
Comment photographier mantas et requins en lumière naturelle avec un TG-6, sans flash, sans perturber la faune. Mon expérience aux Maldives.
Quand je suis arrivé aux Maldives comme instructeur de plongée, j'avais un TG-5 dans la poche et une passion pour la photo qui était bien plus grande que mon expérience. Le premier truc qu'on m'a appris à faire avec : du macro. C'était magnifique. Mais autour de moi, il y avait des mantas.
Je vais être honnête : au départ, je ne savais pas vraiment ce que je faisais avec cet appareil. Je savais qu'il était solide, qu'il était étanche, qu'il avait un mode macro qui faisait des choses impossibles à 5 cm d'un sujet. Et j'avais été formé comme la grande majorité des plongeurs-photographes qui démarrent avec un compact : nudibranches, crevettes nettoyeuses, petits poissons planqués dans le corail. Tout le monde fait ça. Les forums en sont pleins. Les tutos YouTube aussi.
Sauf que les Maldives, ce n'est pas seulement ça.
Les Maldives, c'est du pélagique en permanence. Des mantas aux stations de nettoyage. Des requins pointes noires sur les platiers. Des raies léopard posées sur le sable. Des bancs de carangues qui forment des tornades d'argent à 8 mètres de profondeur. Et moi, je passais mes plongées à regarder tout ça depuis ma position macro, l'objectif collé à un récif, en me demandant comment je pourrais un jour ramener une photo de ce qui se passait autour de moi.
Le problème n'était pas le matériel. Le problème, c'était que je ne savais pas encore comment m'en servir pour autre chose que ce qu'on m'avait appris.
J'aurais pu acheter des strobes. J'aurais pu me constituer un système d'éclairage artificiel et shooter le pélagique avec de la lumière externe.
Je ne l'ai pas fait. Pas pour des raisons de budget, même si le budget d'un instructeur de plongée aux Maldives ne laisse pas une marge de manoeuvre immense. Je ne l'ai pas fait parce que j'avais observé, plongée après plongée, ce que les flashs faisaient aux animaux.
Une manta qui se fait éclairer par un strobe au niveau d'une station de nettoyage, ça part. Pas forcément vite, pas forcément loin, mais ça modifie son comportement. Ça interrompt quelque chose. Et moi, je voulais que ces animaux restent. Je voulais les observer, comprendre leurs circuits, anticiper leurs trajectoires. La photo venait après. Le respect de l'animal venait avant.
Alors la question est devenue : comment est-ce qu'on fait de bonnes photos pélagiques avec un compact étanche, en lumière naturelle pure, sans perturber personne ?
Il m'a fallu des centaines de plongées pour construire une réponse. Voilà ce que j'ai appris.
Le premier truc que j'ai compris, c'est que mon appareil avait une arme que je n'utilisais pas : son objectif f/2.
f/2, c'est une ouverture que la plupart des compacts underwater n'ont pas. Et sous l'eau, où la lumière est le bien le plus précieux, c'est une différence qui compte. À ouverture égale de sensibilité, le TG capte deux fois plus de lumière qu'un appareil à f/2.8. Sans rien changer d'autre.
Mais cette ouverture ne fait pas tout. Elle vous donne une marge. Ce que vous en faites, c'est votre affaire.
Entre 10h et 14h, le soleil pénètre la surface de l'eau avec un angle suffisamment direct pour que la lumière descende vraiment. Avant 10h, elle rase. Après 14h, elle rase à nouveau. Ces plages horaires de lumière rasante, c'est ce qui donne cet effet doux et bleuté qu'on associe aux photos sous-marines "atmosphériques". C'est beau. Ce n'est pas ce dont vous avez besoin si vous voulez des couleurs.
Pour shooter en lumière naturelle sans flash, je planifiais mes plongées en fonction de l'heure autant qu'en fonction du site. Une plongée à 11h sur un platier à 6 mètres, c'est une plongée en or pour la photo. Une plongée à 8h du matin sur le même site, c'est une plongée pour la faune, pas pour la photo.
Sans flash, les couleurs sous-marines disparaissent avec la profondeur. Le rouge part en premier, dès 3 à 5 mètres. L'orange suit. À 15 mètres, il ne reste que du bleu et du vert.
La fenêtre de travail utile pour le TG sans lumière artificielle se situe entre 3 et 10 mètres. C'est là que vous avez encore suffisamment de spectre lumineux pour produire des images qui n'ont pas besoin d'une correction massive en post-production.
Ce n'est pas une limitation. Les Maldives ont énormément de vie entre 0 et 10 mètres. Les stations de nettoyage de mantas se trouvent souvent entre 8 et 15 mètres : en vous positionnant intelligemment, vous pouvez shooter depuis 6 à 8 mètres en regardant légèrement vers le bas sur un animal qui est à 12 mètres. Vous tirez parti de votre profondeur, pas de celle de l'animal.
C'est le paramètre que personne ne mentionne quand on parle de photo sans flash, parce qu'il n'a rien à voir avec l'appareil.
Si votre sujet est entre vous et la surface, vous photographiez son ombre. La lumière vient de derrière lui. Ses couleurs n'existent pas dans votre image.
