
Mes premières tortues de mer étaient à Chypre. Pas parce que j'ai couru après, justement parce que je n'ai pas couru. Ce que j'ai appris sur l'interaction animale, et pourquoi ces sites ont presque plus de tortues aujourd'hui.
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Il y a des rencontres sous-marines que l'on cherche toute une vie de plongeur sans jamais vraiment les avoir.
Pas parce que les animaux ne sont pas là. Mais parce qu'on cherche mal. Ou plutôt, parce qu'on cherche trop.
Les sites d'Ayia Napa, sur la côte sud-est de Chypre, sont ceux où j'ai rencontré mes premières tortues marines de façon régulière, presque hebdomadaire, pendant une période de ma vie passée à plonger sur l'île avec l'équipe de Viking Divers. Ce que j'y ai appris sur la façon d'approcher un animal sauvage sous l'eau m'a changé. Et ce que j'y observe aujourd'hui me préoccupe.
Il faut d'abord comprendre pourquoi Ayia Napa était, à l'époque, un endroit fascinant pour les tortues.
Les herbiers de posidonie qui tapissent les fonds de la région constituent une ressource alimentaire extraordinaire pour les tortues caouannes (Caretta caretta) et les tortues vertes (Chelonia mydas), les deux espèces présentes dans ces eaux. La qualité de l'eau, la faible pression humaine relative à la saison, la topographie des sites avec leurs zones rocheuses et leurs plateaux sableux créaient des conditions où les tortues se sentaient suffisamment à l'aise pour rester, se reposer et se laisser observer.
La première fois que j'ai pris le temps de vraiment comprendre ce que "observer" voulait dire, je n'avais rien planifié de particulier. Je me suis posé sur le fond, j'ai arrêté de bouger, et j'ai attendu.
Ce qui s'est passé ensuite m'a appris plus sur la photographie sous-marine que n'importe quel manuel.
La tortue est restée. Puis elle s'est rapprochée.
Pas de façon dramatique. Il n'y avait ni frisson ni révélation cinématographique. Juste une tortue qui, au bout d'un moment, ne m'a plus perçu comme une menace, et qui a continué sa trajectoire normale, laquelle passait, par hasard, très près de mon appareil photo.
À un moment donné, elle est venue jusqu'à poser sa tête contre mon objectif. Ce n'était pas une interaction. C'était une curiosité partagée. Elle regardait ce truc bizarre qui ne fuyait pas. Moi, je regardais ce qu'aucune technique de poursuite ne m'aurait jamais donné.
La scène opposée, je l'ai vue des centaines de fois.
Un plongeur aperçoit une tortue à 15 mètres de distance. Il nage vers elle. La tortue, qui n'est pas idiote, perçoit l'approche directe comme un signal de danger, parce que dans la nature, quelque chose qui vient vers vous en ligne droite et rapidement ne vous veut généralement pas de bien. Elle s'éloigne. Le plongeur accélère. La tortue plonge plus profond ou remonte vers la surface pour respirer, en changeant de trajectoire.
À la fin de la plongée, le plongeur dit qu'il a "vu une tortue". Ce qu'il a vu, c'est une tortue en train de fuir.
Ce n'est pas une observation. C'est une perturbation.
Et cette perturbation, multipliée par des dizaines, des centaines, des milliers de plongeurs sur les mêmes sites, année après année, produit quelque chose de très concret : les tortues finissent par déserter les zones trop fréquentées, ou par modifier leurs comportements de façon durable.
C'est ce qui s'est passé sur certains sites d'Ayia Napa.
Des sites où les tortues étaient quasi garanties il y a quelques années sont aujourd'hui beaucoup plus aléatoires. Pas à cause d'une catastrophe environnementale. Pas à cause d'une maladie ou d'une pollution massive. À cause d'une pression comportementale répétée, invisible, banalisée, celle des plongeurs qui courent après ce qu'ils pourraient avoir en restant simplement immobiles.
Ce que j'enseigne dans mes plongées sur la façon d'approcher les animaux marins tient en quelques principes, et le premier d'entre eux est contre-intuitif pour la plupart des plongeurs.
On n'approche pas. On attend que l'animal approche.
En pratique, cela ressemble à ceci :
Vous repérez une tortue. Vous arrêtez de palmer. Vous vous stabilisez en flottabilité neutre à une distance respectable (dix à quinze mètres minimum). Vous restez dans son champ de vision périphérique sans être dans sa trajectoire. Et vous attendez.
La tortue, qui observe ce comportement inhabituel (la plupart des animaux marins sont plus habitués aux plongeurs qui s'agitent qu'aux plongeurs qui ne font rien), va commencer à vous analyser. Si vous ne bougez pas, si vous ne produisez pas de vibrations inhabituelles, si votre équipement ne crée pas de bulles excessives directement dans sa direction, elle va progressivement vous intégrer à son environnement : comme un élément statique, comme un rocher, comme quelque chose qui ne constitue pas une menace.
Ce n'est pas de l'anthropomorphisme. C'est de la biologie comportementale basique.
À partir du moment où vous n'êtes plus perçu comme un prédateur potentiel, la distance entre vous et l'animal peut se réduire naturellement, sur son initiative, pas sur la vôtre.
C'est à ce moment-là qu'on peut faire de la photographie.
La conséquence directe de cette approche sur la photo est radicale.
Quand l'animal vient à vous plutôt que vous allez à lui, vous obtenez des images que la poursuite ne produit jamais. L'animal est détendu, son comportement est naturel, il ne regarde pas par-dessus son épaule, et sa distance avec l'objectif est parfois si réduite qu'un grand-angle à 10-12mm peut remplir le cadre entier.
