évitement (zones naturellement fraîches), résistance (adaptations au stress thermique) et récupération (capacité de rebond après un blanchissement).
Pourquoi les récifs coralliens intéressent-ils la recherche médicale ?
Des chercheurs de l'ETH Zurich ont découvert que les microbes vivant dans les récifs coralliens contiennent plus de potentiel pour la production de molécules naturelles que l'ensemble de l'océan ouvert. Ces composés sont explorés pour de nouveaux antibiotiques, antiviraux et traitements immunitaires, alors même que les récifs qui les abritent sont en déclin rapide.
Comment les photographes sous-marins peuvent-ils contribuer à ces recherches ?
Les images géolocalisées et datées de récifs et d'espèces méconnues constituent des données de biodiversité. Elles alimentent les bases de données des biologistes et les suivis de zones marines protégées. La zone mésophotique (30-200 m) reste particulièrement pauvre en documentation visuelle.
Les épisodes précédents de L'Encre couvrent notamment la migration de baleine record, le robot qui écoute les récifs et les nouvelles espèces des Galapagos.
Quelque part entre la surface et le fond, dans cette eau noire que les plongeurs traversent en regardant ailleurs, des méduses sans nom continuent de pulser dans le courant.
Elles ne savent pas qu'on vient de les compter. Elles n'en ont pas besoin.
C'est nous qui en avions besoin.
La zone midwater est la colonne d'eau entre la surface éclairée et le fond marin. C'est le plus grand habitat de la planète en volume, mais aussi le moins exploré. L'expédition du Schmidt Ocean Institute au large du Brésil y a découvert 31 espèces nouvelles en juin 2026, dont des méduses, des siphonophores et des cténophores, grâce aux instruments DeepPIV et EyeRIS montés sur le ROV SuBastian.
L'étude 50 Reefs+ publiée en juin 2026 par le Wildlife Conservation Society et l'Université Macquarie a identifié 165 922 km² de récifs coralliens capables de résister au réchauffement, dans 71 pays. C'est trois fois plus que les estimations précédentes. Ces récifs fonctionnent selon trois mécanismes : évitement, résistance et récupération.
Des chercheurs de l'ETH Zurich ont découvert que les microbes vivant dans les récifs coralliens contiennent plus de potentiel pour la production de molécules naturelles que l'ensemble de l'océan ouvert. Ces composés sont explorés pour de nouveaux antibiotiques, antiviraux et traitements immunitaires.
Les images géolocalisées et datées de récifs et d'espèces méconnues constituent des données de biodiversité. Elles alimentent les bases de données des biologistes et les suivis de zones marines protégées. La zone mésophotique (30-200 m) reste particulièrement pauvre en documentation visuelle.

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