Si vous êtes entre votre sujet et la surface, avec le soleil dans votre dos ou au zénith, vous photographiez ses couleurs dans la lumière directe. La manta passe à 80 cm, vous êtes légèrement en dessous d'elle, le soleil est derrière vous : ses branchies, ses taches, ses couleurs apparaissent. Complètement.
Ce positionnement demande de l'anticipation. Il demande de comprendre les circuits des animaux, leurs habitudes, leurs axes de déplacement. Il demande d'être en place avant eux, pas de les courir après.
C'est exactement ce que les Maldives m'ont appris à faire. Et c'est infiniment plus utile que d'apprendre à déclencher un strobe.
C'est le malentendu qui colle à cette gamme depuis ses débuts.
Le mode microscope est spectaculaire. La capacité à faire la mise au point à quelques millimètres de l'objectif, à révéler des textures invisibles à l'oeil nu, c'est une fonctionnalité rare dans cette gamme de prix. Et c'est ce que les vendeurs mettent en avant, parce que c'est différenciant et impressionnant dans une vitrine.
Mais le TG-6, c'est aussi un grand angle de 25mm équivalent. C'est f/2 sur toute la plage focale. C'est une stabilisation efficace. C'est un appareil qui, dans les bonnes conditions, produit des images que personne n'attend de lui.
Un récif corallien en contre-plongée avec la surface lumineuse en arrière-plan. Un banc de carangues en pleine eau. Une raie léopard en approche, posée sur le sable blanc. Une manta photographiée depuis le dessous, en lumière de surface.
Tout ça, le TG-6 le fait. Sans flash. C'est ce que montrent les photos de cet article.
Je ne recommande pas forcément de shooter sans flash pour des raisons de purisme. Les strobes sont des outils légitimes et puissants qui permettent des choses impossibles en lumière naturelle, notamment en grande profondeur ou en conditions de lumière difficile.
Ce que je recommande, c'est de passer un temps, une saison, une série de plongées à shooter sans lumière artificielle. Pas par idéologie. Parce que cette contrainte vous force à développer des compétences que vous ne développerez jamais autrement.
Lire la lumière. Anticiper les animaux. Vous positionner avant qu'ils arrivent. Comprendre à quelle heure, à quelle profondeur, à quel angle votre appareil peut produire quelque chose d'utile.
Ces compétences, ensuite, vous les emportez partout. Avec n'importe quel appareil. Avec ou sans flash.
C'est toute la philosophie d'AquaExposure : d'abord comprendre ce qui se passe sous l'eau, ensuite choisir votre outil en connaissance de cause.
Si vous voulez apprendre à lire la lumière sous-marine, à vous positionner par rapport aux animaux, à sortir de la macro pour explorer tout ce que votre compact peut faire, la formation est par ici.
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Le TG-6 a été remplacé par le TG-7, mais les principes de prise de vue en lumière naturelle sont identiques. Que tu utilises un TG-6 d'occasion, un TG-7 ou un compact équivalent, ce qui détermine la qualité de tes images reste ton réglage de balance des blancs, ton profil couleur, ta distance au sujet et ton heure de plongée. Le matériel change, la méthode reste.
La technique repose sur le positionnement et le timing. Plonge entre 10h et 14h pour avoir la lumière verticale. Place-toi sous l'animal ou en contre-plongée (angle ascendant 15-45°), le soleil dans le dos. Régle la balance des blancs à 5000K, profil Flat, vitesse 1/500s minimum pour figer les nageoires en mouvement. Ne remonte pas vers la surface à la rencontre de l'animal : attends qu'il passe au-dessus de toi.
Minimum 1/500s pour les espèces qui nagent lentement (requins nourrices, requins de récif en repos). 1/1000s pour les espèces actives (requins gris, requins pointe blanche en chasse). La vitesse sacrifie de la lumière, compense en ouvrant davantage (ouverture plus large) ou en montant légèrement les ISO, dans la limite de 1600 sur un compact.
Oui. Beaucoup d'espèces pélagiques accessibles en Méditerranée (mérous, dentis, barracudas en bancs) ou en Atlantique (requins bleus aux Açores, dauphins communs). La technique de positionnement et de lecture de la lumière s'apprend sur ces espèces avant de partir pour des destinations plus lointaines. Ce que tu maîtrises en Méditerranée, tu l'appliques aux Maldives avec un facteur wow supérieur.
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Le TG-6 a été remplacé par le TG-7, mais les principes de prise de vue en lumière naturelle sont identiques. Ce qui détermine la qualité de vos images reste votre balance des blancs, votre profil couleur, votre distance au sujet et votre heure de plongée. Le matériel change, la méthode reste.
Plongez entre 10h et 14h pour avoir la lumière verticale. Placez-vous sous l'animal ou en contre-plongée (angle ascendant 15-45°), le soleil dans le dos. Réglez la balance des blancs à 5000K, vitesse 1/500s minimum pour figer les nageoires en mouvement. Attendez que l'animal passe au-dessus de vous plutôt que de remonter à sa rencontre.
Oui. Beaucoup d'espèces pélagiques sont accessibles en Méditerranée (mérous, barracudas en bancs) ou en Atlantique (requins bleus aux Açores, dauphins communs). La technique de positionnement et de lecture de la lumière s'apprend sur ces espèces avant de partir pour des destinations plus lointaines.