
Une étude publiée en janvier 2026 montre que la lumière artificielle nocturne perturbe la mélatonine des requins. Lecture concrète pour le photographe sous-marin qui plonge la nuit.
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En janvier 2026, une équipe de chercheurs de l'Université de Miami (Rosenstiel School) a publié dans Science of the Total Environment une étude au titre direct : Sharks at night, exposed to city light: Melatonin concentrations in two shark species differ in response to artificial light at night. Le résumé est court et il fait mal à lire : la mélatonine des requins, c'est-à-dire l'hormone qui régule leur cycle veille/sommeil et leur physiologie nocturne, change significativement quand ils sont exposés à de la lumière artificielle pendant la nuit.
Les chercheurs travaillaient sur l'impact des éclairages urbains côtiers. Mais en lisant le papier en tant qu'instructeur de plongée, je suis arrivé à une autre question, plus immédiate : qu'est-ce que ça dit de nos phares en plongée de nuit. Et ce que ça dit, c'est qu'il faut en parler.
Cet article n'est pas un procès des plongeurs nocturnes. C'est une mise en perspective. Nous ne sommes pas des sources lumineuses neutres. Nos phares font partie du paysage lumineux nocturne, au même titre que les jetées éclairées des marinas. Et nos décisions d'éclairage ont des conséquences.
L'étude a été conduite sur deux espèces de requins distinctes, dans des conditions contrôlées qui reproduisent l'exposition à la lumière artificielle nocturne. Les chercheurs ont mesuré les niveaux de mélatonine circulante chez les animaux exposés et chez les animaux témoins (en obscurité naturelle).
Le résultat principal : les niveaux de mélatonine des animaux exposés sont significativement modifiés. La mélatonine n'est pas une hormone anecdotique. Elle régule chez les vertébrés (et donc chez les requins) le cycle veille/sommeil, l'activité métabolique nocturne, et plusieurs processus immunitaires.
Modifier la mélatonine d'un animal sauvage, ce n'est pas le tuer. Ce n'est pas non plus rien. C'est altérer son horloge interne, sa physiologie, et probablement son comportement à plus long terme. Pour des animaux qui chassent, se reproduisent et migrent selon des rythmes nocturnes affinés sur des millions d'années, la dose compte.
Le contexte de l'étude est celui des villes côtières. La portée pratique, pour nous plongeurs, est plus large. Si la lumière artificielle perturbe la mélatonine en bordure côtière, il n'y a aucune raison de penser qu'un phare 3000 lumens braqué dix minutes sur un récif n'a aucun effet.
Depuis le début de la formation AquaExposure, je défends une position simple : la lumière naturelle est préférable à la lumière artificielle dès que la situation le permet. Cette doctrine repose jusqu'à présent sur trois raisons.
La première est esthétique. La lumière naturelle sous-marine a une qualité que ni un strobe ni un phare ne reproduisent. Les images en lumière ambiante racontent l'eau, alors que les images au flash racontent souvent juste le sujet. Le guide maîtriser la lumière naturelle sous-marine revient en détail sur ce point.
La deuxième est technique. Travailler en lumière naturelle force le photographe à composer avec ce qu'il a (cadrage, position, profondeur), au lieu de compenser par l'équipement. C'est plus dur au début, et c'est l'apprentissage qui forme un photographe sous-marin durable.
La troisième est éthique. Les animaux sous-marins n'ont pas de paupières. Ils ne peuvent pas se détourner d'un éclair de flash. Une lumière brève et puissante sur un poisson de récif, c'est l'équivalent d'un projecteur de stade pointé sur un humain non préparé. C'est ce point-là qui m'a fait abandonner les filtres rouges il y a plusieurs années et concentrer la pédagogie sur la balance des blancs en post-production.
L'étude 2026 ajoute une quatrième raison, et c'est elle qui rend la doctrine vraiment difficile à contredire : la lumière artificielle nocturne altère mesurablement la physiologie d'animaux sauvages. Pas seulement leur comportement immédiat. Leur hormone de régulation interne.
Quand on a quatre raisons indépendantes qui convergent vers la même règle, c'est qu'on tient quelque chose de solide.
Je veux être précis. L'étude 2026 ne dit pas qu'il faut arrêter de plonger la nuit. Elle dit qu'il faut arrêter de plonger la nuit en éclairant comme si on était en plein jour.
Voici ce que je modifie depuis janvier 2026 dans mes briefings de plongée de nuit, et ce que je vous recommande d'adopter même sans avoir lu le papier complet.
Réduire la puissance par défaut. Un phare 3000 lumens en plongée de nuit, c'est presque toujours surdimensionné. Sur la plupart des sites, 600 à 1000 lumens en mode large suffisent à vous orienter et à voir votre binôme. La puissance, vous la sortez ponctuellement pour le déclenchement, pas pour la navigation.