La tortue qui s'est approchée de mon appareil à Ayia Napa, je n'avais pas eu à palmer une seule fois vers elle. J'avais juste attendu, posé sur le sable, en laissant la mer faire ce que la mer fait quand on arrête de l'interrompre.
C'est une règle qui vaut bien au-delà des tortues. Elle vaut pour les mérous curieux, pour les raies qui continuent leur route si vous ne les poursuivez pas, pour les pieuvres qui restent à portée d'objectif si vous bougez lentement. La photographie sous-marine et la patience sont deux faces de la même philosophie, et le guide Chypre pour les photographes développe cette idée dans le détail.
Malgré la pression anthropique sur certains sites historiques, Chypre reste l'un des espaces méditerranéens où les tortues marines sont encore observables avec régularité.
Ayia Napa et ses environs demeurent une zone de présence, particulièrement en dehors des mois de forte fréquentation touristique. Les sites plus retirés de la côte conservent des tortues pour les plongeurs qui savent les chercher sans les déranger.
Protaras et Green Bay sont réputés pour les rencontres en snorkeling avec des tortues vertes. Green Bay reste l'un des spots les plus fiables de la région, mais la pression touristique y est également plus forte en été.
Konnos Beach, Kalamies Bay et Sirena Bay sont d'autres sites de la région où les tortues font partie du paysage sous-marin ordinaire, à condition d'y aller avec la bonne approche.
Meilleure période : de juin à octobre, avec un pic d'observation en août et septembre.
Pour les plongées guidées sur ces sites avec une équipe qui partage cette philosophie d'approche, nos sorties avec Viking Divers sont organisées en fonction de la connaissance fine des comportements sur chaque site.
Je ne suis pas climatologue. Je ne suis pas biologiste marin. Je suis quelqu'un qui a passé des années sous l'eau dans des zones où certaines espèces étaient présentes, et qui revient dans ces mêmes zones en constatant que quelque chose a changé.
La caouanne (Caretta caretta) est classée "vulnérable" sur la liste rouge de l'UICN. La tortue verte (Chelonia mydas) est classée "en danger". Ces statuts ne sont pas des abstractions bureaucratiques. Ils décrivent des réalités de terrain que les plongeurs réguliers peuvent mesurer à leur propre échelle.
Ce que la régression des tortues sur certains sites nous dit, c'est que nos comportements collectifs, même sans intention de nuire, peuvent produire des effets écologiques réels et durables.
Ce n'est pas un sermon. C'est une observation.
Et l'une des façons les plus directes d'agir sur cette réalité ne demande aucun équipement spécial, aucune certification supplémentaire, aucune démarche complexe.
Elle demande juste d'arrêter de nager.
Les principales zones d'observation sont Ayia Napa, Protaras (Green Bay), Konnos Beach, Kalamies Bay et Sirena Bay. En plongée, les sites autour d'Ayia Napa et de la zone Larnaca-Dhekelia avec Viking Divers sont parmi les plus fiables pour les tortues caouannes et les tortues vertes.
De juin à octobre, avec un pic d'observation en août et septembre. Les tortues fréquentent les herbiers de posidonie pour se nourrir et les zones rocheuses pour se reposer. Les conditions estivales (eau 26-28°C) leur sont particulièrement favorables.
Oui, notamment à Green Bay (Protaras) et sur plusieurs sites d'Ayia Napa accessibles en snorkeling. L'important est d'adopter un comportement non perturbant : pas d'approche directe, pas de gestes brusques, pas de contact physique avec l'animal.
Le contact physique avec les tortues marines est fortement déconseillé et peut être soumis à réglementation dans les zones marines protégées. Les tortues caouannes et vertes sont des espèces protégées à Chypre. En dehors du cadre légal, toucher une tortue perturbe son comportement naturel et peut provoquer sa fuite de la zone.
La technique principale : s'immobiliser à 10-15 mètres de distance et laisser l'animal approcher de lui-même. Utiliser un grand-angle pour compenser la distance restante. Éviter les flashs directs sur l'animal. Ne jamais palmer derrière ou au-dessus d'une tortue qui remonte pour respirer, car cela crée une pression directe sur son comportement vital.
Il y a une logique dans ce titre qui n'est pas de la poésie. C'est de la photographie appliquée.
Les meilleures images que j'ai de tortues marines, je ne les ai pas obtenues en étant plus rapide, plus agile ou plus courageux. Je les ai obtenues en étant plus patient, plus discret et plus honnête sur ce que je représente aux yeux d'un animal sauvage.
Une chose noire avec des bulles, qui vient vers vous en agitant des palmes : c'est une menace.
Une chose noire avec des bulles, qui reste là sans bouger : c'est éventuellement un récif avec une anomalie.
Devenez le récif. Les tortues feront le reste.
Nos sorties avec Viking Divers autour d'Ayia Napa et de Larnaca incluent des sites régulièrement fréquentés par les tortues caouannes. L'équipe partage cette philosophie d'approche : la rencontre vaut toujours mieux que la poursuite.
Découvrir Viking Divers → Guide complet : plonger à Chypre →
Ne l'approchez pas. Restez immobile, contrôlez votre flottabilité, et laissez la tortue venir à vous. L'effacement et la patience produisent des rencontres plus longues et des images plus naturelles que la poursuite.
Principalement la tortue verte (Chelonia mydas) et la tortue caouanne (Caretta caretta). Chypre est l'un des sites de nidification les plus importants de Méditerranée pour ces deux espèces.
De mai à octobre. La période de nidification (juin-août) concentre les tortues près des côtes. Les sites autour d'Ayia Napa et de la péninsule d'Akamas sont les plus fiables pour les rencontres.