Réduire la durée d'exposition. Un animal éclairé dix minutes en continu, c'est bien plus impactant qu'un animal éclairé deux fois trois secondes pour le cadrage et le déclenchement. Préparez votre image à l'obscurité (cadrage, focale, exposition pré-réglée), allumez, déclenchez, coupez. La durée totale d'éclairage actif doit être ridiculement faible par rapport à la durée de la plongée.
Réduire la distance d'éclairage. Un phare à un mètre de l'animal, c'est cinquante fois plus de lumière reçue qu'un phare à sept mètres. Approcher en obscurité adaptée, déclencher de près, ça permet d'utiliser une puissance bien moindre.
Éclairer l'arrière-plan, pas le sujet. Pour beaucoup de scènes de nuit (requin sur fond de récif, raie en chasse), une image silhouette éclairée par derrière raconte mieux et perturbe moins. Le sujet est dans la pénombre, le fond porte la lumière. C'est plus difficile à exécuter, mais l'image vit autrement.
Ces quatre ajustements n'ont rien coûté en équipement. Ils ont changé le rendu des images de nuit que mes élèves rapportent, et ils ont supprimé la sensation de courir après l'animal avec un projecteur.
Ces principes vont être intégrés à la formation AquaExposure dans la prochaine itération des modules sur la plongée de nuit et la photographie en basse lumière. L'étude 2026 sur la mélatonine des requins fera partie des références scientifiques citées dans le module éthique, aux côtés du travail sur le comportement social des requins-taureaux des Fidji et des observations terrain sur les requins tigres de Fuvahmulah. La doctrine lumière naturelle gagne en chaque étude une assise plus solide, et c'est cette assise qui rend la formation crédible quand on la défend en stage.
Pour la partie technique pure (réglages, mise au point, exposition en très basse lumière), l'article photo plongée de nuit, éthique et technique sans flash couvre la procédure complète.
C'est l'objection que je reçois à chaque briefing. Elle est légitime, et elle a deux réponses.
La première : sans lumière n'est pas la consigne. La consigne est avec moins de lumière, et de manière plus précise. Vous avez besoin d'un phare pour la sécurité, pour la lecture de votre instrument, pour le binôme. Vous n'en avez pas besoin pour balayer un récif sur six mètres pendant douze minutes.
La seconde : l'œil humain s'adapte à l'obscurité bien plus vite et bien plus profondément que ce que la plupart des plongeurs croient. Après quinze minutes en obscurité réelle, vous voyez des silhouettes, des mouvements, des contrastes. Beaucoup d'animaux deviennent visibles parce que vous arrêtez d'imposer une lumière qui les écrase. C'est l'inverse de l'intuition, mais c'est l'expérience que je fais à chaque sortie.
La photographie de nuit la plus marquante que j'aie faite ces dernières années ne contient quasiment pas de lumière artificielle. Elle contient de l'attention, du cadrage, et l'acceptation que l'obscurité fait partie du sujet.
Je termine sur quelque chose qui dépasse cet article.
Quand une doctrine pédagogique repose sur une seule raison (esthétique, technique, ou éthique seulement), elle est fragile. Le jour où l'argument est contredit, la doctrine tombe.
La doctrine AquaExposure sur la lumière naturelle est désormais soutenue par quatre raisons indépendantes : esthétique, technique, éthique, et maintenant écologique au sens physiologique. Chacune se tient seule. Ensemble, elles forment une position qu'aucun argument isolé ne peut faire tomber.
C'est ce que je voulais partager. Pas une mode, pas une opinion. Une convergence.
La prochaine plongée de nuit que vous ferez, votre phare décidera de la qualité de votre image et de la qualité de votre passage. Les deux sont liés. Maintenant vous savez pourquoi.
Pas de chiffre absolu, mais une règle de comportement : utilisez le mode le plus faible qui vous permet de voir votre instrument et votre binôme, et n'éclairez l'animal qu'au moment précis du déclenchement, pas en continu. Un phare 1500 lumens braqué dix secondes vaut mieux qu'un phare 600 lumens braqué cinq minutes.
Le rouge perturbe moins certaines espèces de poissons, mais pas toutes, et l'effet sur les requins n'est pas documenté de façon claire. La règle prudente reste la même : moins de durée d'éclairage, moins de puissance braquée, plus d'observation à l'obscurité adaptée.
Non. Elle invalide l'éclairage massif et continu en présence de faune sensible. La plongée de nuit reste une pratique magnifique et instructive, à condition de réduire significativement la dose lumineuse qu'on impose à l'environnement.
Direct. La doctrine AquaExposure dit que la lumière naturelle est préférable à la lumière artificielle dès que la situation le permet. L'étude 2026 ajoute une raison écologique précise à un principe que nous défendions pour des raisons esthétiques et techniques.
Travaillez l'image à la silhouette en éclairant juste l'arrière-plan (le récif, la surface), pas l'animal directement. Préparez votre cadrage avant que le requin entre dans le champ. Déclenchez une ou deux fois, pas plus, et coupez la lumière. L'animal mérite votre discrétion.